‹ Études sur les réformateurs, socialistes modernesChapitre 18 sur 34 · TOMI I · texte numérisé non relu

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pour ceux qui commandent que pour ceux qui obéissent; ils trouvent qu'elle viole la loi de nature qui a fait tous les hommes frères et disent que Tavarice seule a pu détruire ce lien , en soufflant la guerre ici-bas. En fait de science, ils ne reconnaissent que ce qui concerne Texistence de Dieu et la création de Tuiiivers , et surtout nos lois morales, dans lesquelles règne Tinspiralion divine. Ils les étudient en tous temps, mais plus particulièrement le septième jour. Us se forment à la sainteté, à la justice , à réconomie domestique , aux devoirs sociaux, en se réglant sur trois principes qui résument toute leur doctrine : aimer Dieu, aimer la veriUy aimer les hommes. Leur amour pour Dieu se prouve par la pureté de leur vie , par leur chasteté, par le soin qu'ils ont de tout rapporter à la Divinité. Lear amour pour la vertu résulte suffisamment de leur mépris pour tout ce qui est richesses, volupté , vaine gloire , comme aussi de leur patience , de leur frugalité, de leur tempérance, de leur simplicité, de leur constance et de leur respect des lois. Quant à leur amour du prochain, ils le prouvent par leur bienveillance , leur équité , leur charité et par un système de communauté, sur lequel il n'est pas sans intérêt de s'appesantir. Les esséniens n'ont point de maison qui appartienne en propre à l'un d'eux ; toute habitation est à tous. Non-seulement ils y vivent en famille , mais le coreligionnaire voyageur a le droit

d*y être admis. Les provisions sont communes , le yestiaîre , l'office , le réfectoire sont communs ; ils habitent ainsi sous le même toit et mangent à la même table. Nulle part on ne rencontre rien de pareil. Ce que chacun d'eux a gagné par son travail de la journée n'est pas même une propriété particulière : on le verse à la masse pour l'appliquer aux besoins de tous. Les faibles et les malades ne sont ainsi ni méprisés ni abandonnés : ils trouvent le nécessaire dans le superflu des hommes valides et ils peuvent en jouir sans honte, car c'est également leur propriété. On ne saurait se faire une idée du respect dont on entoure les vieillards esséniens , et de la tendresse qu'on leur porte. On dirait des enfants pleins d'amour qui viennent en aide à leurs pères, et ces enfants se comptent par milliers. Voilà de vrais athlètes de vertu, au-dessus des atteintes de la calomnie« car il n'est personne qui ne se soit plu à rendre hommage à la perfection et à la sagesse de leur communauté. >

A ce témoignage de Philon, Josèphe ajoute d'autres détails : < Les esséniens, dit-il, sont unis par les liens d'une affection mutuelle. Ce sont les meilleurs et les plus moraux des hommes ; leur princi-* pale occupation est l'agriculture ; leur égalité est admirable. Tous les biens sont communs entre eux, et celui qui est riche ne jouit pas plus de ses rîdiesses que celui qui n'a rien apporté. Ceux qui

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praliquenlcegenrede vie, ne sont guère plus de 4,000. Us n'épousent pas de femmes, et ils n'ont poini d'esclaves ; mais ils adopieni des enfants et remplissent les uns vis-à-vis des autres Toffice de serviteurs. Us choisissent, pour gérer leurs revenus, les meilleurs d'entre eux, et confient aux prêtres la préparation de leurs aliments, i Ailleurs le même auteur complète ces renseignements : c Les essé-* niens font peu de cas de leur parure, pourvu que eurs vêtements soient propres et blancs. Us n'ont pas de ville particulière, mais ils vont se loger les uns chez les autres ; ils n achètent ni ne vendent, mais chacun fournit ce qu'il a en son pouvoir, et reçoit à son tour d'un autre ce dont il a besoin. Après avoir travaillé jusqu'à la cinquième heure, ils se purifient et vont prendre en commun un repas, qui s'ouvre par la prière. Us évitent les serments comme marque du parjure, et n'admettent pas les étrangers dans leur communion, sans des initiations et des épreuves préparatoires. »

