‹ Études sur les religions sémitiquesChapitre 55 sur 88 · et Hillesba'al fils de Bodechmoun, et leurs collègues · texte numérisé non relu

et Hillesba'al fils de Bodechmoun, et leurs collègues

20. Tout prêtre qui prendrait une redevance en transgression de ce qui est statué sur cette table, sera mis à l'amende ...

21. Tout offrant d'un sacrifice qui ne donne pas le de la redevance qui ...

1) Le dessus des lettres de pï est caciié par la cassure; cependant la restitution est très probable. Il s'agit d'un Baal spécial, cf. Ex., xiv, 2, 9. Selon toute vraisemblance, c'était un Baal de la côte phénicienne. Soit que le temple ait été élevé à Cartbage ou à Marseille, il s'agit donc d'un culte transporté de la mère-patrie à l'étranger. — Le mot ny2 ne se lit pas, mais a été emprunté avec certitude à n" 167. Le sens de tarif se dégage du contexte; un rapport satisfaisant existe avec l'arabe bcVa, c, L, « faire un contrat, stipuler », d'où le sens de « vendre » . — nN^-Q pour man-

sa'at (en hébreu de xir:) signifie d'après fétymologie « la charge » (ici le pluriel). On serait tenté de traduire « les parts » comme Gen., xLiii, 34, mais le mot s'entend surtout ici de ce qui est dû aux prêtres. 11 vaut donc mieux traduire « redevances » (sacrées) comme Ez., xx, 40. — Ce qui manque a été bien suppléé par les éd., en partie d'après le n» 167, surtout d'après le n» 175 où il est question de dix personnes préposées aux choses saintes. Il s'agit sans doute d'un comité de ce genre. — iNJTD, « fixer, poser » par exemple une statue, doit être lu au pluriel ; on sait que le phénicien n'écrit jamais dans ce cas le waw, non plus que le iod à l'état construit; écriture très défective. — "i suppléé d'après l'analogie d'autres cas est probablement l'abrégé de pi, « nos seigneurs » ; 1 pour il se rencontre ailleurs, n<^^ 132 4, 170 1 ; c'est une al)réviation analogue à celle des Juifs pour désigner leurs docteurs. — Les éd. observent que les noms des suffètes se retrouvent dans les grandes familles carthaginoises qui fournissaient des suffètes; il est probable que ces magistrats remplissaient cette charge à Cartbage et non à Marseille.

2) Dilim est suppléé avec certitude d'après la ligne 19. Cette formule' rappelle celles des monnaies des Hasmonéens. Les collègues ne pouvaient pas être d'autres suffètes, puisque ces derniers n'étaient que deux, mais le grand conseil de cent quatre membres, ou le sénat; cf. Arist., Polit., II, viii, 2.

3) Trois sortes de sacrifices, placés sur le même pied s'il s'agit de la rétribution en argent due au prêtre. Mais il ne sera jamais question du SSd dSu; pour l'attribution d'une part de la victime soit à l'offrant, soit au prêtre, et ce sacrifice n'est pas mentionné dans le n» 167, où il n'est pas question de redevance en argent au moins pour les victimes considérables. Il est vrai qu'à la ligne 11, ce sacrifice est en tête d'un passage qui se termine par la mention de la chair de la victime; mais on s'explique bien une tournure globale dans ce cas particulier, pour éviter des répétions. Il ressort nettement de ces faits que le SSd ch"^ est un holocauste, un sacrifice où toute la chair est consumée, et non point une sorte d'amphibie comme le proposent les éd. : « si propositum spectes^ ad classem sacriftciorum dictorum sel'amim pertinuit, si formam, holocaustum fuit ». 11 y a contradiction dans les

