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(4) N° 24, 1. 30 : Sa za-ru-$u la ellu.Zimmern traduit : «de race noble» ; P. Haupt (dans Babylonian elements in the Levitic ritual, note 24) propose : «qui ne soit pas de naissance légitime » (of Legitimate birth), mais cette idée est plutôt indiquée par l'adjectif zunnu ; cf. Surpu, IT, 1. 44. Les passages cités par P. Haupt (Lev., xx1, 7, 14) exigent seulement une certaine dignité de la part de la mère, et c’est peut-être à cela que fait allusion le rituel babylonien, à moins qu'on n’admette, comme dans Israël, une caste privilégiée comparable à la race d'Aaron parmi les lévites ; mais cela paraît moins probable, le terme de fils de bérü étant employé des uns et des autres. Le mot ellu dans les rituels signifie « pur » ou même « saint »; cf, Lev., xxI, 15.
(5) Ina qumti u minâtisu Suklulu, lire qumti au lieu de gatti avec Jensen, accepté par Zimmern lui-même au lexique.
bonne mine, sans défauts aux yeux (1), ni aux dents (2), n'ayant pas les doigts mutilés (3) ni d’autres défauts difficiles à préciser (4). À ces qualités du corps il fallait joindre une doctrine solide (5), nécessaire pour remplir des fonctions délicates et compliquées, les erreurs dans le rituel pouvant avoir les plus graves conséquences. Au surplus, les tables que nous avons sous les yeux avaient justement pour but de régler dans le dernier détail l’ordre des cérémonies, avec toutes les répétitions qu’on pouvait souhaiter, si bien que le Code sacerdotal auquel on à reproché sa prolixité devient à côté de nos documents un modèle de concision.
La traduction littérale de béru serait vogant; mais ce mot indique, d’après l’usage, une vision intérieure, le don de la prophétie ; Le bért regardait surtout l’avenir dans le foie des victimes (6). Une tablette d'argile publiée par Pinches et étudiée par Boissier représente un foie de brebis divisé en petits segments avec l'indication des présages (7). Il en résulte que chaque présage était pour aïnsi dire numéroté et que rien n'était laissé à l'arbitraire du prêtre.
Cependant nos textes ne contiennent à ce sujet aucune indication précise (8); on nous dit vaguement que si une certaine partie du foie est sans défaut, l’aruspice s’assied devant Chamach et Hadad sur le siège du jugement pour rendre une sentence de justice et de droiture : Chamach et Hadad, les grands dieux de l’oracle, les seigneurs de la décision viennent à lui, décident et donnent une réponse stable (9). L’oracle est donc un véritable jugement, une décision marquant les conjectures propices, une détermination de l'avenir, ayant pour condition le présage dont le nom est parfois représenté par le même
(1) Zaqtu énd, litt. « aigu quant aux yeux ». Zim. : «louche » (Schiel (?) äugig); P. Haupt : « Affected with cataract »; pourquoi pas : « qui a un œil percé, un borgne » ? Cela est fréquent en Orient et va bien avec les autres défauts qui sont des mutilations.
(2) Hepu Sinna, « brisé quant aux dents, auquel il manque une ou des dents ».
(3) Nagpi ubâni, rattaché par Zim. à A2.
(4) N° 24, L. 325. : entre autres la lèpre (Zim.) ou des maladies contagieuses (Haupt).
(5) sa ih-zi-$u kas-du, p.97, note à.
(6) Ez., xxt,26: 5252 77, le fait et le rapprochement textuel déjà reconnus par Lenormant.
(7) ZiMMERN, p. 84, citant Cuneiform Texts from Babyl. Tablets, etc., part. VI, London, 1898, et Borssier, Note sur un Monument babylonien se rapportant à l'extispicine, Genève,
(8) Peut-être n° 1-20, 1. 112, quand il est dit que le foie doit être marqué de points, nakda-at, rapproché par Zim. de 7p3.
(9) N°5 1-20, 1. 121 ss. Il s’agit de trois objets écrits idéogr. GAB. Les auspices favorables sont une condition de la communication avec la divinité qui se réalise quand on s’assied sur le siège, comme pour le trépied de la Pythie; on voit même (p. 111) que le prêtre demande pour l’offrant la faveur de s'asseoir sur le siège.
idéogramme que le foie (1). Un bért est un homme qui connaît les présages (Müdi tértu), surtout du foie, et c’est pourquoi nous l'avons souvent nommé aruspice, terme qui a sur le mot devin l'avantage de signifier un corps sacerdotal.
Son office comprenait beaucoup d’autres genres de divination, et dans le texte qui ramène les origines de la corporation au roi antique de Sippar, il n’est même pas question d’extispicine. Voir l'huile sur l'eau est son premier office, c’est-à-dire déterminer la réponse divine d’après les combinaisons du mélange de l’eau et de l'huile dans une coupe Aszxavosroriz, rite mêlé au sacrifice pour l'examen du foie; vient
(1) Zimmeew, Introduction, p. 87. Le bérü «voitla vision », bira barü, d'où : « faire fonction de bârûü», bérüla epésu, ou « juger au nom du dieu», dina dânu ; «décider l'avenir», arkâtu parâsu; « déterminer le terme », adanna nadänu; « le présage », tértu.
