‹ Études sur les religions sémitiques (volume 2)Chapitre 31 sur 81 · P. 114, IL · texte numérisé non relu

P. 114, IL

(3) N° 60, I. 30; le caractère général de la cérémonie, placée dans le rituel des chantres, est difficile à déterminer : on dirait qu'il s’agit de prémices; voir aussi n° 26, col. I, L. 25.

(4) Nos 1-20, 1. 69 ss.

peut considérer comme eucharistiques, terminaient ce long office.

Les sacrifices offerts parle prêtre seul sont hérissés de termes techniques encore mal éclaircis; il est aisé de se faire une idée assez nette du sacrifice où parait l’offrant. Nous le résumons d’après la seconde recension (1), celle du sacrifice que nous nommons eucharistique, offert à huit dieux, Chamach et son épouse Aa, son majordome Bounene, Droiture et Justice qui accompagnent Chamach, enfin Mardouk, Hadad et le dieu gardien. Il y a quatre moments principaux : préparation, immolation, combustion, libation finale.

On dispose huit pyrées devant les dieux, on place derrière huit tables avec quatre cruches de vin de sésame et trois fois douze pains doux, c’est-à-dire sans levain, avec un mélange de miel et de beurre et du sel répandu.

Le prêtre répand maintenant sur les pyrées, non encore allumés, des branches de bois odoriférant, cyprès, tamaris, etc., en présentant l'offrant à chacun des dieux; puis il immole les huit agneaux pendant que l’offrant les tient et il asperge, selon nous, avec le sang de la victime.

Cela fait, le prètre choisit les morceaux réservés au dieu, les lave, les place devant le dieu (2) et allume le pyrée; ces parties de la victime devaient donc être consumées par le feu.

A ce moment, l’offrant entre plus Cirectement en scène : il lève les mains, prie, se prosterne; enlève La table de chaque dieu, mais dans l'ordre inverse des immolations; vide devant le pyrée les quatre cruches de vin, enlève Le pyrée, se prosterne, se met à genoux.

Nous avons cru plus probable que les parties de la victime nommées étaient consumées sur l’autel (3). Dans ce cas, nous ne connaitrions pas la redevance due au prêtre. Nous savons qu'elle fut réglée pour le temple de Sippar par le roi Naboü-pal-iddin, vers 870 : elle comprenait les reins, la peau, le croupion, les tendons, la moitié du deuxième estomac, la moitié des viscères du thorax, deux jarrets

(1) Nes 1-20, 1. 127 à 227.

(2) Dans le sacrifice pacifique qui précède (L. 55-100), les morceaux sont salés après avoir été lavés, et placés sur la table du dieu. Ces morceaux sont : imittu, «la (cuisse ou l'épaule) droite » ; hinsé que P. Haupt a très bien comparé à l’hébr. D‘yôn, « les reins »; sumé que Jensen traduit « rôti » avec l’assentiment de Zim.;etd’autres fois silqu, d’après P. Haupt, « du bouilli ». L'étymol. de $umé dans le sens de « rôti » est sans doute très juste, mais il n’en est pas moins vrai que ce mot devait signifier ici une partie spéciale de la victime, car elle n'était pas rôtie avant d’être lavée. De même pour silqu.

(3) Zimmern dit que ces parties étaient offertes à la divinité; en renvoyant à Ex., xxIx. 22, il semble dire qu’elles étaient consumées ; en citant Lev., vi, 32 s., etc., on les croirait acquises au prêtre. D'après P. Haupt, c'est la part du prêtre.

et un pot de sauce (1). Peut-être à une époque plus reculée les droits du prêtre s’étendaient-ils indistinctement sur tout ce qui était offert au dieu. On savait déjà que le sacrifice babylonien avait un caractère alimentaire très prononcé. C’est un festin offert aux dieux. Nos textes en offrent un exemple remarquable (2). Dans certains rituels (3), c’est surtout l’ordre des cérémonies qui est indiqué afin de marquer la prière qui devait accompagner chaque action. D'autres recueils (4) indiquaient l’ordre réduit à ses termes les plus simples, d’autres (5) les prières inextenso. Elles ont naturellement pour but de souligner et quelquefois de décrire l'acte, en le recommandant à la bienveillance divine (6). Nous essaierons de résumer les grands traits de cette remarquable fonction qui devait aboutir à un oracle rendu en faveur du roi.