termes, car il était de l'essence du salem de réserver de la viande pour la mandiication. Dans le sacrifice TTjr^ une partie de la chair va au prêtre, une partie à l'olfrant. Le tarif n'avait pas à mentionner ce qui devait être brûlé, car c'était l'objet d'une ordonnance d'ordre sacerdotal probablement présupposée et (|ue le prêtre n'avait aucun intérêt à enfreindre au détriment de l'offrant. Ce sacrifice est donc le sacrifice ordinaire de communion, le Di/zSly ni"» des Hébreux, comme les éditeurs l'ont très bien vu. Mais il en résulte que les Phéniciens ne donnaient donc pas à ce sacrifice le nom de D^^*, et par conséquent ce mot devra avoir un autre sens dans le mot composé SSd uh'X. Que peut être dès lors le SSs ? La grande majorité, les éd., Lidzbarski, répondent : un holocauste, comme l'hébreu S^Sd. Cette traduction est certainement fausse dans notre contexte, puisque le prêtre aura le droit de prendre un poids de viande déterminé. La partie n'est pas indiquée, et peu importe à l'offrant, puisqu'il ne reçoit rien dans notre tarif, ni dans la partie du n*' 167 qui existe encore. Dès lors ce sacrifice répond au pro delicto ou pro peccato des Hébreux. A vrai dire, rien n'indique qu'il soit expiatoire, mais il rentre du moins dans la même catégorie, quant à la disposition de la victime. D'ailleurs est-il exact que le S''Sd hébreu signifie « holocauste » ? Dt., xxxm, 10 est sans signification précise. Dans Ps. LT, 21,S''S3*1 rhvj, « holocauste et h^hzi », on dirait bien plutôt qu'il s'agit de deux sacrifices distincts. Ils sont identifiés, dit-on, I Sam., vu, 9, S^Sd nSl", où on voit le sens adjectival primitif (Ges. *3). Mais il s'agit d'un agneau pour tout un peuple : était-ce le cas — l'unique — de dire qu'on le consume tout entier? Les LXX ont al)v T.oL^xX toj Xao) et Rlostermann a très bien vu qu'ils ont lu S"» SdS comme une abréviation pourSNI*^?"' SdS, « pour tout Israël ». Le sens d' « holocauste » convient-il mieux aux deux autres textes, Dt., xii[, L7 et Jud., xx, 40.^ Oui, à condition d'insister sur le sens de « combustion » : ce sont deux villes qui sont brûlées ; en particulier Jud., XX, 40, T'^n S''Sd, le sens de « sacrifice » est bien moins naturel que celui d' « incendie ». Nous pensons qu'il faut songer à une forme secondaire de la racine nSp, commune à tous les idiomes dans le sens de « brûler ». L'alternance de 3 et de p n'est pas impossible, d'autant qu'à côté de qahl, « brûler », prés, iqallu, l'assyrien a kalu,

« magicien, prêtre » (cf. le minéen r, ^^^ « prêtre », et arabe o J^, « brûler »). Dès

lors le SSd sera un sacrifice igné; et en effet dans le pro peccato l'action du feu entre nécessairement, tandis qu'elle n'est qu'accessoire dans le sacrifice pacifique ou de communion. Le SSd dS*^ sera le sacrifice igné complet, car dl'Q} ne signifie pas seulement « être en paix », mais « être achevé, complet », soit en hébreu, soit en araméen» soit en assyrien. Quant à l'étym. de ni71i*, elle paraît se rencontrer dans l'éthiop. "jTJy « appeler, inviter à un festin » (cf. I Cor., x, 27, « inviter »). Et le mot normal pour sacrifier en éth. est 27*!D, moins éloigné de n^lï que le c, jiu minéen. Dans ces

trois sortes de sacrifices, les prêtres ont droit à un salaire fixe, équivalant sans doute à leur peine, de dix pièces d'argent. Dix est écrit en toutes lettres, suivi du chiffre phénicien pour dix; au contraire la valeur de la pièce n'est pas indiquée. Les éd. ont pensé avec raison qu'il fallait sous-entendre le mot SptT, « sicle », comme Gen., XX, 16; mais faut-il lui donner la même valeur qu'au sicle hébreu (14»'' 55)? cela est du moins fort douteux : la somme serait exiguë. Dans le tarif de Carthage, il n'est pas question de cette redevance fixe, mais les peaux reviennent au prêtre, et non à l'offrant, comme chez les Hébreux (Lev., vu, 8). Il semble donc que la peau n'était pas brûlée, même dans l'holocauste. — Après la mention de cette redevance il n'est plus question du h'iz dSu:; en cas de SSs le prêtre a en plus ("jS rhy, comme l'hébreu 1:3 S", Ex., xx, 3; Num., m, 4; Job, xvi, 14) un certain poids de chair.

