‹ Études sur les tragiques grecs: EschyleChapitre 149 sur 170 · V. 1605 sq., 1615 sq. — 3. V. 1626 sqq · texte numérisé non relu

V. 1605 sq., 1615 sq. — 3. V. 1626 sqq

rapprocher des Perses VAgamemnon. Glytemnestre etÉgisthe accueillis, au sein de leur affreuse victoire, par les malédictions des vieillards d'Argos, ne rappellent-ils pas, en effet, pour la disposition scénique du moins, Xerxès vaincu, rentrant dans son palais, au milieu des lamentations, presque séditieuses, de ses Fidèles? C'est une chose vraiment remarquable, qu'Eschyle ait pu enfermer dans un même cadre des peintures si diverses, se ressembler autant sans se copier.

11 ne se ressemble pas moins par les caractères de son style, ici, comme ailleurs, si familier et si sublime tour à tour, si plein de force et quelquefois, ce qui peut surprendre, de grâce, toujours si hardiment figuré. Que d'exemples j'en aurais pu citer, si je n'avais craint, en attirant trop l'attention sur des détails, de distraire par là de ce que je voulais surtout faire ressortir, l'ensemble de la composition, les traits rapides et profonds qui y remplacent le développement des caractères, la peinture énergique et vraie du sentiment et de la passion! Ainsi Eschyle lui-même a-t-il jamais poussé plus loin la familiarité d'images et d'expressions permises au langage tragique des Grecs, que dans ces passages des dernières scènes, adoucis, peut-être à tort, par les traductions, où le chœur compare le vêtement artificieux dans lequel a péri Agamemnon, au piège cruel de l'araignée*; les insultes dont Glytemnestre poursuit la dépouille de sa victime, aux croassements du corbeau sur un cadavre ^ ; la fierté de son lâche complice, Égisthe, à celle du coq près de la poule ^ : et, d'autre part, à quelle hauteur ne remonte pas, à chaque instant, l'imagination du poète, par exemple, dans les inépuisables figures sous lesquelles il se représeite, ce que ramène sans cesse son sujet, la ruine de Troie? Ge senties dieux qui vont aux suilrages, et jettent dans l'urne oii s'agitent ses destinées, d'unanimes sentences de mort^; c'est la nuit qui l'envelopp;

4. V. 788 sqq. On rclrouvera ces formes de jugement mises en actioa

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d'un immense et inévitable réseau *; c*est un lion cruel qui pénètre dans ses murailles pour s'y repaître du sang de ses rois^; c'est le soc de Jupiter qui laboure son sol maudit '; c'est le feu de la vengeance qui y vit et dissipe en fumée dans les airs toutes ses prospérités *. Pour ce poëte, aux yeux de qui toutes choses se transforment et revêtent, dans d'audacieuses métaphores, une apparence étrangère, les Alrides, après le rapt d'Hélène, deviennent des vautours, volant, tournant éperdus au-dessus de leurs nids déserts, et dont les cris perçants attendrissent même les dieux ^; Cassandre, plaignant son triste sort, est, pour lui, comme l'oiseau qui, dans ses plaintes infinies, semble répéter le nom d'Itys^: comparaison, au reste, aimée des tragiques athéniens, qui en trouvaient le sujet tout près d'eux dans leurs souvenirs mythologiques et dans les bois de Colone"'. J'ai déjà dit de quelles riantes couleurs, de quel pinceau gracieux, le grave auteur à'Agamemnon a retracé l'innocence et le malheur d'Iphigénie^, la beauté et le charme d'Hélène ^ Il prend tous les tons dans cet ouvrage; mais si des exceptions inattendues l'y montrent gracieux et touchant, il y paraît plus constamment sublime et terrible. Il y abonde de plus en maximes au sens profond, au tour frappant. Nulle n'est plus en situation, d'une portée plus générale, plus appropriée à tout ce théâtre, dont elle résume la moralité, auquel elle pourrait servir d'é-

au dénoûment des Euménides, v. 666, 727, 733 sqq., 740 sqq. Ovide les a élégamment retracées dans ces vers des Métamorphoses , XV, 41 sqq. :

Mos erat antiquos, niveis atrisque lapillis, His damnare reos. illis absolvere culpae. Kunc quoque sic lata est sentenlia trislis, et omnis Ca.culus iramitem demittitur ater in urnam. Quae simul effudit numerandos versa lapillos, Omnibus e nigro color est rautatus in album; Candidaque Herculeo sententia mmiere facta Solvit Alemonidem.

1. V. 348 sqq. - 2. V. 802 sq. — 3. V. 510 sq. — 4. V. 793 sqq. — 5. V. 49 sqq. — 6. V. 1110 sqq. — 7. Soph., Œd. Col, 10. — 8. V. 225 sqq. — 9. V. 404 sqq.

pigraphe, que celle qui termine le rôle de Gassandre * :

<r Destin des mortels ! heureux, une ombre le renverse* ; malheureux, l'éponge passe et en enlève la trace'! Cet oubli toutefois est la plus grande de leurs misères, la plus digne de pitié *. »

Toutes ces beautés de pensée et de style, dont je pourrais multiplier les exemples, étincellent, pour ainsi dire, au milieu de l'obscurité, dont les dégradations du temps, et peut-être un dessein secret du poète, ont enveloppé cette œuvre extraordinaire, et qui, à demi éclaircie par les efforts des critiques, offre à l'imagination un attrait de plus *.

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