Tlioni. Magist,, Vit. Eurip
4. Les rapports de la tragédie d'Euripide avec la nouvelle comédie ont souvent aitiré l'attention delà critique. Voyez, dans ces derniôres années, une dissertation de M. Moncourt ; Départe satyrica et comica intragœdiis Euripidis, 1851, et, plus récemment, Us deux Mémoires sur Ménandre, couronnés en 18ô:{ par l'Acadi^mie française, et publiés, l'un, celui de M J5fnoît, en 18.>'», sous ce titre : Essai historique et litti'rairc sur la comédie de Ménandre; l'autre, celui de M. G. Guizot, en ISof), sous ce titre: Ménandre, étude hislorique et littéraire sur la comédie et la société grecques.
puisque, allc'rant la bcaut(^ des compositions d'Euripide, elles ont encore servi, non pas assurément de modèle, mais du moins de prétexte et d'autorité au système antidramatique de Sénèque, et que, transmises par cette voie à notre indiscrète imitation, elles ont exercé sur les premiers développements de notre tragédie une fâcheuse influence. On comprend que je veux désigner ici cette funeste manie de discourir et de moraliser, qui porte Euripide à faire de ses personnages, quelquefois contre toute convenance*, des philosophes et des sophistes, et, dans ses meilleures pièces, à remplacer le débat animé des passions par les formes de l'argumentation et du plaidoyer, à l'interrompre par de longues digressions oratoires ', à partager symétriquement son dialogue, tantôt en harangues prolongées qui se suivent et se répondent, tantôt en répliques rapides et concises, où, comrcfe dars une sorte d'escrime , la maxime pare et repousse la maxime. Sénèque, qui offre la charge de cette manière, peut servir du moins à faire comprendre combien elle est contraire à l'art. Euripide n'avait pas impunément écouté les leçons du fameux Prodicus ; il n'écrivait pas impunément pour un peuple épris des luttes de la parole, et qui retrouvait volontiers sur la scène les artifices de la tribune et du barreau, les subtilités de l'école, ses orateurs,
1 . C'est le mot d'Aiistote {Poet. , xv) au sujet de discours philosophiques prêtés à une femme sans lettres, Ménalippe (voy. l/ena/ipp., fragm. xxii. Cf. Dionys. Hal., Rhet., IX, ii); c'est celui d'un scoliasle {Alcest.^ 780) surdes développements de ce genre attribués à Hercule et à Hercule ivre 1 On en pourrait dire autant de quelques passa gesdu rôle d'Z/e'cMbe, dansU pièce de ce nom (Theon., Progymn.), de l'argumentation de Jocaste sur les avantages de l'égalité dans les Phéniciennes, v. 535 sqq., et surtout de cette scène lameuse et souvent ciiée (Plat., Gorg.; Cic. ad herenn., Il, *27; de Invent., I, 50: de Oral., U, 37; de Republ., I, 18; Horat., Epist. I, xviii, 41; A. Gel!., X, 22; D. Chrys., Orat., LXXIII, etc.) de l'Antiope^ où Amphion et Zéthus passent d'une dispute sur la musique à une autre sur la philosophie. (Voyez la restitution de ce morceau singulier, chez Valckenaer, Dialr. in Eurip., vu, viii. Consultez aussi J. A. Hartung., Euripid. restitut., 1844, t. II, p. 415 sqq.; F. G. Wagner, Eurip. fragm., éd. F. Didot, 1847, p. 661 sqq ; H. "Weill, articles sur YAntiope d'Euripide, insérés en 1847 dans le Journal général de r instruction publique, t. XVI, p. 850, 858 et suiv.)