Les éd. ont sagement conjecturé que ce poids devait être le double de celui que le prêtre prélevait sur un veau, 1. 6, de même que la redevance en argent. Là encore ils suppléent sicle, ce qui donnerait la somme dérisoire d'environ 10 livres (4'^8'' 365). et pour un veau, de 5 livres. Il vaut donc mieux supposer qu'il s'agit ici d'une unité de poids plus forte, que tout le monde connaissait, et qu'il n'était pas plus nécessaire d'énoncer en matière de poids que le sicle quand il s'agissait d'argent. On ne dit pas ce qu'on fait du reste, mais il ne devait pas revenir à l'offrant puisque cela n'est pas dit comme pour le sacrifice de T^VT^. Dans ce dernier cas le partage est énoncé.

4) Le prêtre a nnïp et n^ï^ Les deux mots sont au pluriel; leur sens est impossible à préciser, quoique les racines soient usitées dans les autres idiomes, lïp, en hébreu, « couper, abattre », indiquerait les abatis, terme employé soit pour désigner la tête, le cou, les ailerons, les pattes de volaille, soit, s'il s'agit de grosses bêtes de boucherie, la peau, la graisse et les tripes. n'7ï'' se rattache au syriaque pj;^!, « articulation », en hébreu ^ïx, « côté ». li est peut-être question, sinon des arliculations proprement dites, du moins des parties connexes. Nous notons que la traduction est purement étymologique dans les deux cas. Connue il n'est pas dit ici « en plus du poids de 300... », il semble que dans le r\T':i le prêtre n'avait rien de plus que les iT^i'p et les rh'^i. — Le mot pT est un parf. consécutif (pluriel) comme en hé!)reu. — ni!7, plutôt au singulier, puisqu'il s'agit d'un seul animal, « peau », hébr. t:;. — DI^'Cj ou DlSuTN (n° 167) ne doit pas être éloigné de nnS^lS « les

tiges » ou « les montants » qui figurent I Reg., yii, 28 s.; ce sont donc les jambes ou les cuisses, assez naturellement avant DDÎ72, « les pieds » (cf. hébr.). — nnx ne pouvant être écrit pour l'état construit comme l'hébr. tiriN*, on peut supposer avec Lid. un substantif singulier (cf. hébr. rmrî»N), « ce qui demeure » de la chair après que tous les prélèvements ont été faits. Peut-être la peau, les jambes et les pieds sont-ils nommés spécialement, parce qu'on aurait pu les comprendre parmi les abatis. — L'offrant est nommé « le maître » ou « le propriétaire du sacrifice », comme en sabéen ^v\j>3 JjtJ (lIoMMEL, Sud.-ar. Chrest., p. 25) et en assyrien bel niqi. C'est à lui

qu'appartient l'initiative et que doit revenir le mérite.

