‹ Études sur les religions sémitiquesChapitre 14 sur 88 · CIS., I · texte numérisé non relu

CIS., I

(4) Baal Arvad, extrait du Journ. as., 1900.

(5) Inscription quatrième de Sendjirli (araméenne) : « Monseigneur Baal Kharran » avec l'image du croissant et la lumière cendrée.

(6) HoMMEL, Aufs., p. 173.

(7) CIS., pars IV, p. 7.

(8) Recueil..., I, p. 676 ss.

Liban, en d'autres termes Adonis lui-même, le chasseur infortuné (1).

Nous reconnaissons tous ces faits et nous dirions volontiers avec Éd. Meyerque « les Baals étaient des êtres complètement distincts ». Mais le même savant ajoute que « dans la théorie ils sont identiques et ne sont que les différentes formes d'adoration du même dieu (2) ». Dès lors nous ne voyons pas pourquoi il refuse de reconnaître l'existence d'un baal suprême, leBaal par excellence, qu'il avait autrefois admise, et que les découvertes récentes nous paraissent plutôt confirmer. Si chaque cité avait son baal absolument distinct des autres, comment pouvait-on parler simplement du Baal, comme le font les noms propres phéniciens, les Égyptiens et la Bible?

On répond, il est vrai, que dans chaque cité on savait à qui on faisait allusion en nommant le Baal : ce ne pouvait être que le dieu local. Pour les étrangers, le point de vue était un peu difïerent. En entendant parler du Baal d'un peuple, on avait en vue un dieu spécial et dès lors le nom commun pouvait aisément devenir un nom propre. C'est ainsi que les Égyptiens du nouvel empire et les Israélites ont pu nommer Baal sans le désigner autrement. Et les Égyptiens (3) et les Hébreux avaient si peu perdu de vue le sens appellatif qu'on retrouve chez eux Farticle devant le mot baal.

Mais cette réponse n'épuise pas la difficulté. Les Égyptiens ont assimilé le Baal par excellence à un de leurs dieux, Soutkou. Et les Israélites ont si bien eu en vue une personne particulière, qu'on a cru reconnaître dans le Baal, le Baal de Tyr. Enfin le fait capital est celui qu'a signalé Knudtzon, la prononciation Baal attribuée à un dieu parfaitement distinct, le dieu de l'orage et des grandes pluies.

Ce qui est absolument significatif ici, c'est que nous le rencontrions dès les premiers documents comme le Baal par excellence et que vers la fin des religions sémitiques il semble encore absorber tous les autres sous le nom de Baal des cieux : nous voulons parler de Hadad.

Les faits les plus récents ne sont pas ici les plus faciles à analyser. Nous ne pouvons entrer dans une discussion très complexe sur le Jupiter héliopolitain et les divinités d'Hiérapolis. Le syncrétisme grécoromain, auquel il faut ajouter pour Héliopolis un mélange d'idées égyptiennes, ne nous permettrait pas de dégager une conception assez nette de l'ancien Baal. En remontant plus haut nous trouvons sur les Koudourrous babyloniens des princes Cassites le dieu Adad figuré par

(1) Recueil..., I, j). 189 s.

(2) RoscHER, Lex. mylJi., I, coL 2873.

(3) M. MuLLER, Asien..., p. 309 : « Sa Majeslé est comme le Baal sur les montagnes ».

un jeune veau surmonté du symbole de Féclair (1). Plus tard ce même dieu tieut en main la hache et le foudre. C'est incontestablement le dieu que les Hétéens nommaient Techoub et dont Timage a été retrouvée à Babylone par l'expédition allemande en 1899. Il tient la hache de la main droite et le foudre de la main gauche (2).

C'est encore le Zeus dolichenus, de Dolichê, entre l'Amanus et FEuphrate, représenté avec les mêmes insignes, debout sur un taureau.

