‹ Études sur les religions sémitiquesChapitre 32 sur 88 · VD · texte numérisé non relu

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L'épigraphie de l'Arabie du Sud a fait connaître quelques noms de mois, minéens et sabéens (5). M. Hommel n'indique que deux ou trois noms pour les inscriptions minéennes anciennes et un pour les plus récentes. Chez les Sabéens, les inscriptions anciennes contiennent sept noms, peut-être huit, dont deux sont des noms de saisons, le printemps et Tété (6). Dans les inscriptions plus récentes, à partir de 300 ap. J.-G. , on rencontre deux noms de saisons, l'été et l'automne (7). Il faut noter aussi un mois du pèlerinage, comme pour les Arabes du Nord.

Plus obscure encore est la question du calendrier arabe qui a donné naissance au calendrier de l'Islam. Il est certain qu'avant Mahomet on

et sa kcture a été confirmée par un passage de la Chronique de Michel le Syrien : « le quatrième mois, Qlôtilios, et selon d'autres, QentUios, qui est Qainan, fut appelé Julius ». Qinian correspond donc à juillet ou à Tammouz. Cl.-Ganneau a même rapproché depuis {Recueil..., V, p. 184) ce nom de celui de HNJp, l'idole dite de la jalousie, dans Ézéchiel, que le prophète met en relation avec Tammouz (Ez., viii, 3. 5). Cf. Michf:l, éd. Chabot, I, p. 133.

(1) D'après M. Clerraont-Ganneau {Études..., II, p. 63), et complété.

(2) Les noms des mois marqués d'un astérisque sont mis en concordance dans des inscriptions bilingues de Palmyre. Les mois grecs dont les noms sont entre crochets ne se sont pas encore rencontrés à Palmyre.

(3) CIS., ar., n° 349; le nom de ce mois est suivi du qualificatif NIQ^ZJ IH lî qui n'a pu être expliqué que comme un autre nom du mois, probablement plus ancien.

(4) ClOYAN dans une inscription grecque de Pétra (De Luynes, Voyage d'exploration à la Mer Morte, I, p. 292 s.); cf. Cl.-G\nneau, Recueil..., II, p. 226.

(5) Hommel, Sudarabische Chrest., p. 58. 11 faut ajouter dhû Alhirat, le mois d'Achéra, d'après Aufs. und Abh., p. 157.

(6).^ljO et JiJ.

280 ÉTUDES SUR LES ElELIGIONS SÉMITIQUES.

se servait d'un mois intercalaire que le Prophète a supprimé comme contraire à la nature. En cela il a bien pu être conduit, comme M. G. Jacob l'a supposé, par les influences du paganisme de Harrân, ce foyer étrange d'anciennes superstitions où dominait toujours l'antique culte lunaire (1). Ce qui nous importe ici c'est seulement de constater l'ancien état des choses. Or il est certain que les mois étaient caractéristiques des saisons; cela résulte moins sûrement peut-être des rapprochements déjà proposés par Caussin de Perceval, par exemple pour le mois de rebi', qui signifie printemps, que des passages des anciens auteurs colligés par Wellhausen (2). Sur ce point tout le monde est d'accord. Mais il est beaucoup plus difficile de fixer la suite des mois et le point de départ de l'année. D'après Wellhausen, l'année commence en automne et se poursuit dans l'ordre suivant, à partir d'octobre : Safar I (nommé depuis Moharrem), Safar II, Rebi' I et II, Djoumàda I et II, Redjeb (avril), Gha'bân, Ramadan, Chauwwâl, Dhù'l-qa'da, et Dhù'l-hidja, le mois du pèlerinage. Winckler a attaqué ces résultats, sans aboulir cependant à un ordre bien différent; il semble qu'en dernière analyse il n'y a plus qu'une avance d'un mois, Redjeb en mars, Dhù'l-qa'da et Dhù'l-hidja en juillet et août, Moharrem en septembre (3). L'année des Arabes commençait au printemps; M. Waddington a cité un passage de Simplicius sur la Physique d'Aristote (lib. V, p. 205) nous apprenant que les Arabes et les gens de Damas commençaient leur année à Téquinoxe de printemps {k).