Telle est la substance de ce que l'antiquité nous enseigne sur les esséniens. U est facile de reconnaître les rudiments du christianisme, soit dans cette abolition de l'esclavage, si nouvelle parmi les sociétés anciennes, soit dans ces repas en commun qui ne sont autre chose que les agapes ou l'eucharistie. Ce code essénien est plein de reflets évangéliques ; on y voit poindre cet ascétisme qui engendra plus

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tard les écarts de la ferveur monasiique, on y surprend au berceau le sentiment exclusif de Tégalité, poussé jusqu'à la vie commune, on y retrouve les chastes ei mâles venus que prêchèrent les premiers apôtres. Utopie, dira-l*on ? Soit : mais rÉvangile lui même n'esl-il pas une utopie? Sur quel point du globe, dans quelle société, à quelle époque, ce divin répertoire de morale a-t-il été entièrement et sincèrement appliqué? Où a-ton vu la réalisation complète de cette loi de tendresse et de dévouement, d'abnégation et de charité ? Cette loi était faite pour des anges, et ce sont des hommes qui Pont interprétée, bu reste, l'organisation de la communauté assénienne était sur bien des points incompatible avec le développement des sociétéfit; elle n'a jamais eu ni la majesté, ni la portée de la révélation évangélique. Combinée en vue d'un seul sexe , elle était vouée d'avance à la stérilité et à l'impuissance.

L'association des Moraves ou Eernhuiiers repose sur une base plus large. La vie commune comprend les deux sexes. L'organisation y est toute de sentiment. < Le cœur trompe moins que la raison, » disentrils. Et ils se fient plutôt à la bonté qu a l'intelligence. Leur religion est un christianisme très-simplifié : aimer Dieu, aimer son prochain, voilà la loi et les prophètes. Chez eux point de prêtres ; les anciens disent la prière de chaque Jour, et prononcent un discours le dimanche. Le

régime est celui d'une égalité absolue, et d^une communauté complète quant aux intérêts. Une vaste maison loge toutes les familles. Celle de Zeist a compté un effectif de trois mille âmes. Chaque frère exerce un métier ou un art, et le produit de son travail, versé à la masse, défraye les besoins communs. Point de distinctions, point de catégories : il n'y a là que des frères, cherchant à se surpasser en bienveillance et en affection mutuelles. La seule hiérarchie qui existe chez les moraves, est volon^ taire. Chaque maison choisit un maître qui n'a d'autres privilèges que celui d'une responsabilité plus grande. Il traite pour la communauté, et rend ensuite compte de sa gestion. Â ses côtés et dans un autre département, figure une maîtresse qui préside à l'économie domestique de la maison. Le maître et la maîtresse ne peuvent être époux, et ce grade ne confère aucun privilège, bien s'en faut, au conjoint non titulaire. On a reproché aux moraves un étatdepromiscuité.Tout prouve que ce reproche est une calomnie gratuite. Les mariages sont au contraire, chez eux, l'objet d'attentions délicates et de soins scrupuleux. L'intérêt n'a rien à y voir : c'est l'inclination seule qui les décide : aussi sont-ils presque toujours heureux. La communauté dote les fiancés, leur fournit un petit mobilier, et un vieillard, en présence de tous les frères, bénit leur union. La communauté se divise en troipes qui coq«^

sliluent la nuance religiease, et en ehcBurg qui déterminent les différences d'états, d'âges et de sexes.