Hadad, que les Assyriens prononçaient Adad parce qu'ils avaient perdu Taspiration, est, de l'aveu de tous, le dieu principal de la Syrie. Mais on ne peut le traiter de dieu des Araméens puisqu'il parait dans des documents bien antérieurs à l'invasion araméenne et à Tinfluence qu'elle exerça. Winckler l'a bien nommé un dieu cananéen (3) : il se trouve dans le plus grand nombre des noms propres au temps d'el- Amarna. Nous avons cependant noté déjà que son nom propre élait remplacé par celui de Baal. Il est donc le Baal par excellence, le Baal du ciel, et spécialement le dieu de l'orage (4), d'où son surnom de Rammân ou Tonitruant. Si l'on envisage à ce point de vue l'histoire israélite, les faits deviennent clairs. Nous ne pouvons traiter ici la question. Qu'il nous sufQse de rappeler que la Bible parle souvent d'un Baal par excellence que rien n'oblige à regarder comme le propre baal de ïyr et dont les attributs ressemblaient assez à ceux de lahvé, dieu du ciel, pour qu'on ait mêlé au culte de lahvé le culte de Baal et même représenté lahvé sous l'image d'un taureau — le taureau de Hadad. Ce dieu, simplement qualifié de Baal à l'occasion, était aussi nommé Baal Chamem (5) : en effet ce nom est traduit par Zeus Keraunios, et le Zeus Tonitruant est l'équivalent de notre Hadad Rammân. Les détails appartiennent à une monographie de Hadad : nous nous bornons à ces indications qui montrent la parfaite unité, chez les Sémites occidentaux, de la conception du Baal, seigneur de Forage et en même temps seigneur du ciel : c'était, pour les Égyptiens, les seuls observateurs du dehors dont nous connaissions le témoignage, le dieu par excellence des Asiatiques ou des Sémites de Fouest.

Il serait donc possible que le nom de Baal, donné d'abord à un dieu

(1) ScHEiL, Textes élamites-sémitiques, t. I.

(2) Die Hettiter, par Messerschmidt, Leipzig, 1902, p. 22.

(3) Ce savant exagère toutefois beaucoup en disant que lahou était son nom dans la branche des Ktiabiri, Gesch. Isr., II, p. 78.

(4) Les Égyptiens nomment le dieu des Hétéens Soutkou, « seigneur du ciel »; or ce Soutkou est bien le Baal des montagnes, dieu de l'orage (M. Muller, Asien..., p. 339).

(5) Hadad est très spécialement un dieu céleste ; « le roi qui crie comme Addu dans le ciel », « qui est comme Addu dans le ciel» [el-Amarna, 149 13, 150 7).

du ciel, ait été ensuite étendu à d'autres, que le Baal avec un pouvoir général soit devenu Baal local. Nous avons de ce fait des exemples certains. Le baal des cieux est devenu dans certaines inscriptions le propre baal d'une cité particulière (1). Cela n'est point un cas de syncrétisme, c'est Tapplication d'une tendance permanente dans l'histoire des religions, le Dieu universel devient notre dieu et le dieu de chez nous. Ce qui se passa peu avant Tère chrétienne a pu se passer bien des siècles auparavant. Puisque Meyer reconnaît qu'en théorie les baals sont identiques, il s'agit d'expliquer cette théorie. Est-ce simplement le résultat du syncrétisme? Mais alors le Baal unique n'aurait pas eu d'épilhètes, tandis que le Baal qui prévaut en Syrie au moment de l'ère chrétienne est très spécialement le Baal des cieux, c'est-à-dire celui-là même qui était le baal à l'origine. La réflexion philosophique a eu certainement sa part dans ce mouvement vers l'unité, mais elle s'appuyait sur d'anciennes bases et d'ailleurs elle est demeurée sans efficacité. Loin que l'intelligence de cette unité primitive portât les esprits à l'adoration d'un Dieu unique, on s'appliquait plutôt à mettre en relief les attributs particuliers de chaque maître des cités, sauf à les assimiler aux divinités grecques. Ceux qui s'obstinaient dans l'unité ne trouvaient à la réaliser que dans le dieu-soleil et en venaient, comme Philon, à dire que le Seigneur du ciel n'était autre que le soleil, ou, comme Macrobe (2), à faire de Hadad lui-même un dieu-soleil.

En admettant pour les Sémites de l'ouest un grand Baal, nous les rapprochons de leurs frères de l'est, les Babyloniens.

C'est peut-être en Chaldée que la racine baal a eu les plus riches applications. Nous rencontrons du moins les mêmes développements du thème que chez les Cananéens. Comme il fallait s'y attendre au sein d'une civilisation puissamment organisée et où les villes étaient si considérables, la notion territoriale est presque primée par celle de domination personnelle, de gouvernement et d'administration. Selon une loi phonétique courante, la gutturale a disparu, et en même temps le son a s'est adouci en ê. Le verbe bêlu signifie « posséder » , le substantif bêlu dit « le maître, le seigneur », soit en parlant d'un dieu, soit en parlant du roi. Bêlu marque aussi qu'on possède telle ou telle propriété, qu'on fait telle ou telle chose. Le sens appellatif est donc très accentué. Cependant chez les Babyloniens Bel est le nom d'une divinité distincte confondue depuis avec le Mardouk de Babylone et connue ensuite des Grecs qui l'ont identifiée avec Zeus (3).

(1) AUibouros, Cossoura.

(2) Saturnales, I, 23 17.

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