5) Il s'agit maintenant de deux victimes inférieures, le veau et le cerf. Le veau est déterminé par l'état de ses cornes; ''Jlp, « ses cornes », le suffixe est écrit. Les éditeurs ont lu IDnaiDS. "lona pour signifier « manque » est bien rattaché à la racine iDri; l'accumulation des trois prépositions laS, « dans l'état de », n'a pas d'analogie en hébreu, mais se retrouve en phénicien : "'Tin.QS, « pendant sa vie », n» 46. Mais il est douteux qu'il y ait une lettre entre n et n. N"ûaTaN2 demeure impénétrable. Les éditeurs comparent le grec àTjxrjTd;, non castratus. Le veau serait donc distingué, soit du. taureau, soit du bœuf. Il faut supposer que les Carthaginois ont emprunté une forme vulgaire à-rop^xoç — ou encore un mot berbère (Lid.?). — Le grec auTO!i.aTwç est plus voisin mais peu satisfaisant pour le sens. S^S, « cerf », hébr. Sîix, comme Ta vu Muuk; Clermont-Ganneau a démontré très solidement [L'imagerie phénicienne, p. 69 ss.) que le parallélisme de l'inscription excluait le bélier (hébr. SiN) qui revient sous la forme Si''. Les parcs sacrés permettaient de se procurer facilement des cerfs qu'on élevait presque comme des animaux apprivoisés. Le prix fixe est de moitié, le prélèvement de la chair en cas de SSd fixé à 150... ; les autres dispositions sont les mêmes que pour un bœuf.

7) Nous passons au petit bétail. 11 s'agit d'abord des animaux de pleine croissance, espèces ovines et caprines^ avec cette particularité qu'en hébreu VJ signifie

toujours « chèvre », non bouc, tandis que ^2V, d'après la tradition hébraïque {Targiim de Jos., vi, 4 ss.\ signifie seulement « bélier ». Il est à noter que cette tradition relative à la corne du jubilé, litt. du bélier, reçoit ici une précieuse confirmation. Quelques-uns (Renan, etc.) proposent dans ce cas le sens de bouc pour réserver celui de bélier à b\s% 1. 5, mais sans fondement. On peut supposer que l'usage avait prévalu de sacrifier le bélier et la chèvre plutôt que la brebis et le bouc, ou que S^' et VJ désignent d'une façon générale les individus de pleine croissance dans les deux espèces, pour abréger. — Là, à propos du droit fixe, le sicle est mentionné, ce qui justifie l'hypothèse qu'on en fait 1. 3 et 1. 5; à ce sicle on ajoute deux "i7, monnaie de valeur inconnue. — A partir de cet endroit, les victimes ayant diminué d'importance, les prêtres n'ont plus rien de spécial dans le SSd; indice nouveau de la distinction des catégories. Les parts en cas de nv^ji demeurent les mêmes.

9) Il s'agit maintenant de viclimes très jeunes, agneaux, chevreaux, et petits de S^x, qui décidément ne peut être un bélier, puisque l'agneau est mentionné. "iDX, mot araméen, employé par les Galiléens {Talm. Bah., tract. Eiubin, fol. 58 a), d'après les éd., en assyrien immeru, « agneau », étym. inconnue. ^\s* 2i2f dans ce contexte ne peut signifier que des « faons ». Halévy [ap. éd.) compare nnï, « mûr » {Talm. Bab., tract. Betsa, fol. 7 a), synonyme de Siaa, « sevré ». Cooke, d'après Noldeke {ZBMG. 1886, p. 737), compare bien l'araméen iS*a"l27, << brebis » (d'autres essais sont cités Imagerie phénicienne, p. 75). — Le tarif baisse encore : trois quarts de sicle et un nombre de IT que la lacune ne permet pas de déterminer.

11) La première lettre manque, elle est suppléée d'après l'analogie des victimes précédentes. Quoique la deuxième lettre soit entamée, elle paraît bien un 'j; il est très naturel qu'il soit ici question de la moindre des victimes animales, les oiseaux. Le mot ne se trouve en hébreu à propos des sacrifices que pour la purification des lépreux (Lev., XIV, 4 ss.); d'ailleurs les seuls oiseaux admis étaient les tourterelles et les colombes ou pigeons. Ils ne figurent pas parmi les victimes du sacrifice pacifique, et aussi ne voyons-nous pas ici qu'il soit question de Ty^jyj, mais dans les holocaustes (Lev., 1, 14-17) et les sacrifices expiatoires, comme offrande des pauvres (Lev., v, 7 ss. ; XII, 8). Il s'agit plutôt de deux sortes d'oiseaux. p^N se rapproche facilement de la racine 1:^, « protéger, clore », d'où U, « jardin », de sorte qu'on arrive à l'idée d'oiseau domestique (éd.) ou du moins de volière, rï paraît plus qu'une simple épithète, puisque le n^ 167 porte \r^2, comme si c'était une autre sorte de victimes, yï est douteux, il n'est même pas très sûr qu'il soit équivalent de y^, en hébreu « fleur ». Le sens de « plumes » (Jer., xlviii, 9) est fort incertain.