Ici nous nous trouvons en présence d'un ensemble de faits qui nous obligent à reprendre la question dans ses termes généraux : l'invasion en Asie du calendrier solaire égyptien.

Ce calendrier y a pénétré sous deux formes, la forme égyptienne et la forme romaine, connue sous le nom de calendrier julien. D'après Quinte-Curce (III, m, 10) les Perses se servaient d'une année de 365 jours, qu'on a crue (5), d'après les Arabes, divisée en douze mois égaux de trente jours, plus cinq épagomènes. D'autre part, au temps de

(1) Dans Winckler, Altor. Forsch., Il, p. 345, d'après Beruni, Chronique, p. 32, les gens de Uarran jeûnaient, à partir du 8 du mois d'Adhar, trente jours en l'honneur de la lune. Or en l'an 623 le premier Ramadan tombait le 9 mars — 9 Adhar.

(2) Reste... 2, p. 94 ss.

(3) Altor. Forsch., II, p. 34 i.

(4) Wadd. sur 2463; ce qui permet de fixer l'ère de Bosra ou de la réduction de la Nabalène en province romaine au 22 mars 106 ou 105. Cela résulte aussi du texte de Michel cité p. 278 s., note 5, puisque le mois de juillet y est le quatrième. Mais que vaut le témoignage du chroniqueur pour une époque si reculée?

(5) IDELEU, Haadbuch cler... Chronologie, II, p. 513 ss.

saint Épiphane, Tannée syro-macédonienne correspondait au calendrier romain pour le quantième des mois. En cela elle était donc julianisée, tout en conservant les anciens noms grecs de mois lunaires, Tannée commençant au 1'' octobre (1).

Entre ces points extrêmes, il y avait place pour bien des diversités. Les Palmyréniens ont-ils adopté purement et simplement le comput julien? Us étaient si romanisés que cela est tout à fait vraisemblable. Cependant aucune inscription n'est datée du 31 d'un mois, ce qui trancherait la question. Gaza et Ascalon suivaient Tannée égyptienne, mais ne s'entendaient pas sur la concordance des noms; les mois, avec des noms difTérents, commençaient aux mêmes jours, et les épagomènes débutaient au 2i août, ce qui est tout à fait égyptien (2). Un autre calendrier est qualifié par Thémérologion florentin de « calendrier des Arabes ». Il est purement solaire; mais les épagomènes débutent au 17 mars, ce qui indique que Tannée commençait au printemps. Le voici :

Xanthicos

2*2 mars

30 jours

Artémisios

21 avril

Daesios

21 mai

Panémos

20 juin

Lôos

20 juillet

Gorpiaios

19 août

Hyperbérétaios

18 septembre

Dios

18 octobre

Apellaios

17 novembre

Audynaios

17 décembre

Péritios

16 janvier

Dystros

15 février

Épagomènes

17 mars

C'est ce calendrier que sont venues confirmer les inscriptions grecques trouvées naguère à Bersabée (3) et qui prouvent que son usage s'est continué jusqu'au vu" siècle de notre ère. Mais s'il est certain maintenant que les Arabes dont parlait THémérologion sont ceux qui avoisinent le sud de la Palestine, sont-ce aussi les Nabatéens, comme iM. Clermont-Ganneau l'affirmait sans hésiter (4)? Le même savant a

(1) D'après Ideler, Chronologie, I, p. 434, une partie des populations byzantines de la Syrie lit commencer l'année au l" septembre, pour la faire concorder avec les indiclions.

(2) L'année égyptienne commençait le 29 août, ou 1^' Toth.

(3) RD. 1903, p. 426, et 1904, p. 266 ss.

(4) Études.,., il, p. 69.

suggéré lui-même une grave raison d'en douter, en admettant (1) que les Nabatéens avaient adopté le calendrier julien dès le i'" siècle de notre ère, comme l'inscription de D'meir le prouve assez clairement (2). (( Le comput des Romains » serait une expression très impropre, en 94 ap. J.-C, pour désigner une année solaire à l'égyptienne. Il est donc probable que les Nabatéens, comme gouvernement officiel, avaient adopté l'année julienae, tandis que çàet là les Arabes, surtout dans le voisinage de l'Egypte, conservaient le système des épagomènés. Mais comme le calendrier julien n'empêchait pas l'année syrienne de commencer à l'automne, celle des Nabatéens partait de Téquinoxe de printemps.

