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elle y manquait, pouvaient l'y contraindre judiciairement. Plus dune fois, il en résulta des procès, tantôt de la part des indigents qui réclamaient des secours de la paroisse, tantôt de la part de la paroisse qui, à force de chicanes, parvenait à faire expulser de son sein de nombreuses familles d'indigents. La m: légale était donc vétilleuse et procédurière ; elle usait de part et d'autre de misérables détours. C'était à la d scandale social et une erreur économique, t te fixité qui caractérise les institutions anglaise-, les choses n'en durèrent pas moins sur ce pied pendant près de trois siècles. Le paupérisme inonda la Grande-Bretagne d'une légion de pauvres. 776, sur la motion de Gilbert, le parlement ordonna une enquête à la suite de laquelle il fut établi que la taxe s'élevait à dix-sept cent mille livres sterling pour toutes les paroisses du royaume. A vingtcinq ans de là, cette somme avait plus que doublé; en 1801, le paupérisme coûtait à l'Angleterre quatre millions de livres sterling sur une population de neuf millions d'âmes ; en 1818, huit millions de livres sterling sur douze millions d'âmes; en 1833, huit millions cinq cent mille livres sterling pour quatorze millions d'âmes. Le tout pour l'Angleterre seule et sans que l'Ecosse et l'Irlande y fussent comprises. Ces huit millions et demi de livres sterling, formant audelà de deux cents millions de francs, étaient distribués entre treize cent mille pauvres, ce qui donnait une proportion d'un pauvre par chaque sept habitai.
Le a étaient là quand le gouvernement ou-
vi it les yeux. Malgré le respect pour des vieilles lois et des traditions consacrées, il comprit qu'un pareil abus, s'il n'était extirpé ou contenu, dévorerait l'Angleterre. Evidemment le paupérisme devenait une profession et constituait la pire espèce d'oisifs, di s oisifs misérables. Dans une paroisse de Sunderland, surdix-s^pt mille habitants, on comptait en 1831 quatorze mille pauvres. Aussi la taxe était-elle devenue fort onéreuse, et il arrivait fréquemment que pour soulager les indigents on en créait d'autres. Il était donc urgent d'aviser : le gouvernement s'y décida en 183i. Par un amendement à la loi des pauvres, il régularisa le paupérisme et lui affecta des asiles connus sous le nom de work-houses, maisons de travail. Désormais plus d'allocations d'argent de la part des paroisses, plus de secours à domicile. La maison de travail doit pourvoir à tout ; ouverte aux pauvres, elle leur donne de l'occupation en retour d'une nourriture abondante et saine, d'un logement, de vêtements, enlin des plus urgentes nécessités de la vie. Il est vrai que le régime de la maison de travail stipule une rigoureuse séparation des sexes et que la vie en famille y est interdite. C'est en cela que la réforme a été rude, trop rude peut-être. La claustration et l'isolement des sexes ont éloigné des maisons de travail la moitié au moins des hommes qui vivaient du paupérisme, et la taxe des pauvres est descendue presqu'instantanément du chiffre de près de neuf millions à celui de quatre millions. Le régime d'Elisabeth n'existe plus et l'organisation actuelle du paupérisme rappelle, à peu de nuances près, celle de nos dépôts de mendicité.
Ui ÉTUDES SLR LES RÉFORMATEURS.
Quoi qu'il en soit, du jour au lendemain, treize cents mille indigents ont été mis en demeure d'opter entre la discipline du work-house, ou le dénûment dans la liberté. Six cent mille au plus ont profité des dispositions de la loi ; les autres, c'est-à-dire sept cent mille environ, ont préféré traîner au dehors une existence précaire ou demander au travail libre ce qu'autrefois ils demandaient à la charité officielle. Dans les tableaux rembrunis que divers statisticiens ont tracés de la misère anglaise, cette circonstance n'a pas été suffisamment mise en relief. Evidemment cette suppression subite de secours, cette économie de cent millions de francs, réalisée dès la seconde année, sur les subsides de la bienfaisance, ont dû provoquer çà et là bien des souffrances et occasionner bien des vides. Le spectacle de la misère extérieure a dû s'en aggraver, et cette masse flottante de pauvres, subitement délaissée par les paroisses, pèsera longtemps sur l'économie sociale et industrielle de l'Angleterre.
Il est impossible, en effet, que les conditions du travail n'aient pas été profondément atteintes par cette modification du paupérisme. Les cent millions que la charité légale ne fournit plus, il faut qu'aujourd'hui le pauvre les trouve dans le salaire. Le premier résultat de la réforme a donc été de rejeter vers les ateliers cette population naguère à demi -oisive. Coïncidant avec l'amoindrissement des débouchés extérieurs, cette irruption a dû contribuer à faire naître ce malaise qui a longtemps troublé les districts manufacturiers de l'Angleterre. Avec moins de sévérité dans le régime des icork-houses. peut-être aurait-on évité une par-
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lie de ces froissements et ménagé la transition entre lu paupérisme d'autrefois, paternel jusqu'à L'absurde, et
le régime actuel, sombre au point d'éloigner le malheureux.
C'est du milieu de ces complications que s'est éle\é le chartisme, premier et effrayant symptôme d'une décadence manufacturière en Angleterre. Tant que le système industriel a marché dans des voies prospères, aucune agitation n'est venue troubler cette fortune et luire diversion à cette suite de conquêtes ; mais, au premier embarras, il a été facile de reconnaître les écueils d'un pareil régime. Desservir les besoins du globe entier est une gloire qui n'est pas sans périls, et quand on a dressé des populations pour un travail gigantesque, il faut leur donner de l'aliment sous peine d'en être dévoré. Certes, il a été facile à la manufacture d'attirer à elle, par l'appât de salaires élevés, les gens de la campagne ; il lui serait moins aisé de rendre aux travaux agricoles les ouvriers qu'elle en a détournés. Quand on envisage de sang-froid celte question, tout y paraît confus el triste, et l'on comprend que les hommes politiques en aient détourné leur regard jusqu'à ce qu'ils aient eu la main forcée.
On a pu lire plus haut un court historique du chartisme et des phrases qu'il a parcourues. A l'origine, la violence y tenait une grande place, et les épisodes qui eur. ni pour théâtre le comté de Galles, se compliquent de coups de sabre et de fusil, d'arrestations et de condamnations à mort. 1 ne représentation \ igoureuse avait suivi ces premières tentatives, et nu ins-