Il y a les ehosurs des hommes, des femmes, des veufs et des veuves, des garçons et des filles. La couleur des rubans sert à distinguer les femmes, les veuves et les filles. Il y a peu de célibataires parmi eux. Dans chaque maison, les enfants sont élevés ensemble, comme s'ils appartenaient au môme père. L'éducation se poursuit en commun pour tous, sous la surveillance de douze frères, et quand l'âge est venu, on enseigne un art ou un vftétier à chacun des jeunes pupilles. La maison entière se réunit pour le repas, fête de famille à laquelle président la décence et la gaieté. la mort d'un frère, cène sont pas ses enfants, mais la communauté qui hérite. Les diverses maisons moraves sont liées entre elles par des rapports suivis ; elles concourent toutes aux efforts d'une propagande qui embrasse les Antilles, l'Amérique continentale, le nord de l'Europe, le midi de rÂrrique,et jusqu'au Groenland. Ces missions empruntent généralement leurs noms aux Écritures :Bethléem,Génésareth,Saroii,Galilée. Colonisateurs actifs, il est rare que les moraves échouent dans leurs entreprises. Ils ont les deux vertus qui triomphent des obstacles : la bonté et la patience.

On le voit : des esséniens aux moraves il n'y a que la distauoe qui sépare le Mosaïsme du chrislia-

nisme. La base e»i la même el plusieurs détails sont ideniiques. La famille morave est plus complète seulement, moins ascétique, plus mondaine. Elle ne sacrifie pas la chair à Tesprit, et en ce sens elle se rapproche davantage des plans de Saini-Simon et de Charles Fourier. Chez les quakers Taustérilé se retrouve ; le sloicisme des esséniens reprend le dessus. Les quakers, sans négliger le fond des choses, semblent surtout s'être donné pour mission de prolester contre les formes sociales. Us s'attaquent à ce qui n'a qu'une valeur de convention, et tendent à restituer aux mots leur sens rigoureux. Les banales expressions de politesse, les tours vides ou hypocrites sous lesquels la pensée se déguise, sont bannis de leur langage usuel, ils n'emploient que le tutoiement, n'ôtent jamais leur chapeau en guise de salui, et s'abstiennent de tout serment» Leur seule loi est de dire tout ce qu'ils pensent, et de ne dire que ce qu'ils pensent. Du reste , une égalité véritable, une dignité réelle, régnent parmi eux, et sous des dehors austères ils cachent souvent des âmes dévouées. Leur morale est celle de l'Évangile pris à la lettre : la fraternité en action. Us ne connaissent point de pauvres; la mendicité est incompatible avec l'amour du travail, et les infirmes et les vieillards ont leur caisse d épargnes dans l'activité commune. Quand l'un d'eux éprouve des revers, ses coreligionnaires viennent à son secours.

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L'htetoire de cette secfe est pleine de bienfaits rendus à rbumanité. On sait par qnels procédés Gaitlaume Penn fonda sa république américaine. Le premier il comprit que la guerre était un mauyaîs moyen de colonisation, et que la justice, même envers des sauvages, valait mieux que la force. Après lui, d*autres quakers protestèrent contre la traite des esclaves. Dès 4727, Woolman et Beneïet, chefs de la secte, déclarèrent que Pesclavage était incompatible avec le sentiment de Tégalité chré* tienne, et préchant d'exemple, ils affranchirent tous leurs nègres. Aucune œuvre de charité ne trouva les quakers indifférents. C'est à eux que Ton doit un comité pour la civilisation des sauvages, mission dans laquelle Warner Millins et sa femme ont employé une portion de leur fortune. Longtemps on vil M"»« Fry, de Londres, se dévouer tout entière à Tamélioralion de la prison de Newgate, senUne qu'elle parvint à purifier. Des missionnaires, choisis dans leur sein, acceptent la tâche de visiter les écoles, les hôpitaux, et de remplir sans ostentation, sans amour de vaine gloire, le rôle de consolateurs et de bienfaiteurs. Quelques singularités de leur vie ont pu prêter au ridicule, mais la calomnie n'a eu aucune prise ni sur leurs mœurs, ni sur leur conduite. La pureté, la loyauté, l'amour du travail, la sobriété, la gravité, la décence règlent leurs actions. Ils n'attachent de prix aux choses qu'en

