‹ Etudes sur les Religions Sèmitiques (volume 3)Chapitre 20 sur 45 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

On s'est longtemps scandalisé du silence de la Bible sur la vie d'outre-tombe. Ces gens-là, disait-on, ne songeaient qu'au bonheur présent... « L'homme est essentiellement passager. Il vit quelques jours, puis disparait pour jamais... Il n'a pas à se plaindre, dès qu'il lui est échu un bon lot de jours, s'il a des enfants qui continuent sa famille, si, après sa mort, son nom est prononcé avec respect à la porte de son village. A défaut de tout cela, un iad, un cippe portant son nom, est encore une consolation, maigre il est vrai; mais qu'y faire? Il n'y en a pas de meilleure (1) ». Et cela s'expliquait tant bien que mal parle caractère du Sémite : « Le Sémite eut de bonne heure une théorie plus saine. Pour lui, ce qui ne respire pas ne vit pas. La vie, c'est le souffle de Dieu répandu partout. Tandis qu'il est dans les narines de l'homme, celui-ci vit. Quand le souffle remonte vers Dieu, il ne reste plus qu'un peu de terre (2) ».

Aujourd'hui la question a fort changé de face, parce que le Sémite est mieux connu. On a réagi, mais avec excès. On est môme très disposé à prendre le contre-pied de la théorie de Renan. Le Sémite adorait ses morts au môme titre que l'Aryen, comme des dieux familiers; ce qu'a dit Fustel de Coulanges des Indous, des Romains et des Grecs, il faut le dire des Sémites. On priait les morts, on leur offrait des sacrifices. Si la Bible est obscure, c'est que le lahvéisme a lutté contre les anciennes croyances, travaillant sans cesse à abaisser les morts et à faire disparaître leur culte pour Thonncur et au profit du culte de lahvé. On voit qu'il y a là une grave question de principes. Pour traiter d'une façon complète des usages funéraires des Sémites, de leurs rites dans la sépulture, de leurs croyances sur la vie d'outretombe, il faudrait un volume et considérable. Mais les usages té-

(1) Ren\n, Histoire du peuple d'israèl, I, I'. 1^0 s.

(2) Renan, op. laud.,[>. 42.

moiuQent des croyances et des sentiments et nous ne leur demandons ici qu'une seule chose : est-il vrai que pour les anciens Sémites le mort, par cela seul qu'il était mort, se trouvait aussitôt investi d'une puissance surnaturelle qui en faisait un dieu? ou au contraire n'a-t-on pas toujours distingué, aussi loin du moins que nos renseignements nous permettent de remonter, entre certains morts illustres et la masse des morts? Priait-on tous les morts ou priait-on pour les morts, et comme la prière chez les anciens était surtout le sacrifice, olTrait-on des sacrifices aux morts ou pour les morts? L'homme vivant attend-il heaucoup des morts, a-t-il plus besoin d'eux qu'ils n'ont besoin de lui?

Toutes ces questions reviennent au même point. C'est un concept général qu'il faut déterminer ; nous allons essayer de le faire par un examen rapide (1).

Page 1