En établissant le synchronisme de la naissance et du baptême du Sauveur, S. Épiphane n'a pas seulement montré la concordance du quantième des mois latins et des mois syro-grecs (3), il a cité deux noms de mois selon les Arabes, le 21 Aleom, qui répond au 6 janvier, et le 22 Aggaltabaeith, qui répond au 8 novembre.

Il en résulte que ces mois correspondent exactement avec le calendrier dit des Arabes, Aggaltabaeith à Dios, qui commençait le 18 octobre, Aleom à Audynaios, qui commençait le 17 décembre. La concordance est parfaite entre les deux calendriers attribués aux Arabes, l'un en grec, l'autre — deux mois seulement — en langue sémitique. Aggaltabaeith doit probablement être corrigé, avec Wellhausen, en Aggatalbait, « le pèlerinage de la maison (sacrée) » .

Cependant il y a lieu de tenir compte d'un autre élément : le calendrier que rilémérologion attribue aux Héliopolitains. M. Clermont- Ganneau a reconnu qu'un des mois d'Épiphane s'y trouve sous la forme Ag, abrégée de Aggatalbait; Aleom y figure probablement aussi sous la forme Gélon (k). Voici ce calendrier :

AB

23 septembre

30 jours

lAOYA

23 octobre

Ar

22 novembre

0OPIN

23 décembre

rEx\QN

22 janvier

XANOY

22 février

SOBA©

24 mars

(2)... « l'an 405, selon le comput des Romains », donc 94 ap. J.-C. L'interprétation est de M. Clermoivt-Gamne\u, Recueil..., I, p. 61.

(3) Hœres., LI, c. 24. Migne, t. XLI, col. 932; il faut remarquer que le texte dit à tort le cinq janvier, car le huitième avant les ides de janvier est le six et non le cinq.

(4) Études..., Il, p. 70.

AAAA

23 avril

30 jours

NEISAN

24 mai

lAPAP

24 juin

EZIIP

23 juillet

BAMIZA

23 août

On dirait d'une copie mal faite du calendrier syrien, Thorin pour Tichri, Chanou pour Kanoun, Adad pour Adar, larar pour lyar, Ézer pour Khaziran, Thamiza pour Tammouz. Au lieu de dire Tichri et Kanoun I et II, on a trouvé des noms propres pour remplacer Tichri I et Kanoun I, car de la sorte le calendrier coïncide absolument avec le calendrier syrien. Il est extrêmement remarqual3le que le mois de Tichri I, c'est-à-dire le Tichri du calendrier hébraïque, soit le mois du Hadj ou du pèlerinage comme chez les Hébreux. S'il commence à Héliopolis le 22 novembre, on pourrait supposer que le pèlerinage d'Héliopolis se faisait à cette époque. Mais la saison est décidément peu favorable ; il vaut donc mieux reconnaître que le calendrier a été so- Jarisé à un moment où Tintercalation mal faite avait amené un certain désordre. Tichri I est Hyperbérétaios, qui, d'après les Arabes de Ftlémérologion, commençait le 18 septembre. C'est incontestablement son ancienne place, puisque c'était le septième mois, l'année commençant à l'équinoxe de printemps; il faut en conclure que le mois traditionnel du Hadj est celui qui suit l'équinoxe de septembre. Le calendrier de Baalbek est en retard de deux mois, mais il a conservé l'ordre ancien.

Le mot de fête est devenu pour nous synonyme de jour de réjouissance. Il n'en était point ainsi dans l'antiquité. Un jour de fête est un jour consacré à un dieu. Gomme les choses, comme les lieux, comme les personnes, le temps appartient à la divinité, et aussi l'activité de l'homme; il convient donc de faire à Dieu sa part dans la durée, et de s'abstenir alors de toute action qui serait comme une main-mise sur le temps. On peut seulement se demander si le relâche ainsi imposé par le sentiment religieux est censé précéder l'action, pour donner à Dieu le préciput du temps, ou si au contraire il clôt une période de travail. La dernière hypothèse est la seule vraie, et conforme à la nature des choses, puisque le repos suit le travail. Chez les Hébreux le jour du repos n'est pas le premier, mais le septième, avec une allusion aux œuvres antérieures, non à la convenance des œuvres de l'a-

venir (1), et c'était très nettement le caractère des fériés romaines, qu'on ne s'étonnera pas trop de nous voir citer ici, depuis que le code d'Hammourabi a permis de constater de si frappants rapports entre Rome et Babylone (2).

