MYTHE DE ZOU
On retrouve un phénomène analogue dans le mythe de Zou, l'oiseau
(1) Ces hypothèses sont pleinement confirmées par le prologue du Code de Hammourabi. El et Bel ont appelé Mardouk, que sa qualité de fils d'Éa rattache à Eridou, à régner sur Babylone; Mardouk de son côté a appelé Hammourabi au gouvernement de la grande cité. 11 faut naturellement retourner les termes. C'est par la gräce de Hammourabi, venu probablement d'Eridou, que Mardouk est devenu le seigneur des dieux à Babylone; cf. Scnei, Textes élamites-sémitiques, 2° série.
tempête qui a dérobé les tablettes du destin (1). Ces tablettes appartenaient au vieux Bel, le seigneur de DUR-AN-KI, un ancien temple de Nippour. Zou les lui vole, ce qui met les dieux dans l'embarras. Ici se renouvelle la scène déjà connue. Anou offre la royauté divine à qui ira les reprendre. L’heureux vainqueur n'aura pas de rival parmi les dieux; à lui sur la terre (2) des sanctuaires et des villes nombreuses. Adad n'ose; une déesse inconnue, qui doit ètre Ichtar, refuse dans les mêmes termes, ainsi que BARA, dieu inconnu, fils d'Ichtar. Éa paraît plus courageux, mais on ne voit pas que son initiative ait plus de suite (3), peut-être propose-t-il seulement d'envoyer son fils. Sur un autre fragment, qui appartient probablement au même mythe (4), on voit Lougalbanda, idéogramme pour un dieu, seigneur d’Érek, essayer de prendre Zou par ruse. Quoi qu'il en soit, un hymne loue Mardouk d’avoir réduit Zou. Il est donc très vraisemblable, comme le suppose Jastrow, que Mardouk est encore le dieu de la situation. S'il est maintenant le dieu suprème, c’est qu'il a conquis ce titre, non pas en dépouillant le vieux Bel, mais en rétablissant l'honneur des dieux. De la sorte on investissait Mardouk au nom même du sanctuaire qu’on dépouillait de son privilège et tout le monde était content. C’est ainsi que les rois francs et goths se paraient volontiers du titre de patrice, que les Byzantins leur décernaient pour affirmer leur domination sur les provinces perdues. Nous avons ajouté que les Assyriens ont essayé de la recette en introduisant Assur dans le poème de la création ; mais sa forme était trop bien établie et leur génie trop médiocre pour qu’ils aient abouti à autre chose qu'à une retouche qui donnait à leur dieu un vénérable rang d'honneur.
On a remarqué que dans le mythe de Zou l'adversaire des dieux est encore différent. C’est peut-être une invitation à ne pas serrer de trop près le mythe naturiste. Jensen (5) trouve très bon que Mardouk, le flot lumineux, vainqueur du flot humide, triomphe encore du flot aérien : je ne sais si ces images, qui paraissent empruntées à des traités de physique, sont suffisamment claires pour servir de base à un mythe populaire de la nature.