Le devin (7) se lève avant Le jour et se lave (Cf. Lev., xv1, 4) dans le bassin sacré; il s’oint d’huile parfumée avec diverses plantes (cf. Ex., xxx, 22 et 30), met un vêtement pur (cf. Lev., xvi, 4), se purifie avec du tamaris, mâche certaines herbes (8), se lave la bouche et les mains (cf. Ex., xxx, 17 ss.) (9). Dans la prière pour se laver la boucheet les mains (n° 97) on suppose déjà accompli un acte préliminaire dont la mention est souvent répétée : le tracé d’une sorte de contour pour les grands dieux, un filet pour ieur servir de demeure. C’est comme les chaises placées pour les convives qu'on invitera ensuite à prendre place. Le prêtre balaïe la plate-forme et répand de l’eau lustrale, il met la poche de cuir, il place du tamaris sur le surtu (10), remplit un vase de farine, y plante de petits bâtons de cèdre, met du charbon dans le pyrée, lave le chevreau. Après cela (11) il dispose une planche qui paraît être la table destinée aux dieux, place les assiettes, met de l’eau dans un vase, fumige le tout. Après cela (12) il prend un vase de chaque main et répand de la farine, puis il dépose « l’in-

(1) XB., IL, 1, p. 180, et les améliorations de P. Haupt, loc. laud., notes 92et ss. (2) C'est toute une série de fragments intéressants, donnés par Zimmern en appendice, de la page 190 à la page 218.

rémonie semblable.

(9) C’est à ce moment que, dans un autre texte (p. 112), il passe à son cou le tissu orné de pierres précieuses : le texte 75-78 est lacuneux ; le prêtre met la poche de cuir SU-BIR.

(10) Sens inconnu.

(11) Transition marquée par le texte.

(12) Transition marquée par le texte.

vocation du nom » qui est sans doute la question posée aux dieux. A ce moment intervient un morceau de laine noire avec de la corde (?), Le sens est demeuré obscur. Faut-il que l’offrant s’en revête etse présente au dieu sous l’apparence de la victime elle-même? W.R. Smith a cité des rites analogues (1). Avant de commencer le repas, Les dieux doivent, comme les mortels, se laver les mains. Le prêtre puise de l’eau dans une grande cruche, la met dans une aiguière et dit la prière de l’oblation de l’eau : « Chamach, Seigneur de la sentence! Hadad, Seigneur de la divination! prenez les eaux pures de l’Amanus avec les essences parfumées du cèdre, du cyprès... des saintes montagnes... Les [sacrifices] enfants d'Anou sont disposés, sont sanctifiés... » Viennent ensuite trois prières pendant qu’on secoue des fragments de cèdre sur le pyréc. On fumige ainsi l'enceinte qui est censée servir de demeure à leur divinité; on les invite à s'approcher, tout en constatant qu’ils habitent les cieux. Ils n’ont qu’à se rassasier de cèdre et de farine brülés : c’est un repas qu’on offre à l’assemblée des dieux!

Il y avait sans doute aussi des libations et un plat de viande, puisque la tête de la victime devait être lavée trois fois ; mais les textes sont malheureusement très lacuneux.

Dans cette même fonction (2), l'offrande des prémices (3) a aussi une signification très précise et fort importante au point de vue des comparaisons avec les non-civilisés. Les céréales sont déjà divinisées (4) et cependant sont répandues pour servir de demeure à la déesse grain : « je dessine un enclos, comme les hautes montagnes, pour les grands dieux »; où l’on voit bien que le séjour des dieux est dans les hautes montagnes, mais on leur offre une réduction dans le contour que marque le grain. ‘

Avec les divers traits que nous avons rencontrés dans chacune des classes du sacerdoce, il est aisé de se faire une idée générale du prêtre babylonien. Il est avant tout un personnage pur, un oint, l’onction ne signifiant peut-être ici rien de plus que la pureté (5),

(1) The Religion of the Semites, p. 437.

(2) Prière (d'après n° 89 à 90), au moment où on met de la farine dans un vase.

(3) No 88,1. 11, énib Satti a-zak-ka-rak-ku-nu-s[i, « je vous dédie le fruit de l’année »; Zim. compare l'hébreu }172YN, cette poignée de farine brülée avec de l'huile et de l’encens (Lev.; 1, 2, elc.).