SSd dS;27 avec le sens d' « holocauste » n'a rien d'étonnant, s^ïtu, éJ. : haruspiainum, après cependant avoir noté le rapport avec nï;:;, « inondation de colère ». Il s'agit plutôt d'un sacrifice expiatoire. L'oiseau est spécialement propre chez les Sémites à purger de graves impuretés, celle de la veuve chez les Arabes, du lépreux chez les Hébreux, n^n semble, au contraire, renfermer l'idée de divination, d'aruspice; cf. T^'sry-, « voir », en hébreu; la racine existait peut-être en phén., cf. le nom propre D:"^7n. L'honoraire du prêtre est de trois quarts de sicle et deux 1"» pour chaque. La chair appartient à l'offrant, positis poncndis, puisque dans le cas d'holocauste il ne restait rien; cela pouvait fort bien se sous-entendre. Le partage eût donné un résultat insignifiant.

12) On pourrait croire qu'il ne s'agit plus ici de victimes à immoler, ce qui s'indiquait par 2, mais d'autres offrandes, S^, comme 1. 14 et n'^ 167, 1. 9 et 10; il se peut aussi qu'on ait voulu varier le style. nCTp semble répondre pour le sens aux « prémices », en hébreu D'î'Tl^l; la racine DTp, « être en avant )), peut facilement

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donner ce sens. On ne saurait dire si ce mot avec son adjectif est au sing. ou au plur. Tï doit signifier du « gibier » (Lid.), comme ITiébreu T^ï; comme parallèle, ■jCtr, ordinairement traduit par « huile », mais qui peut signifier un « animal gras ». On pourrait aussi prendre ~ï dans le sens de l'hébreu n'T''ï, « provision de bouche»; il serait question des céréales et de l'huile. Mais il est difficile de s'expliquer alors le mot nUT. — La redevan^'c au prêtre est de dix pièces d'argent. Ce ne peut être que de très petite monnaie. Les éd. restituent [ni:i]N% d'après Ewald, en comparant 5^D3 nii:x (I Sam., II, 3G) qu'on assimile à mn, mais sans que ce soit certain. En tout cas, la lacune ne peut comprendre que deux lettres.

13) Il semble au premier abord qu'il y ait ici une prescription générale et comme une récapitulation; les éd. ne s'étonnent pas de celte redondance. Mais on verra qu'il s'agit bien plutôt de points particuliers, soit d'après le cérémonial usité, soit d'après la qualité de l'otlrant. Le mot r\T'J revient deux fois et les éditeurs ont pensé qu'il était donc susceptible de deux acceptions. Il est plus naturel d'imaginer que la seconde partie de la phrase supposait la situation contradictoire : l^" cas, la victime est portée devant les dieux; 2^ cas, elle n'est pas portée... Dans ce second cas, les prêtres n'auront sans doute pas ce qu'ils ont dans le premier, d'après les règles posées ci-dessus, les niïp et les nSï\ DD7 est traduit par Lid. « porter » {tragen), en réservant cependant le sens propre liturgique du mot. Il peut aussi signifier « soulever »; serait-ce un acte cultuel analogue à l'agitation de certains morceaux de la victime caractérisée chez les Hébreux par s^ijn ? D'ailleurs dans le sacrifice ordinaire des Hébreux on ne plaçait sur l'autel que ce qui devait être brûlé, c'est-à-dire peu de chose; peut-être obtenait-on que tout le sacrifice fût spécialement consacré aux dieux par un acte du prêtre qui prenait alors le maximum d'honoraires, n-2 est sans doute une préposition formée comme nS". On peut donc supposer que chez les Phéniciens comme chez les Hébreux l'immolation, niî en hébreu, nyiï en phén., avait parfois un caractère profane. Dans ce cas la victime n'était pas présentée au dieu et le prêtre n'avait rien. Mais il fallait le dire, et il semble en effet que cette partie du tarifa en majeure partie pour but de restreindre les droits des prêtres.