Plusieurs de ces expressions ont été rapprochées d'expressions bibliques.
Jensen (ap. Zim.) a insisté sur l'identité entre berith, « alliance »,et barütu ; le sens premier dé berilh serait l'inspection du sacrifice dans un acte solennel, ensuite cet acte lui-même; on trouverait le sens primitif dans Gen., xv, où Abraham conclut son alliance avec Dieu en passant entre les viclimes coupées en deux. Haupt a cru voir dans la légende du roi de Kutha un sacrifice analogue. Mais le roi de Kutha dispose sept agneaux en face les uns des autres, on ne dit pas qu'il fasse deux rangées des animaux immolés (ÆB., VI, p. 294 et 296) et, comme le fait remarquer Zimmern, il n'y a chez les Hébreux aucune trace d'examen des entrailles des victimes dans un but de divination. Zim. lui-même se contente d'opiner que berith est un mot emprunté par les Hébreux à l'instar de barütu dans le sens d’« oracle ». Cela n'est pas impossible, mais le sens d’« oracle » est trop affaibli dans berith pour qu'on puisse y voir un mot technique emprunté comme tel. Le plus prudent est de s’en tenir à un rapport d’origine entre berith et la racine bérü dans le sens de « décider, fixer », comme Delitzsch l'avait proposé depuis longtemps (The Hebrew Language, London, 1883). — Plus spécieux encore est le rapport entre {érlu, «présage, enseignement divin», et 51n, Les mêmes auteurs concluent à l'emprunt fait par les Hébreux aux Chaldéens et Haupt croit même savoir qu'il est plusrécent que le précédent. Mais 7n de tértu n'est pas tellement naturel et c'est sans doute que P. Haupt postule la forme {értu : elle a pu exister, mais dès lors l'emprunt pour cela ne serait pas récent du tout. Térlu a été ramené par Delitzsch (HW., p. 51 a) à la racine %KN « partir, envoyer » (II, 1), et par conséquent « donner un ordre », d'où ärlu, «ordre »,et lértu « ordre, envoidivin,révelation, présage ». Ici d'ailleurs l'hébreu suggère l'hiph. de" qui signifie « enseigner », étymologie qu'on qualifie de populaire, mais qui n’en est pas moins très normale, et si on répugne à donner au qal ÿ37* inusité le sens de voir que laracine congénère N rend cependant plausible, on pourrait y attacher le même sens qu'à l'ass. 1N avec la même dérivation. WeLLu. (Prol., 418) avait proposé {hora de 5, «jeter lesort », mais il protestelui-même contre un trop vif engouement par une sage réserve (Reste?, p. 143), et en effet pourquoi la forme hiph‘il ? En somme, il n’y a pas lieu de croire à l'emprunt fait au babylonien d’un terme technique. Enfin Zim. rapproche encore (p. 88, note 2) la fixation d’un terme adannu et la tente du 712 ou du « terme fixé », la tente où l’on apprend la détermination de l'avenir, la tente de l’oracle. lei on ne suppose pas un emprunt, mais un développement parallèle, étant d’ailleurs certain que m0‘ed et adannu ont la même racine, le waw initial devant être a en assyrien, 4od en hébreu. Mais la détermination peut s'appliquer au lieu comme au temps, et le sens d’ « assemblée, rendez-vous », demeure encoreleplus probable pour l'hébreu. Dans la phrase adanna $Samas iskunamma citée par Zim. (NE., XI, 87 et non 82), le sens n’est pas que Chamach avait rendu un oracle, mais assigné un jour fixé, Zimmern se borne à une suggestion ; elle est vraiment trop subtile.
ensuite la poche ou la boîte (1) des mystères (2) du ciel et de la terre, qui rappelle à Zimmern le {hochen du jugement où le grand prètre plaçait les Ourim et les Toummim (Ex., xxvint, 30; Lev., vi, 8) (3).
« Le bdrû maniaït le cèdre, il levait le cèdre ». Cette expression obscure a laissé Zimmern en suspens; il entendait « Le cèdre » d’un «bâton de cèdre ». IL pense avoir enfin découvert le sens de cette locution vers la fin de son recueil; dans cet endroit le cèdre parait être un tuyau par lequel l’opérant parle à l'oreille de la victime (4). Mais dans ce cas on ne lève pas le cèdre, et il est plus naturel de penser que « lever le cèdre », c'est lever une baguette ou un sceptre de ce bois. Le bérû demandait pour son client la grâce de lever le cèdre, il ne songeait pas à lui communiquer ses secrets. En lui-même le rite du murmure à l'oreille rappelle certaines pratiques des non-civilisés; le capitaine Cook a vu à Tahiti le prêtre poser plusieurs questions à l'oreille de la victime immolée (5); quant à ce singulier cornet acoustique, 1l rappelle ces tuyaux d’argile ou de plomb trouvés à Carthage qui permettaient aux vivants de communiquer avec les morts : « Ces conduits, dit le Père Delattre (6)... recevaient parfois des missives destinées aux dieux infernaux. Ce sont de minces lamelles de plomb couvertes d'inscriptions cabalistiques que l’on roulait comme un cigare et que l’on expédiait ensuite par le tuyau aux libations ».