raison de leur utilité, et sont trop portés à dédaigner les arts, luie de Texistence humaine. Voilà le principal écueil de leur doctrine. Elle exclut la poésie, elle étouffe Timagination, elle repousse les satisfactions délicates de Tesprit et des sens. Cependant la grandeur des yues se retrouve chez eux à propos des travaux industriels. Leur colonie de Golebrookdaleen offre la preuve ; les procédés les plusavancés y ont trouvé une application précoce. Des chemins de fer, un pont d'une seule arche, jeté sur la Saverne, un plan incliné pour les bateaux, sont autant de témoignages du génie industriel de ces religionnaires, et sous leurs mains cette vallée anglaise est deve» nue un asile de paix, d'ordre, d'activité et de bonheur.

Les dunkers et les shakers peuvent être consi*dérés comme des nuances des quakers dont ils ne se séparent que par quelques bizarreries religieuses. La communauté de biens , facultative chez les quakers, est ici, dans bien des cas, obligatoire, et les établissements ont souvent offert le mérae aspect patriarcal, la même physionomie touchante. Ëphrata, New-Labanon ont eu ou ont encore ce caractère. Le célibat semble être la règle de ces communautés ou plutôt de ces colonies religieuses et agricoles. A Mew-Labanon, on lit ces mots sur la porte de la maison de correction : i Ils sont hors de la grâce. » Les memnonites partagent, avec les quakers, Tbor-

reur du service militaire. Plutôt que de céder sur ce point, ils ont préféré Texpatriation : ils occupent quarante villages dans la Russie méridionale. Les baptisles, les anabaptistes et leurs variétés, se rettachent aux sectes qui précèdent par une tendance à la communauté sociale. Les lecteurs de Suède seraient plutôt des illuminés à la manière de Swedenborg, absorbés dans la méditation des écritures et dans la recherche d'une exégèse mystique. Les doukhoborlses, scbismatiques grecs, vont jusqu'à la promiscuité. Les sandemaniens, les adamites, les glassites, les millénaires et une foule d'autres se confondent par quelques affinités plus ou moins caractéristiques, et rappellent Torganisation conventuelle mêlée à des combinaisons sociales. Dans presque toutes ces sectes, les agapes ou repas en commun font partie de la règle et remplissent un rdle.

Un essai caractéristique dans les mêmes voies est également celui des missions de TUruguay et du Parana. Ces missions on rédvuilions, fondées par les jésuites, semblent avoir été soumises à un régime patriarcal mêlé de discipline catholique. Il n'est pas douteox que les Indiens ne lui aient dû longtemps un bonheur qui les a fuis depuis qu'on les a violemment séparés de leurs civilisateurs religieux . La vie de ces réductions tendait à faire passer dans la pratiquela fra terni té, le dévouement mutuel, l'obéissance

naïve des premiers âges du christianisme. La cornmunaulé y existait plutôt dans les mœurs que dans les lois. Chacun y avait son champ, son troupeau ; mais il existait, en dehors de celte propriété individuelle, un domaine appartenant à tous, exploité par tous, que l'on nommait la posiession de Dieu, Les produits en étaient affectés à l'entretien des infirmes, à la guérison des malades, aux frais de la guerre, aux calamités causées par la disette, an payement du tribut envoyé au roi d'Espagne. Quant aux hameaux, bâtis sur un plan uniforme, ils réunissaient les conditions désirables de salubrité, d'harmonie et même d'élégance. Ces colonies étaient heureuses et florissantes lorsque la jalousie de quelques ordres rivaux parvint^en 4760, à faire expulser les jésuites des contrées brésiliennes. Aucun de ces établissements ne put survivre à cette épreuve. Privés de leurs fondateurs, ils succombèrent tous. La valeur d'nn régime sociétaire tient plus qu'on ne le suppoie aux détails d'une application intelligente et patiente. Les missions de l'Uruguay en sont la preuve (i).