Mais si le repos, le relâche, le chômage, est le premier caractère des jours de fête , parce que l'idée négative de réserve et d'interdiction est la première lorsqu'il s'agit de la sainteté chez les Sémites, ce repos est essentiellement religieux. x\iissi tout jour de fête était-il consacré à une divinité spéciale. Par son aspect d'interdiction, il ne se distinguait pas d'un jour néfaste (3); mais en tant qu'affecté à un dieu, — c'est le côté positif, — il devait être pur, nefastus punis, d'après l'ingénieuse explication de M. Huschke, adoptée par M. JuUian [k).

Ce qui nous autorise à rapprocher ici les Sémites des Romains, c'est la ressemblance assez étroite des deux calendriers. Comme les Romains et les Égyptiens (5), les Babyloniens connaissent des jours favorables et des jours défavorables. Or, il est une qualification intermédiaire que nous croyons pouvoir entendre précisément dans le sens du nefastus purus, le jour de nubattu (6). On a d'abord traduit simplement jour de fête ou de prière à tel ou tel dieu. Récemment Jensen a étudié de très près l'étymologie et les équations fournies par les vocabulaires. Il en a conclu que nubattu signifiait une plainte pour les morts (7). Mais c'est trop s'éloigner du contexte, car on ne peut, sans aboutir à des conceptions très subtiles, considérer comme un jour funèbre un jour consacré à Mardouk, qualifié par ailleurs de Seigneur du nubattu (8). Si donc Jensen a raison de rappeler que le jour nubattu

(1) Ex., XX, 8-10.

(2) Voir le remarquable arlicle Ferix de M. JuUian dans le Dictionnaire des Antiquités de M. Saglio, auquel nous empruntons les ren^^eignements relatifs aux Romains; cf. Schol, ad Pers.^ IV, 28 : « sacrificia finila agricultura célébrant... emeriti et elaborati operis indicium »; Cic, De leg., H, 12; ce qu'on défendait surtout aux jours fériés, c'était de commencer une œuvre nouvelle.

(3) Macrobe, Saturn., I, xvi, 13 : hxc de festis et qui inde nascuntur, qui etiam nefasti vocantur.

(4) Loc, laud. p. 1044 : « Il faut donc considérer la fête, à vrai dire, comme une offrande sacrée prise dans le temps, de la même manière que la victime du sacrifice est une offrande choisie dans la nature ». Nefastus purus serait la solution de l'abréviation ^P qui a beaucoup sollicité la sagacité des interprèles; on admettait généralement « néfaste pour la première partie ».

(5) Maspiîro, Histoire..., I, p. 210 ss.

(6) Un calendrier pour Éloul intercalaire cite le 3, le 7 et le 16 comme nubattu pour Mardouk et Sarpanit ; le 7 est en même temps un jour néfaste.

(7) Jensen, KB., VI, 1, p. 416 et Zimviern, KAT. s, p. 371.

(8) Jensen insiste sur la mort des dieux solaires à chaque année et de la lune au 29* jour; de même Lehmann, cité par Zimmern qui n'ose le suivre, tout en faisant des insinuations dans ce sens. Mardouk n'esl-il plus le dieu du soleil levant?

est expliqué dans les vocabulaires «jour de deuil » (1), il s'ensuit seulement qu'il a un caractère mixte : il est nefastus consacré ; jour de chômage comme les jours néfastes, mais jour propice aux sacrifices et, en définitive, favorable, du moins à ce titre. Aussi voyons-nous qii'Assourbanipal n'hésite pas à se mettre en campagne le 3 de Ab, où avait lieu le nuhaitu de Mardouk (2).