Encore les différents modes de divination auxquels il faut joindre les présages de l'astrologie, que d’autres textes nous révéleront sans doute, n'étaient que la moindre des occupations du bdruû. L'oracle n'était que le terme d’une longue série de sacrifices : il en coûtait pour le consulter, car : « sans don ni offrande un fils d'aruspice ne s'approche pas du lieu du jugement, n'élève pas le cèdre : sans offrandes les dieux ne lui révéleraient pas de mystère (7) ».
Nous ne pouvons entrer ici dans le détail des rituels relatifs aux
(1) Écrite {akallu, mais quelquefois avec le déterminatif du cuir.
(2) Zim. lit péristu, « miracle, mystère »,et non piristu, «décision ». P. Haupt (note manuscrite) compare Lev.,x1v, 12 ; Num., xx, 34et Neh., var, 8, touten maintenant piristu, « décision ».
(3) Nous rapprocherions plus volontiers le pectoral hébreu de cet ornement que revêtait le prêtre babylonien dans les grandes circonstances, une étoffe de couleur rouge garnie de pierres précieuses de plusieurs sortes et suspendue à son cou. « Il doit attacher (?) des pierres AN-GUG-ME sur de la laine couleur de sang, attacher (?) des pierres Su-Sar, des pierres Subu, des pierres PA sur un ruban tissé (?) et le placer à son cou » (n° 11 Rev. I. 78.). On ne voit pas s’il s’agit de deux pièces distinctes; dans ce cas on pourrait songer au pectoral et aux épaulières de l’éphod (Ex., xxvu, 7).
(5) Voyages autour du monde, vol. V, ch. v.
(6) Rev. archéol. 1898, IT, p. 218.
(7) N°5 1-20, 1. 117 ss.
sacrifices. Nous voudrions seulement relever quelques traits généraux.
L'esprit d’expiation reparait même dans le domaine du bdrt. Il s'agit de cas où le pénitent tenait à avoir une réponse du dieu, et comme il n’est question que de péché, peut-être demandait-il au dieu l'assurance d’être pardonné. C’est ce que l’on peut conclure d’un texte (1) où la situation de l’offrant est la même que dans les tablettes surpu : il a le cœur brisé, ses songes sont funestes, la main des hommes est contre lui; il présente une demande que le prêtre aura rédigée et lui signée d’un coup d’ongle. C’est ensuite (2) un pénitent qui n’est autre que le roi en personne; il se prosterne à côté du devin en disant : « O Chamach, prononce ma sentence », et pendant que le devin en est aux présages, l'esprit qui persécutait le pénitent se retire, et le prêtre, après avoir oint ses yeux d'huile et mis du tamaris à ses côtés et à ses oreilles, s'écrie : « O Chamach! regarde ce péché » (avec miséricorde)! Ne doit-on pas voir là un véritable sacrifice pour le péché?
De l’holocauste nous n’avons su rencontrer qu’une trace (3); l’endroit est intéressant par ce qu’on y distingue entre les personnages considérables et les pauvres; chose étrange, les riches offrent un oiseau, les pauvres les entrailles d’une brebis.
Le sacrifice que nous nommerions volontiers pacifique, à l'instar des Hébreux, semble avoir été surtout un des actes de la grande fonction relative à l’oracle, — s’il est vrai que toutes les parties contenues dans la pièce la plus considérable du recueil (n° 1-20) sont liées. Au jour favorable, le prêtre se sanctifiait et revêtait un habit pur, puis dressait un service pour Goula avant le coucher du soleil. Quand paraissaient les étoiles, il préparait trois tables pour Anou, Bel et Éa. Avant le jour, l’offrant entrait en scène, présenté par le prêtre qui le irait par la main. Nous savons maintenant quelles paroles accompagnaient cette démarche, si souvent gravée sur les cylindres (4) : « Puisse ton serviteur, un tel, offrir un sacrifice à l’heure du soleil levant, lever le cèdre et paraître devant Chamach! qu’il soit agréable à ta grande divinité, en considération de cet agneau, qui est tout entier parfait de chair, parfait de formes ». On offrait en mème temps trois sacrifices. A la nuit tombée, c'était le sacrifice de l’oracle, le point culminant de toute la fonction, et au matin huit sacrifices, qu’on
(1) N° 11 suite, p. 110.