‹ Études sur les tragiques grecs: EschyleChapitre 64 sur 170 · Plutarch., Vit. Alcib., xxxii · texte numérisé non relu

Plutarch., Vit. Alcib., xxxii

9 Plutarch., Vit. AgesiL, xxi; ApopJitlieg. Lacon. Une comédie de Slraltis était inlilulée Calkpide ; peut-c'liG h s ridicules du lameux trai/édien en avaient-ils fourni ie sujet. Voyez Meineke, Fragm. comic. grj.c., t. ], {). 220.

sur la scène en lui criant : « Ne vois-tu pas tous les jours la femme de Phocion aller par la ville avec une seule suivante? et tu viens faire ici le glorieux et donner de mauvais exemples à nos femmes! » Ces paroles, entendues des spectateurs, furent couvertes d'applautiissemeuts, nous dit IMutarque, qui raconte le fait k la gloire de la vertueuse compagne de Phocion *. De telles leçons étaient rares, et la modestie des comédiens ne pouvait guère résister à l'idolâtrie d'un peuple qui ne se contentait pas de les contempler au théâtre, pour qui il fallait reproduire leurs traits sur la toile, sur le marbre, sur l'airain ^ , dont ils recevaient , comme les poètes euxmêmes, des statues et des monuments. Ajoutez qu'outre la gloire ils avaient encore la fortune; je ne dirai plus comme les poètes, qui en aucun temps n'ont coutume d'y arriver. Les grands tragédiens d'Athènes, largement rétribués par l'État, tiraient bon parti de ce que nous pourrions appeler leurs congés, dans l'intervalle des fêtes où se jouaient les tragédies. Ils contractaient au dehors, avec les magistrats des autres villes grecques, avec les chefs des États monarchiques, de riches engagements', et, s'adjoiirnant une troupe d'acteurs secondaires rassemblés et soldés par eux, ils allaient jouer à leur profit, sur des scènes étrangères, le sublime répertoire de la scène athénienne devenu leur propriété. Ainsi Théodore* joua avec sa troupe les Troyennes ou la Mérope ^ d'Euripide à la cour du roi de Phères, Alexandre, et, comme on sait, par le pathétique de son jeu, d'accord avec celui de la pièce, attendrit sur des malheurs fictifs ce tyvan sans pitié, confus de son trouble, et se dérobant, par une prompte retraite , à l'étonnement des spectateurs. Ainsi Aristodème, Néoptolème^ fréquemment appelés, avec l'acteur

1. Vit. P/ioc.,xix.Voy., sur les difficultés que présente ce récit, Bœckïi, Écon. polit, des Athén., xxii; t. II, p. 244 de la traduction française.

2. Bœttiger, Quid sit docere fabulam, ii; Opusc, p. 299 sq. — 3. Plutarch., Vit. X Rhet. , vu ; Vit. Alex., xxix; A. Gell., XI , 9, etc. — 4. Plutarch., de Fort. Alex., ii; de Glor. Athen.; iElian., Var. hist. XIV, 40. — 5. Va.'cken., Diatr. in Euripid., xviu. — 6. Demosth., de Falsa légat.; de Face.

comicpie Satyrus * en Macédoine, étaient, eux et leurs troupes, qui probablement concouraient ensemble, comme les troupes rivales des tribus d'Athènes, le principal ornement des représentations données par Philippe sur cette espèce de théâtre athénien qu'avaient établi ses prédécesseurs. Ils jouissaient au plus haut degré de son intime faveur, et plus heureux, grâce à Tindépendance de leur profession cosmopolite, que d'autres citoyens perdus par le seul soupçon de relations pareilles , ils n'en étaient pas plus mal reçus des Athéniens. La république et le roi mettaient même à profit leurs nombreux voyages d'Athènes en Macédoine , de Macédoine à Athènes, pour les charger réciproquement de missions diplomatiques ^. Une raison de ce genre fit confier une fois à un de leurs confrères, Thessalus , qui allait donner des représentations en Asie, le soin de négocier , par la même occasion , le mariage d'Alexandre avec la fille d'un satrape de Carie '. C'étaient là , dans nos idées, d'étranges ambassadeurs ; mais en Grèce, à Athènes, où l'art du comédien avait été d'abord exercé par les poètes eux-mêmes, et était comme associé, par le caractère religieux des représentations théâtrales, à la dignité du culte public; à Athènes, où l'égalité démocratique mettait de niveau toutes les conditions, et appelait quelquefois les plus humbles au partage de la puissance et des honneurs, il ne s'attachait à cet art, dignement exercé *, aucune défaveur , aucune idée d'infériorité , de dégradation sociale*. Ce n'est pas le comédien que Dé-

1. Diod. Sic, XVI, 55. — 2 yEsfhin., Dcmosth., de Falsa légat.; Demo'.th., de Pace; de Corona. — 3 Pliitarcli., Vit.Alsx., xx.

