‹ Études sur les tragiques grecs: EschyleChapitre 116 sur 170 · Voyez plus haut, p. 96, 212. — 7. Stob., LI · texte numérisé non relu

Voyez plus haut, p. 96, 212. — 7. Stob., LI

pas négliger. Ce qu'Homère et les poètes de l'école homérique avaient été pour Eschyle, pour Sophocle, pour Euripide, Ghérilus de Samos le fut très-probab'ement pour Moschion; de la Perséide de l'un dut procéder le Thémis^ Iode de l'autre*. Les dates ne sont point contraires à cette filiation, Moschion, qu'on fait fleurir au temps de la moyenne comédie, ayant été par là postérieur à Ghérilus, qui chantait la victoire d'Athènes sur les Perses vers ces années de la guerre du Péloponèse où elle allait succomber sous les armes de ses anciens alliés. Lysandre, après la prise d'Athènes, ayant soumis l'île de Samos, en ramena Ghérilus, dans l'espérance de lui fournir, par ses hauts faits, la matière d'une nouvelle épopée^. Mais Ghérilus, qui pouvait alors avoir soixante-quinze ans^, élait bien vieux pour rentrer dans la carrière épique, et peut-être ne lui eût-il pas convenu d'y rentrer par un sujet si contraire à celui où il s'était illustré. Il alla passer ses derniers jours à la cour littéraire du roi de Macédoine Archélaûs*, près de qui venaient de mourir Euripide et Agathou ^. La Macédoine attirait à elle les poètes ; mais le domicile des œuvres, c'était toujours Athènes; ailleurs pouvait se trouver la fortune, chez elle était la gloire. La Perséide^ bien que d'un poète de Samos devenu Macédonien, lui semblait son propre monument, et elle Testimait assez pour la faire lire publiquement dans les jours de fête, aux Panathénées, pense-t-on, avec les poèmes d'Homère ^ Il n'est pas étonnant qu'elle soit elle-même devenue l'inspiration de la tragédie.

Il en reste de rares fragments où l'on entrevoit quelque chose du sujet; quelque chose, par exemple, d'un dénombrement de l'armée persane, prête à traverser l'Hellespont et entraînant à sa suite toutes les nations de l'Asie, y compris les Juifs; la peinture des innombrables soldats de Xerxès se répandant en foule autour des fontaines,

1. Voyez plus haut, p. 212. — 2. Plutarch., Vil. Lys.^ xviii.

3. Voyez ce que dit, d'après Nœke, Fr.DUbner, Chivrdi Samii /Vag'menta. il hi ii[i\iQ de V Hésiode de F. Didut. — 4. Siiid., v. \oif-(Xo;; Athen., Dcipn., viii.

5. Voyez plus haut, pages G5, 9'i. — 0. Suid., v, Xotf-{).o;.

comme un essaim d'abeilles * . Un de ces déljris^ cirrespond au trait final que nous admirions tout à l'heure dans les Pcr5C5 d'Eschyle : on y a vu, et on y peut voir en eiïet, non sans vraisemblance, une parole de Xerxès vaincu, désespéré, insultant à sa propre ruine avec une ironie amère mêlée, de la part du poète, de cette recherche hardie de figures par laquelle sa manière semble s'èlre distinguée de la simplicité homérique.

« Voilà donc toute ma richesse, ma puissance ! Un reste de coupe ébréchée, épave des festins, comme le souffle de Bacchus en jette et brise en si grand nombre sur les écueils de l'insolence ! »

Faire passer l'épopée de la fable à l'histoire, où la tragédie elle-même pouvait se trouver alors un peu dépaysée, c'était une entreprise bien nouvelle, bien hasardeuse, et Ghérilus s'en excusait avec grâce sur sa venue tardive, sur l'épuisement des sujets, dans des vers heureusement conservés, qui sont aujourd'hui la principale recommandation de sa mémoire poétique :

« Heureux le serviteur des Muses, habile à chanter en ce temps, où la prairie n'était pas encore dépouillée ! Maintenant que les partages sont faits, que les arts ont reçu leurs limites, venus les derniers, comme des coureurs attardés dans le stade, nous sommes laissés en arrière. En vain nos yeux cherchent de toutes parts : point de char nouveau à monter*. >

Il ne paraît pas que Rome ait jamais reproduit la bataille de Salamine autrement que dans cette fameuse naumachie d'Auguste où fut figurée par trente gros vaisseaux et un grand nombre de petits bâtiments, par trente mille hommes, la lutte victorieuse de la flotte grecque contre la flotte persane :

Quum belli navalis imagine Gaesar

Persidas induxit Gecropidasque rates*.

1. Voyez l'ouvrage de Fr. Dùbner, cité plus haut, Fragm:, 2, 3. 4, p. 23 sqq.— 2. Ib;d., Fragm., 8, p. 25 et 26. — 3. Ibid., Fragni. 1, p. 22.

4. Ovid., Ar* amat., 1, 171. Cf. 3Ionum. Âncyr. (Vov. E. Egger, Des Historiens d'Auguste, p. 450, 451) ; Vell. Pat., Hist., n, 100; Suet., Aug. , 43; Tacit., Ann., xu, 56, xiv, 15; Dio., Hist., lv, 10.

L'histoire de la tragédie, de l'épopée latine ne fait mention d'aucun ouvrage à l'imitation des Perses, du Thèmisîock'j de la Perséide. Je trouve seulement le sujet épique glorieusement traité par Ghérilus au nombre de ceux qui attirèrent et effrayèrent la jeunesse de Virgile. Il disait en effet, se résignant, en poëte rustique, à ne chanter que les aventures du Moucheron :

« .... L'Athos percé, la vaste mer chargée de liens, ne poursuivront pas dans mon œuvre une lointaine renommée ; ni J'Hellespont foulé sous les pieds des chevaux, au temps où s'effrava la Grèce devant les Perses venant de tous côtés.

Non perfossus Atlios, nec magno vincula ponto Jacta, meo quœrent jam sera volumine famam, • Non Hellespontus pedibus pulsatus equorum, Grœcia cum timuit venientes undique Persas*.

Finissons par un souvenir plus voisin, et, il faut le dire, trop voisin de nous. Il était bien tard pour s'aviser d'une épopée, et d'une épopée sur le vieux sujet de Ghérilus, quand de nos jours un littérateur, un poëte de grande distinction, Fontanes, entreprit de nous donner une Grrèce sauvée. Lui-même le comprit peut-être, puis* qu'il n'a pas achevé ce poëme qui lui avait coûté tant d*efforts. Le recueil posthume de ses œuvres' en a recueilli tardivement quelques morceaux^ trop fidèles à l'ancienne tradition épique , réveillant des souvenirs d'histoire trop usés, pour offrir beaucoup d'originalité et d'intérêt. Ils ne seront pas cependant dédaignés par ceux qui prisent le sentiment élevé et délicat de l'antiquité, une lutte sérieuse et habile contre quelquesunes de ses beautés consacrées, la pureté, l'élégance, Tharmonie contioue du langage. Nous avons aimé à y rencontrer notre Eschyle, personnage obligé d'une telle action, lui le soldat comme le chantre de Salamine. On l'y voit tantôt encourageant de la voix son frère Gynégire

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