‹ Études sur les réformateurs, socialistes modernesChapitre 14 sur 34 · DE LA PKEMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PKEMIÈRE ÉDITION

mille. Qaand on les a parcoaras , la liste est close : on ne retrouve plos ailleurs ni cette audace, ni cette ambition. Ce n'est pas que les affinités ne soient nombreuses. En économie morale et politique, ces trois novateurs côtoient souvent nos autorités les plus légitimes : MM. Sismonjli, Âd. Blanqui, Rossi, Droz, Duchâtel, Dunoyer, Gb. Dupin, Delaborde, Villermé, H. Passy, Lucas , de Tocqueville ; en philosophie sociale, ils ont inspiré MM. Pierre Leroux et Reynaud; en tbéosophie transcendante , MM. Bûchez et Roux. Doctrines rationnelles , doctrines empiriques, rien ne s'est dérobé à leur contact. Ils ont voulu régler Tintel* ligence dans ses plus délicates fonctions, la matière dans ses moindres atomes. De là vient leur rang particulier, leur position à part. Pour y atteindre, il n'eût pas suffi de prendre le contre-pied des notions admises dans une branche spéciale des connaissances humaines. C'eût été une hardiesse circonscrite, un schisme partiel. L'originalité de ces révoltes est, surtout, d'avoir été sans limites , infinies et universelles.

Cette tendance vers les généralisations est, du reste, dans un autre ordre d'idées , un besoin inhérent à notre époque. Chaque science se sent à l'étroit dans sa sphère et vise à l'envahissement. On a eu beau classer systématiquement les phénomènes de la vie afin de faciliter leur étude , on ne leur a point fait perdre le sentiment profond de leur unité. Aussi brisentrils leur prison fragile et se rapprochent-ils incessamment. Aujourd'hui nous en sommes là que la division des sciences, imaginée dans une vue d'ordre, détermine

4,6 AVANT-PROPOS

et entretient leur confusion. Qu'on essaye d'abstraire ]a morale de la religion , réconomie politique de la politique et ainsi du reste. L'aspect de la création ramène aux causes de la création , la physiologie à la psychologie. Toutes les notions, naturelles ou acquises, s'engendrent l'une Vautre, se pénètrent d'une manière invincible. Est-on géographe sans être astronome, statisticien, ethnologue et naturaliste? La connaissance des lois peut-elle se séparer de celle de l'histoire? Les sciences pures peuvent-elles s'isoler des sciences appliquées? Cet enchaînement, cette oonnexité président à la vie du monde aussi bien qu'à celle des individus. Chaque idée, chaque sentiment, chaque instinct se lie à la masse des instincts , des sentiments et des idées , comme les fonctions d'uo organe concourent à l'harmonie de l'organisation entière. Nos devanciers ont accepté et rempli une tâche ingrate, celle d'éclairer le labyrinthe des analyses et d'appliquer leurs facultés à la découverte des infiniment petits. Leur moisson a été belle, abondante, précieuse pour l'avenir; mais elle est achevée. Notre siècle a la conscience d'une autre mission : il semble chercher, dans des voies régulières, une généralisation féconde, et, au point où en sont arrivées les connaissances humaines, cette science pourraitdéjà naître de la comparaison intelligente de toutes les sciences. Plusieurs symptômes témoignent que ce travail se poursuit.

Ce livre aura donc le défaut de son temps et des matières qu'il traite; il sera plus général que spécial.

Page 1