‹ Études sur les religions sémitiquesChapitre 23 sur 88 · LES CHOSES SACRÉES § 1. — LES EAUX SACRÉES · texte numérisé non relu

LES CHOSES SACRÉES § 1. — LES EAUX SACRÉES

Le thème des eaux sacrées a été traité avec beaucoup d'érudition par Baudissin (1), en partie d'après Movers, et par W. R. Smith (2). Il serait difficile d'ajouter beaucoup d'exemples à ceux qu'ils ont rapportés, à moins de chercher en Grèce la trace des cultes phéniciens, comme Glermont-Ganneau Fa fait en particulier pour l'Alphée, le Meilichos, le Jardanos (3), étude étendue par M. Bérard (4) aux sources qui se rattachent à Ino-Leucothéa et à d'autres. Comme il serait inutile de copier ici ce qu'on trouve ailleurs, nous citerons seulement quelques exemples classiques en ajoutant quelques traits empruntés à la Ghaldée.

Chez les Arabes les documents sont rares. On cite la vénération du puits Zamzam certainement antérieure à Mahomet (5). Lorsque le puits fut nettoyé par le grand-père de Mahomet, on y trouva deux gazelles d'or et plusieurs épées : ce devaient être des offrandes (6). Le grandpère de Mahomet n'a peut-être rien à voir ici, mais le fond de l'anecdote paraît authentique.

Dans le pays araméen, Palmyre avait sa fontaine bénie, dont on vénérait la Tyché (7), et qui était confiée aux soins de certains magistrats (8). Elle se nommait Efca; c'est une source d'eau sulfureuse. On peut rattacher soit aux Araméens, soit aux Arabes, du reste comme à Palmyre, la source décrite par Damascius (9) dans un désert à l'orient

(1) Studien...,U, p. 148 ss.

{2)Ilel...Sem., p. 165 ss.

(3)Ze dieu Satrape et les Phéniciens dans le Péloponèse, Paris, 1878, pp. 51, 64 et 55

(4) De Vorigine des cultes arcadiens, p. 505 ss.

(5) P. G., t. CIV, col. 1436.

(6) Wellh., p. 103; W. R. Sîhitii, toc. ïaud.,ip. 168.

(7) Lire avec Mordtmann et Clermont-G anneau, Recueil..., II, p. 2 : Nn3''11 NJ^'iT H NT^S.

(8) Wadd. 2571 c : àTîttxsXriT:^; alpsOsi; 'E^xa; uriY^l; Otto 'lapiêwXou tou ôsou.

(9) Photius, Bibl., 348 a.

de Dium, ville qui avait appartenu à la Décapote. Elle ressemblait fort à la source d'Afca en Phénicie par son aspect et ses chutes d'eau. Les oflrandes enfonçaient quand elles étaient bien reçues par la divinité, elles surnageaient dans le cas contraire.

La Phénicie avait le célèbre sanctuaire d'Afca où les choses se passaient de la même manière (1); le texte de Zosime peut ici servir de type pour tous les cas analogues : « Dans un lieu nommé Aphaca, qui est entre Héliopolis et Byblos, était un temple de Vénus, auprès duquel il y avait un étang qui ressemblait à une piscine faite de main d'homme. Près du temple et dans les endroits voisins, on voit un feu semblable à une lampe ou à un globe toutes les fois qu'on s'y rassemble aux jours marqués pour cela. Ce prodige a duré jusqu'à notre temps. Tous ceux qui se trouvaient à cette assemblée apportaient un don à Vénus, des ouvrages d'or et d'argent, des toiles de lin ou de byssus, ou de quelque autre matière précieuse. Ils jetaient ces offrandes dans l'étang; si elles étaient agréables à la déesse, les toiles allaient au fond de l'eau, de même que les ouvrages de métal; si, au contraire, elles ne lui plaisaient pas, les ouvrages de métal, de même que les toiles, nageaient au-dessus de l'eau. Les Palmyréniens s'étant assemblés en ce lieu le jour de la fête, l'année qui précéda la ruine de leur État, tous les dons d'or, d'argent ou de toile qu'ils jetèrent dans l'étang, en l'honneur de la déesse, allèrent au fond; mais l'année suivante, qui fut celle de la chute de leur empire, tous les dons nagèrent sur l'eau ». Plusieurs auteurs ont pensé que cet étang ou lac (a'-[^.vy]) était le lac d'El-Yamouneh à plus de 1*2 kilomètres du temple; mais M. Rouvier a retrouvé le véritable emplacement du bassin avec les canaux qui amenaient l'eau. Il est porté à croire qu'il était facile aux prêtres de produire le prodige au moyen de certaines forces hydrauliques. Les eaux ont disparu, mais les gens du pays, qui sont Métoualis, viennent encore attacher des chiffons à un figuier près du canal à l'orifice duquel ils suspendent des lampes. On demande encore des guérisons à Notre-Dame d Afca : « On amène là les enfants malades et on les lave avec l'eau qui sort en écumant de l'orifice inférieur (2) ».