14) La lecture de la fin de la ligne ne paraît pas être ce que le Corpus marque. Avant la cassure ou voit bien la moitié du n et il est juste de suppléer n; mais on met aussitôt après •» (également dans Lid.), en suppléant dans le Corpws (non pas dans Lid.) ^J^^Sp^ « les prêtres auront... »; or c'est bien "» qui paraît dans l'autre bord de la cassure, mais l'intervalle est justement suffisant pour ^2, comme à la ligne 15 : « les prêtres n'auront pas ». Et en elfeton semble dire ici expressément que le sacrifice est fait par un «particulier », DTNSen offrande; peut-être dans ce cas les prêtres devaient se contenter de la partie des objets qui n'était pas consommée par le sacrifice, sans redevance en argent, ou peut-être n'avaient-ils rien du tout. Quant à ces objets, l'étym. de hSl indique seulement une chose humide. Il n'est pas du tout sûr qu'il faille y voir une offrande mêlée d'huile {W. R. Smith) parce que leLev., vu, 10, prévoit une "ja;!?! nSlS:i nnJD, « un sacrifice arrosé d'huile ». Nous retenons le sens général de libum (éd.), « libation »; mais comme en latin avec le sens spécial d'offrande de vin, la libation par excellence (Lid., Misch[opfer]).

nSn est à entendre une fois dans le sens de « lait », une autre fois dans le sens de « graisse »; eu hébreu nSn et nSn.

15) La ligne est complétée d'après le n° 167, 1. 6. Les éd. entendaient Si dans le sens de « pauvre » ; ceux qui n'avaient ni troupeaux ni oiseaux ne devaient rien donner au. prêtre : sens peu satisfaisant. La grande inscription de Carthage expliquée par M. Berger a fait reconnaître pour S" le sens de « avec »; et M. Clermont-Ganneau a

aussitôt proposé d'en faire Uapplicatiou à notre inscription [Recueil dWrch. or., III. p. 8); « ce serait le cas des -apaooSaia, qui, interdits dans certains sanctuaires grecs, pourraient être licites chez les Carthaginois ». Le même savant a rendu encore plus net le sens de hl, en citant {loc. laud.^ p. 24) aV2 D*^; St, « de bonne mémoire ». L'étym. demeure douteuse; aux conjectures proposées par Clermont-Ganneau on pourrait joindre l'araméen SS*T, au pa'êl, « rendre propre, spécifique », qui va plus directement que nb", <' pendre, dépendre ». Lorsque le propriétaire lui-même fait le sacrifice, il n'est rien dû au prêtre. Comme il serait étrange que cette ingérence des laïcs s'étendît même à la combustion de la victime sur l'autel, et qu'un droit serait dû au prêtre dans le cas contraire, il semble que le mot m* doit être restreint ici au sens d' « immolation » et d' « immoler ». Ce serait le droit pour tout le monde d'immoler son bétail sans l'ingérence des prêlres et par conséquent sans en faire un sacrifice proprement dit, tout en l'immolant dans le temple pour faire un festin religieux. Chez les anciens Sémites, du moins chez les nomades, toute immolation de bétail était un sacrifice; plus tard on distingua l'immolation profane et le sacrifice rituel (Deut., xii, 15); serait-il ici question d'une distinction semblable? — La ligne devait se terminer par un blanc, comme la ligne 6 du n» 1G7.