4.. 11 fallait cependant i|ue :]u^'l'iiie.s comédiens l'eussent compromis par leurs mœurs, pour qu'Aristo'e p'sàt à leur sujet, et résolût, comme il l'a fait, l'itijuneux problème dont parle Aulu-Gelle, xx, 4.

5. Cornélius Népos le remarijue cotnrae une des dilférences qui séparaient les idées grecques et les ide s romaines : « In scen;\ra prodire, et populo esse spectaculo, neraini in eisdera gentihus fuit turpitudini, quaî ornnia apud nus paitun infamia, partira humilia, atque ah honostate remota ponuntur. vPr.rfat. Cf. La Bruyère, Caiacl. xii, des Jugements; J. J. Rousseau, LeUre à M. d'Alembert sur les spectacles.

mosthène poursuit de ses niilleries dans son rival Eschine, mais le comédien de troisième ordre, le tritago- Diiste, jouant humblement sous Ischandre, lui-même médiocre acteur, sous Similus et Socrate, entrepreneurs d'une sorte de tragédie foraine dans les bourgs de l'Attique, sur le petit théâtre de Colyttus, les derniers rôles, et les jouant mal, faisant silfler Œnomaûs, Gresphonte, Atrée, Gréon, l'ombre de Polydore*. Le même Démosthène ' estimait fort Satyrus, Andronicus, Aristodème, Néoptolème, ses maîtres la plupart, maîtres quelquefois (hèrement payés, pour l'action oratoire: il n'eût pas traité avec mépris ces grands artistes qui étaient en même temps des citoyens considérables par leur richesse, par leur crédit, par leur importance politique, en qui il pouvait rencontrer, comme au reste dans Eschine, de mauvais comédien devenu bon orateur, des rivaux à la tribune, des collègues dans les magistratures et les ambassades, à qui lui-même fit voter des couronnes civiques* comme celle que lui contesta Eschine, Quand on songe à l'importance qu'avaient acquise au théâtre les comédiens, et à celle qu'il leur était permis d'y joindre hors du théâtre, on ne s'étonne pas que quelques-uns d'entre eux, doués d'un grand talent, du génie de leur art, se soient fait, dans la décadence de la tragédie, au IV' siècle, un nom qui balance et quelquelois surpasse celui des tragiques du temps*. G'est d'ailleurs partout le caractère de ces époques où. l'art s'épuise et s'affaiblit, que ce déplacement de la poésie qui passe du drame luimême à l'action théâtrale, des auteurs à leurs interprètes; oii les vrais tragiques, ce sont les tragédiens. Telle était l'époque dont nous venons d'esquisser l'histoire dramatique, et où parurent à la fois, particulièrement dans rÀttique, patrie de la tragédie, un si grand nombre de tragédiens consommés; tous ceux qui viennent d'être

1. De Falsa légat; de Corona; Apollon., Vit. ^schin. — 2. PIutarch., VU. Demostli., vu ; Vit. x Bhet., Demosth. — 3. .Escliin., Demostn., De Falsa légat. — 4. Arislote semble le dire, Rtiet., III, i.

nommés, Théodore, Aristodème, Néoptolème, et. un encore qui les égalait pour le moins, Polus. Mais ce n'est pas assez de savoir leurs noms, leurs succès, quelque chose de leur vie ; on souhaiterait d'être éclairé sur ce qui laisse si peu de traces après soi, et survit si rarement au comédien, sur le caractère de leur talent, sur celui même de leur art, tel qu'il se produisait chez les Grecs, sur les changements que la cours du temps y dut introduire. Ces changements, je le suppose, répondirent à ceux qui firent passer la tragédie elle-même du grandiose à la beauté idéale, et de celle-ci à l'expression, par une imitation à la fois plus pathétique et plus familière de la réalité. Gallipide, qui se proposait surtout de faire couler les larmes*, était bien, par cette prétention, autant que par sa date, le contemporain d'Euripide. Après lui, poursuivirent le même genre d'effet, et, de son aveu^, Théodore, qui remuait jusqu'aux tyrans; et ce Polus, qu'un récit célèbre d'Aulu-Gelle', auquel nous reviendrons*, représente mettant sa douleur réelle, celle d'un père resté sans enfant, au service d'une douleur de théâtre, et, dans le rôle d'Electre où il reparaissait, après son malheur, pleurant, sur l'urne de son fils, la mort d'Oreste. La condition du pathétique, c'est, dans le drame, ce qu'il avait reçu d'Euripide, des situations, des sentiments, un langage, plus rapprochés du cours ordinaire des choses; dans l'action scénique , ce que les mêmes artistes dont nous parlions tout à l'heure semblent avoir surtout recherché, un jeu, une parole plus voisins de la manière habituelle de rendre ses affections. Il se fit alors, dans l'art du tragédien, une révolution assez semblable à celle que nous avons vue s'y faire de nos jours, lorsqu'un grand artiste, Talma, par une reproduction plus exacte de l'histoire et de la nature, par une plus grande vérité de gestes et d'intonalion, une sorte de compromis entre la régularité, la