Le temple d'Afca est aux sources du fleuve Adonis, dont la légende est célèbre (3). La rivière Ares était son affluent (4). Le ruisseau

(1) Zosime, Hist., I; dans : Le temple de Vénus à Afka, par le D' Rouvier, extrait du Bulletin arch..., 1900.

(3) De deâ Syrîd, § 8.

(4) LyDus, De mensibus, IV, 64, dit que ce fleuve était moindre et plus bourbeux que l'Adonis plus considérable el plus limpide. Baudissin, qui cite ce texte, pense au Nahr el-Kelb pour l'Arès. Mais la suite du texte de Lydus montre qu'il s'agit d'un affluent de l'Adonis.

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qui se jette dans la mer près de Ptolémaïs s'est nommé le Belus (1).

Tous les auteurs ont cité le fleuve Asclépios, que le pseudo-Antoniu martyr a trouvé près de Sidon. Asclépios est le nom d'Echmoun. Les éditeurs du Corpus des inscriptions sémitiques ont rapproché l'Asclépios de la source Idlal, située dans la montagne près de Sidon et où Echmounazar a bâti un temple à Echmoun (2). La source elle-même paraît avoir eu sa sainteté, mais le temple est bâti à Echmoun. Il est clair que nous avons ici le pendant du temple d'Afca et du fleuve Adonis, et peut-être au temps d'Antonin le temple existait-il, du moins en ruines (3). Echmoun était le dieu de Sidon comme Adonis celui de Byblos; il est évident que le fleuve n'était pas considéré comme une divinité spéciale [k). Et de même à la source du Jourdain, ce n'est pas la source qui reçoit un culte au temps des Grecs, c'est le dieu Pan, répondant vraisemblablement à une divinité sémitique, peut-être Baal Gad.

Nous ne pouvons mentionner les sources dont la Bible a conservé les noms, antérieurs sans doute à l'occupation Israélite, entre autres la source du jugement (5), qui parait avoir été une source de l'oracle, et la source du soleil (6).

La Chaldée vient maintenant joindre son témoignage aux autres pays sémitiques. Dans un texte archaïque d'Anoubanini, roideLouloubi, le P. Scheil a reconnu qu'on prêtait une hypostase aux fleuves et même à la mer : « Que la mer supérieure et inférieure de l'abîme, ses parents et ses rejetons anéantissent! que le fleuve... et le fleuve... ses racines et les racines de... (7) ». Il s'agit ici d'une intervention surnaturelle des fleuves en suite d'une malédiction. Le même savant avait traduit dans une sorte de litanie : « que les fleuves Tigre et Euphrate, les canaux Mekalkal et Dur Kib et... que les canaux éi-Kut et l'Arahtum cher à Marduk te dél[ivrent et t'absolvent] (8) ! » On voit que les eaux ont le

(1) Pline, H. N., xxxvi, 26 =Bri),aio;, Jos., B. /., II, x, 2. Aujourd'hui le nahr Na^mân, où CL-Ganneau a vu le nom d'Adonis [Études..., I, p. 28). Ce savant suppose que le nahr Roubii, près de JafFa, est aussi un fleuve de Baal et propose de lire nS^^lH "1.1 J au lieu de nbi7in in, Jos., xv, 11. Nous n'insistons pas sur d'autres cas conjecturaux comme le Damour (Maspero, Hist., II, p. 180), le Cison, etc.

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