(4) Je ne sais pourquoi à la ligne 9 Zim. a négligé de transcrire le signe du divin avant nisaba ; il a son intérêt. Aux n°’ 89-90 il l’a négligé également, mais du moins il a prévenu dans la note a que les céréales sont personnifiées comme une divinité, fille d’Anou.

(5) JENSEN, KB., VI, 367, pense que le nom de ramku donné au prêtre ne signifie pas, « celui qui fait les libations », mais « celui qui est bien lavé, purifié, oint »; le prêtre est aussi pastsu, un « oint»; or LUH est un idéogramme qui égale ist, « laver », et pasisu, « oïnt ».

avec quelque chose de positif, comme le parfum. Il est aussi le sacrificateur par excellence (1). C’est celui qui consulte la divinité pour connaître sa volonté, plutôt que pour sonder les mystères (2). Il est, partout sur les cylindres, l'intermédiaire entre le dieu et son adorateur. Malgré sa consécration personnelle, il fait partie d’une caste; certains défauts pourraient seulement l’écarter du sanctuaire. Il est inutile de faire remarquer combien cette conception ressemble à celle des Hébreux, d'autant que les Babyloniens possédaient aussi des grands prêtres (3). Mais il ne faut pas oublier non plus que ce sacerdoce si relevé pratiquait tous les rites de sorcellerie et de divination que les prophètes des Hébreux reprochaient aux Cananéens. Loin cependant que ce métier soit leur fonction propre, on voit qu'ils ne s’y sont livrés que pour combattre par ses propres armes la sorcellerie menacante pour la religion et la civilisation.

Ils ont donné une autre satisfaction aux bas instincts de la nature en entretenant dans les temples des courtisanes sacrées. Hérodote a raconté là-dessus d’étranges histoires, prétendant que toute femme devait une fois en sa vie s'offrir au temple de la déesse (4). Les textes assyriens n’ont rien qui confirme ce renseignement, manifestement exagéré (5), mais ils contiennent une galerie variée de noms appliqués aux courtisanes sacrées et dont les modalités nous échappent en partie (6). Le caractère de femmes consacrées à Ichtar est néanmoins très net. C'est un des cas où la pratique religieuse et le sens moral se sont trouvés dans l'opposition la plus formelle, Le titre de consacrée est devenu synonyme de femme sans mœurs, et même de sorcièee (T7):

Enfin les temples ‘pratiquaient le scandale plus répugnant en-

(1) C’est le sens de sangu, soit qu'on l'analyse $a-nâqü, « celui du sacrifice »,ou comme une forme chof'el de néqü, « sacrifier ».

(2) D'où le nom de sa’ilu, racine SNY. Jastrow (congrès de Rome, oct. 1899) traduit NON D A (I Sam., 1, 28) : «je l'ai consacré comme prêtre». D'après Jensen(ÆXB., VI, 417) ce terme a plutôt rapport à son habit. Dans le jeu des syllabaires il est difficile de s'arrêter à quelque chose de précis. On peut même se demander si les Assyriens n’ont pas décomposé le mot en $a-’ilu, « celui du dieu » ; $a-’iltu, « celui de la déesse ».

(3) Sangammapu.

(4) Hér., I, 199. Un fait de prostitution dans un temple est raconté par Cléarque (FGH., I, p. 306 s.), mais considéré comme odieux à la divinité et puni par la foudre.

(5) Le sacrifice de la pudeur remplaçait à Byblos celui de la chevelure d’après De de Syrd, 6.

(6) Qadistu — nŸTp, «hiérodule »; ISlaritu, « femme consacrée à Ichtar» ; harimtu, le même mot « harem », mais dans le sens de « prostituée »; Kizritu ou Kazratu, samhalu, lu jusqu'à présent whätu (étym. inconnue); ces trois derniers noms ont le même idéogramme KAR-KIT. Cf. JENSEN, XB., VI, 375 s.

(7) Deurrzscn, HW., 581.

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core des prostitués mâles. C'est du moins la conclusion qui s’est imposée aux assyriologues (1). Comme les prêtres de Baal de la Bible et comme les Galls, ils pratiquaient sans doute sur eux-mêmes diverses mutilations. Le dieu Anou est associé à Ichtar lorsqu'il s’agit de ces cultes dont Erek semble avoir été le foyer principal.

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