A suivre cette récapitulation bien incomplète, il est aisé de se convaincre que les idées de réforme sociale rencontrent toutes , en remontant les âges,

(1) En 1730, les missions de rUrognay comprrnaicnl 39,500 famiUrs, présentant un effectif de 133,700 âmes.

leur source cachée, leur filiation mystérieuse. L'absorption de la famille dans la communauté, qui préoccupe à la fois Saint-Simon, Fourier et Owen, se retrouve dans Platon, dans Morus, chez les esséniens , chez les morayes. Si la formule diffère , le principe est exactement le même. On pourrait lé reconnaître encore dansNicolas de Munster, qui rêve une famille d'amour; dans la doctrine du curé de Farein, qui va jusqu'à Tabolition de Phéritage, eu disant qu'Adam n'a point fait de testament ; dans les mœurs des piétistés et dans le code singulier que Labadie imposait à ses pieuses néophytes. L'imitation va même quelquefois plus loin, et la divi* sion des castes de Platon en magistrats , guerriers et laboureurs, inspire évidemment les trois catégories de la société saint-simonienne ; les savants, les artistes, les industriels.

Quant à la promiscuité , à l'émancipation complète de la femme , à la liberté et à l'égalité des rapports entre les sexes , l'antiquité avait laissé làdessus peu de chose à faire aux plus ardents disciples de Saint-Simon. On a vu que Platon lui-même a quelquefois envisagé l'amour sous cet aspect assez peu platonique ; mais d'autres sont allés plus loin. Les sectateurs de Carpocrate , les disciples de Prodicus, les Floriaos dont parle Philastre peuvent passer pour les continuateurs des lupercales et des mystères de la bonne déesse. Les dulcinistes , les

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fossariens , les muliipliants , les ptcanis , les vaudois , les frères de Tesprit libre , ne professaient pas nne morale plus austère , et leurs assemblées pieuses n'étaient qu'un prétexte pour couvrir de ndctiirnes orgies. N'a-t-on pas vu au moyen âge on Tanquelin marcher , par la conquête des femmes et la fascination des maris, vers une sorte de théocratie , se procurer une liste civile à leurs dépens, et se promener dans les rues sous Téscorte de trois mille disciples armés ? David George allait plus loin en théorie , et véritable précurseur du chef de la famille de la rue Monsigny, il disait : c La promis* c cuite des conjonctions sert à vaincre la chair, à < devenir spirituel, et à avoir une postérité sainte. » Le persan Mazdak n'était pas d'un autre avis ; Rammohun-Roy , le brame philosophe , admettait aussi qu'il fallait faire quelque chose pour l'autre sexe, et Frank , juif de Valachie, s'élevait contre la prière hébraïque, qui dit : c Bénis sois-tu, créateur, de ce c que tu ne m'as point fait femme. » Les femmes, de leur côté , n'ont , dans aucun temps , renoncé à se faire par leurs mains la place qu'elles méritent. S'agit-il d'une émancipation intellectuelle , on rencontre Hypathie qui succède à la chaire de Photin ; Agapie, chef d'une branche de gnostiques ; Priscilla et Maximilla , fondatrices de sectes? S'agit-il d'émancipation mystique, on trouve W Brohon, M^^ Schurman, Antoinette Bourignon, M"® Cberet,

Jeane Leade et la baronne de Kradener. Enfin, dans la voie d*one émancipation purement sensuelle , le choix des noms est seul embarrassant, et il suffît de eîter, comme célèbres par leurs écarts, Marguerite Porrette , Guiilermine la Milanaise et d'Âbanionne, la grande prétresse des tnrlupins. On le voit , la femme libre n'a manqué à aucune époque.