On voit que les jours de fête étaient loin d'être avant tout des jours de réjouissances. Tout dépendait de la divinité à laquelle ils étaient consacrés et sans doute aussi du caractère des populations qui les célébraient. Le jour de repos qui suit le travail devient assez naturellement un jour de plaisir, et dans les villes cela tourne aisément aux divertissements. C'était le double cachet des fêtes au temps si reculé de Goudéa. « Pendant sept jours on ne moulut pas de grain, la servante était égale à sa maîtresse, le serviteur se mettait à côté de son roi (3) ».

Comme jour consacré à un dieu, le jour de fête comportait nécessairement le sacrifice, avec ses pompes, et les invocations de tout un peuple à la divinité, souvent bruyantes et enthousiastes (4).

Ces traits se retrouvent chez tous les peuples, ainsi que les processions, quoique les Sémites paraissent y avoir attaché une importance particulière; mais chaque groupement avait donné à ses solennités un caractère spécial; nous devons parcourir les principales de ces manifestations religieuses, chez les Babyloniens, chez les Arabes et chez les Cananéens.

La fête la plus solennelle de Babylone est celle du nouvel an. Elle a une importance spéciale pour les études bibliques, ayant souvent été considérée dans ces dernières années comme l'origine de la fête juive des Pourim. Telle qu'elle se pratiquait à Babylone, au temps de Nabuchodonosor, il faut lui reconnaître un caractère complexe.

La fête se nommait zagmuk, ce qui n'est qu'un idéogramme, ou un mot soi-disant sumérien, équivalant à l'assyrien res-satti, commencement de l'année (5). Elle se nommait aussi fête de VAkiti, terme dont

(1) Um idirlu, « jour de deuil » ; um kispi, « jour des offrandes aux morts » ; on sait que les jours consacrés aux parentalia étaient fériés. Ces équations n'empêchent pas des nuances pour chaque terme.

(2) KB., II, p. 222.

(3) Goudéa, KB., 111, 1, p. 40, à la dédicace d'un temple. Cette cérémonie, qui est devenue surtout une inauguration, marque bien aussi le terme des travaux.

(4) Le tahlîl arabe rappelle encore le hallel, comme notre alléluia; il a peut-être dû son origine à la nouvelle lune, hélai.

(5) En hébreu nJ^'H \27N1.

le sens n'est pas connu, et qui marquait peut-être à TorigiDe le principal acte de la fête, accompli dans un lieu spécial (1).

Se réjouir comme au jour de l'Akiti est déjà une locution proverbiale dans le poème de Gilgamès (2).

La fête était par excellence une fête de iMardouk, en sa qualité de Bel ou de Seigneur. Le dieu sortait en procession, porté sur une barque, suivant une voie sacrée dont les pavés même faisaient allusion à la cérémonie (3). Nabou quittait son temple de Borsippa pour aller saluer son père Mardouk, et dans cette occasion solennelle le roi venait saisir les mains de Bel et recevoir de lui l'investiture de la royauté.

Sa présence paraît avoir été tellement nécessaire que dans les temps malheureux du règne de Nabonide nous lisons : « le roi ne vint pas à Babylone au mois de nisan, Nabou ne vint pas à Babylone, Bel ne sortit pas, la fête de Vakitu n'eut pas lieu (4) ».

La fête, étant une fête du nouvel an, devait naturellement commencer le premier nisan. Les premiers jours étaient sans doute occupés par les processions. Le 8 et le 11, ou dans l'intervalle qui s'étend entre ces deux jours, les dieux réunis auprès de leur Seigneur Mardouk étaient censés procéder à la fixation des destins. Mais rien dans les textes ne marque qu'on réglait les sorts en tirant au sort; la présence de Nabou indique bien plutôt que le sort était déterminé par la libre volonté des dieux et inscrit sur des tablettes; c'est aussi le seul sens littéral des mots employés (5).

Vainement, pour obtenir le sens de tirer au sort, a-t-on assimilé la cérémonie babylonienne du nouvel an au mois de nisan, à la détermination, au mois de lyar, le 13, des personnages qui donnaient leur nom à l'année selon l'usage assyrien. Zimmern a montré que rien n autorisait à conclure que cette cérémonie était un tirage au sort (6j.

(1) Le mot étant toujours écrit akitu, il n'y a pas de raison de le rapporter à une racine r\'Çi'i^, « être obéissant », « rendre liommage ». Dans Hammourabi on cite le bît aldti, « maison de la fêle ».

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