16) On passe à un nouvel ordre d'idées. Il s'agit des corps constitués, qui ofïVent un sacrifice; ils ne devront payer que comme un seul offrant. Le mérite d'avoir reconnu le vrai sens de ces deux lignes 16 et 17 appartient à M. Clermont-Ganneau {Recueil, III, p. 25 ss.). Il eirt inutile de rappeler les essais de tout genre tentés auparavant. Le Corpus avait encore donné la solution la plus pausible : l. 16 : — «Omnisindigena et omnis incola et omnis parasitus deorum et omnes homines qui sacrificabunt... [dabunt], 1. 17 : — homines illi tributum pro singulo sacrificio, secundum id quodpositum est in scripto... » Non seulement cette traduction rendait ma! le sens des trois mots difficiles de la ligne 16, mais, en les entendant comme des individus, elle enlevait à ce passage sa raison d'être, il allait de soi que chacun devait payer pour son sacrifice. Clermont-Ganneau a découvert dans l'inscription de Maktar le sens de « corps, collège », ou « assemblée » pour m">a, et n'a pas tardé à reconnaître que ce sens convenait bien ici. Le corps entier ne paye que comme une seule personne. D'ailleurs l'étym. de niTa demeure douteuse. Il ne semble pas qu'on puisse l'isoler de ni7X, « l'indigène », dont il est précisément question à propos du sacrifice de la Pâque, Ex., Xïi, 19, 49. Nous rapprocherions volontiers ces deux mots, dont les consonnes radicales sont m7, de Y assy rien zarâtu, qui signifie «tente » ; comme en arabe la tente indique la famille, ceux qui appartiennent au même groupe; le n tombe très souvent en assyrien, et sa présence en ce cas est indiquée par l'éthiopien serJi, correspondant d'ailleurs à l'hébr. n^lï (Jud., ix, 46), araméen Nnn^, « hypogée ». Si l'assyr. se prononce za et non sa, ce qui n'est pas absolument certain, l'analogie existerait surtout entre l'hébreu et l'assyrien. — ns^ aurait dû, semble-t-il, être mieux compris, mais c'est encore Clermont-Ganneau qui l'a le premier rapproché du sacrifice de clan, nnSU^D n27 de David (I Sam., xx, 6 et 29 ; cf. LXX), déjà cependant bien connu. — Le dSn* n7ia doit donc être, lui aussi, un collège. Au lieu de s'arrêter au sens hébreu admis de nîlQ, « clameur », qui avait suggéré à Hoffmann pour notre endroit le sens de 7C£pi66rjTo;, Clermont-Ganneau a rappelé que d'après la tradition hébraïque il s'agissait d'un festin, soit qu'il ait un caractère joyeux comme dans Amos (vi, 7), soit qu'il ait un cachet funéraire (Jer., xvi, 5). Ce savant ajoute : « Je crois que, dans notre tarif, le ??if?'2a/i-e/im, littéralement : « mirzah de dieux », c'est-à-dire « mirzah divin », désigne également un festin sacré ou, plus exactement, le groupe des convives qui y prenaient part. Si cette vue est juste, nous aurions là, sous sa

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forme originale, la mention de ces fameuses syssities des hétairies, ces clubs de Cartilage qui, comme nous l'apprend Aristote {Pol., II, 3), jouaient un rôle si considérable, aussi bien religieux que politique et mondain, dans la vie punique » {loc. laud., p. 20). — Cl.-Ganneau note encore, RES., 283, que la leçon Briroij-apasa (t] xa\ Matou- [o-dtç) de la carte mosaïque de Madaba est à comparer à nîlD r\^2 (Jer., xvi, 5) que les LXX rendent part Oi'aaoç. Dans la première inscription palmyrénienne de Littmann (RES., 284), on lit x*n"t"!D "'J2. — Il s'agit ensuite de tout autres associations en vue d'un sacrifice, qui étaient considérées comme légitimes. Le pluriel D/ZTN* indique assez naturellement un groupement.