Les parodies de la mission du Christ ne sont pas rares non plus. Une femme, Gemaîma Wilkinson , prétend que Jésus s'est incarné en elle et lui a transmis le don des miracles. Elle convoque ses disciples en disant qu'elle va marcher sur les eaux. Quand ils sont rassemblés : < — Croyez-vous en moi? leur dit-elle. — Oui , répliquent-ils. — Très-bien I poursuit la prophéiesse, alors le miracle n'est pas nécessaire. » Van Helmont se fait envelopper de langes et exige qu'on le dépose dans une étable : cela suffit pour qu'il se croie un Christ. Un juif de la Moldavie se choisit douze disciples et affecte de ne parler qu'en paraboles. Toutes les lubies ont des représentants. Ceux-ci, comme les millénaires, attendent la réapparition de Jésus à jour, à heure fixes, et le président Âgier, supputant d'après Isaïe, va jusqu'à fixer cet événement à la date de 1849. Ceux-là, rêvant l'unité du globe, le placent tout entier dans les mêmes mains, et Isidore Isolanis, précédant M. Bûchez, appelle Adrien VI le chef de la république humaine. Fialin , curé de Marsilly, proclame à son

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tour la république du Christ et compte beaucoup , ainsi que les millénaires , sur la venue du prophète Élie. Ce second avènement du rédempteur doit être accompagné d'unegrande félicité terrestre, et comme Ta dit Saint-Simon après Papias, Lov?th et Bellamy, dé la réhabilitation de la chair.

Les tendances au panthéisme , inhérentes à la croyance saint - simonienne ^ revivent dans cette formule des templiers : c Dieu est tout ce qui « existe; tout est incréé. Dieu étant souverainement c intelligent, chacune des parties qui le constituent \

i est douée d'une portion de son intelligence. > Les doctrines du nivellement absolu, tel que le concevait Babeuf, respirent dans ce que disait Muncer, le fou- i

gueux anabaptiste : < Nous avons un père commun, fl Adam. D'où vient donc la différence des rangs et i des biens ? Pourquoi gémissons-nous dans la pauc vreté, tandis que d'autres nagent dans les délices ? • N'avons-nous pas droit au partage des biens qui , i par leur nature, sont faits pour être partagés sans < distinction entre tous ? Rendez-nous , riches du 4 siècle , rendez-nous ce que vous retenez injuste- I

4 ment, i Les préoccupations sur le sort des classes pauvres et l'organisation d'un travail moins léger pour les uns , moins lourd pour les autres , sont la base et le but de toutes les utopies demeurées à l'état spéculatif, et de toutes les associa tioos qui !

ont passé par les épreuves de la pratique. Le prin- I

cipe était écrit dans TÉvangile : il suffisait de Ten dégager. Les scrupules de M. Owen sur le droit qu'a la société de rendre Tindividu responsable de ses actes , défrayent les doctrines des antinoméens (i), i\es pélagiens, des familistes, des nécessariens , des déterministes. Doctrine humiliante pour Thomme et que d'Âlembert a ruinée par une pensée aussi profonde que juste : < Quelques arguments, dit-il, c que Ton veuille opposer au sentiment , à la con-

< viction intérieure de la liberté, Tbomme agira

< toujours comme s'il était libre. »

Ainsi notre siècle n'a pas le privilège des théories aventureuses ; il ne fait que continuer un mouvement dont il est facile de pénétrer les origines et de fixer la généalogie. L'esprit humain, enfermé dans sa prison terrestre,. a de tous les temps cherché une issue et aspiré à des découvertes dans les champs de ridéal. De là ces analogies , ces similitudes. La continuité des mêmes efforts ne prouve qu'une chose , l'utilité de la poursuite et la grandeur de son objet. C'est le problème de la vie , pôle où tend la pensée , même quand elle désespère de l'atteindre. Sachons donc gré aux hommes qui se dévouent à la tâche de sonder les abîmes et de s'élancer vers ' l'inconnu ; respectons-les, même quand ils se trom-

(I) Les anlinoméens prétendent que rhommc est irresponsable de set actes parce que Jésus-Chrisl a, non-seulement expié le passé, mais encore acheté Pavenir.

peut ; jugeonS'Ies sans esprit de système , sans esprit de dénigrement, car il est possible que Fun d'eux rapporte enfin à nos sociétés flottantes , la branche d'olivier, le rameau de paix, gage d'allianee entre la terre et les cieux.

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