17) Il est sous-entendu donneront, qui devait se trouver à la fin de la ligne précédente mutilée. — nan, pronom, « eux », ou bien comme ici pron. démonstr., « ces », plur. de NH. — nia, « mesure », se prête à la combinaison r~aS phén. 3 19 ou mD3 comme ici, « selon que ». — n;i?, part, passif de rri^T, ainsi que le montre encore mieux la ligne suivante. — n:in:jn, « l'écrit », n'est pas clair. Il ne s'agit pas du tarif lui-même qui va être dénommé D2, 1. 18, ni de ce que les éditeurs nomment le tarif général, de la ligne 18. Clermont-Ganneau n'a pas insisté sur ce point-, il traduit : «sur le pied du tarif établi dans l'inscription». S'il s'agissait de notre inscription, il suffisait de dire que les corps constitués paieraient comme pour un seul sacrifice, l'unité du sacrifice constituant l'unité de l'offrant. Il est donc fort possible que l'on soit renvoyé ici, non pas au tarif général, mais à un tarif spécial pour les confréries.

18) b:i\V, double négation, \s et S2. — DE ne peut être que la table de pierre analogue à l'aram. D2, « surface ». La « tunique », aiDï:, de Joseph (Gen., xxxvir, 3) et celle de Tlianiar (II Sam., xiii, 18} ne seraient-elles pas réellement des tuniques de couleurs variées par plaques cousues, comme on en voit encore en Palestine.^ — rnz doit être un niph'al, puisque le phén. dit au parf. "jni, non pas inj comme en hébreu (éd.). La table ne prévoyait pas tous les cas; pour les autres, on renvoyait au tarif fixé par les personnages dont les noms suivent. La raison de notre table est donc soit de donner les cas les plus fréquents, de sorte que pratiquement elle pouvait suffire, soit d'établir des mesures nouvelles pour les cas cités, les choses demeurant en l'état pour le reste. La première opinion est plus probable, à cause de l'étendue des cas visés; mais ce qui pourrait insinuer un changement, c'est que, par exemple dans le n^ 167, les peaux vont aux prêtres.

19) Le n qui commence la ligne permet de restituer n:n~3; c'est le nom du père du premier suffète, ligne 1. Le second personnage mentionné a le même nom et le même père que celui des lignes 1-2. Il semble donc que ce soient les deux mêmes personnes, énumérées dans le même rang. Le titre de snffete manque, ainsi que les deux grands-pères; m^iis cela même est une preuve d'identité, on pouvait plus facilement glisser sur un état civil déjà établi que s'il s'agissait d'autres suffètes antérieurs. Il n'y a donc pas lieu de s'arrêter à l'opinion de Munk et d'Halévy enregistrée par le Corpus, que les suffètes nommés en premier lieu marquent le temps de la composition de la table; les derniers, d'autres plus anciens, auteurs du tarif. Dès lors, il n'y a pas à s'étonner que la date de l'inscription ne soit pas mentionnée : c'est un extrait du tarif général, elle est du temps marqué lignes 1 et 2.

20) Il ne reste plus qu'à stipuler des pénalités contre ceux qui ne se conformeront pas au tarif. Les prêtres d'abord : ils peuvent être tentés de prendre plus. Vin : lecture certaine; sens assez naturel de « en plus, en dehors de » (éd. prxter)-, les éd. ont rapproché de yn avec le sens de « sauter, passer par-dessus ». L'assyrien offre yNT (^W.), prés, idas, « traiter injustement », qui est probablement l'évo-

liition de la même racine (Del., Prolegomena, p. G5). Le sens de « trangression » serait intermédiaire. Dans ce cas, le prêtre sera soumis à une amende, XDZ): (cf. Ex., XXI, 22], dont le montant était sans doute indiqué dans la lacune.

21) La première lettre est 2, mais sûrement par erreur pour D. « Tout offrant qui ne donne pas... » S — D, mot difficile à suppléer. La première lettre est bien un Z et la dernière S plutôt que n; entre les deux il y a place pour trois lettres; la seconde n'est ni D (=]D3), ni S (Sd) d'après les éd., et cela paraît très juste.

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