1. Xcnoph., Conv., III, ii. — 2. Plularch., Pesut /audc. — 3. VII, 5. 4. Voyez, plus loin, liv. III, chap. vu.

DE LA TRA(n:DIE GRECQUE. 113

noblesse, Tii grâce traditionnelles et le désordre, l'emportement, l'abandon familier de la passion, renouvela l'ancienne tragédie ; qu'au lieu de la réciter, de la déclamer, comme aupa^'avant, il en vint presque à la parler. Seulement cette i^volutiou s'accomplit chez nous sur la scène avant d'être-* .tentée dans le drame lui-même : chez les Grecs, ce fut tout le contraire; elle commença parles poètes et finit par les acteurs. C'est d'Euripide que releva cet art nouveau, dont quelques mots d'Aristote encore nouê permettent; de nous former une idée. L'auteur de la Rhétorique, danfe un chapitre * où il recommande à l'orateur une élocutioii qui ne soit ni trop noble ni trop basse, mais qui, sans que l'artifice paraisse, se proportionne constamment au sujet, compare précisément à l'art pratiqué et enseigné par Euripide de se servir des mots le plus en usage, un art tout pareil de Théodore, cet excellent comédien, dit-il, dont la voix est si naturelle et si trompeuse, qu'il ne semble pas que ce soit un comédien qui parle, mais la personne même dont l'action est représentée, tandis que celle des autres paraît forcée et contrefaite. On voit chez Plutarque^ que le même Théodore changea quelque chose à cette hiérarchie sévère, qui voulait que l'importance relative des rôles fût marquée dans la représentation par l'élévation de la voix'. Tout protagoniste qu'il était, si l'action l'amenait en présence de l'acteur subalterne et mercenaire qui jouait le tyran, paré du diadème et du sceptre, alors il baissait la voix pour ne le point effacer. La recherche de l'expression pathétique et de la vérité familière, caractère général de l'art de la scène à cette époque, dut conduire, comme cela s'est vu aussi chez nous, les comédiens, que ne défendaient pas contre ses dangers une noblesse naturelle et le sentiment du beau, à des exagérations dont la trace s'est conservée. Les anciens comédiens, dit Aristote*, le reprochaient aux nouveaux, et, depuis longtemps déjà, Myniscus , soit

1. m, 2. — 2. Prœcept. politic. —3. Cic, Divin, in Cœcih, xv. 4. Toel., xivi.

celui qui avait joué Eschyle*, soit son petit-tô de même nom que lui', car il faudrait faire vieillir beaucoup le premier pour qu'il put avoir été l'objet des plaisanteries de Platon le comique^; depuis longtemps do^*ic Myniscus avait traité de singe, non pas seulement "m tragédien resté bien obscur , Pindare ou Tindare, m^^s l'expressif et pathétique Gallipide*. Qaand Démosthène apphquait la même épithète^ à Eschine, ce n'était pa^i probablement sans raison; et on doit croire qu'Eschine, dont la belle voix n'avait pu faire un bon comédien, viop fidèle à de vicieuses traditions et les outrant encore, s'abandonnait à un genre d'imitation d'une vérité triviale, sans dignité, sans beauté, à une action bruyante et désordonnée. Il en porta la peine au théâtre même. Jouart sous Ischandre, acteur du second ordre, à Colyttus, baurg de l'Attique, VOEnomaûs de la tragédie d'Euripide, il fit, dans une scène où il devait poursuivre Pélops, une chute ridicule, de laquelle vint le relever Sannion le chorodidascale^ Si l'on en croit Démosthène, qui n'a pas dédaigné de plaisanter sur le faux pas à'OEnomaûs et de son malencontreux représentant, il ne fut pas plus heureux à Athènes même, et les sifflets, les clameurs, le soulèvement du public ne lui permirent pas de garder son humble place dans la troupe de Théodore, dans celle d'Aristodème' : disgrâce heureuse qui lui fit chercher et trouver le succès sur un autre théâtre, celui-là même où parlait si dédaigneusement de son talent dramatique son rival d'éloquence, Démosthène.

Cependant les ouvrages des trois grands maîtres de la

1. God.Hermann, inAristot.Poe«.,ibid. — 2. Meincke, Fragm.comic. grxc, t. I, p. 186; t. II, 2, p. 668— 3. Athen., Deipn., VIII.

4. Arist., Poet., xxvi. Grysar, de Gr,TC. trag., etc p. 28, cf. 38, relève Barthélémy pour avoir (Anacharsis, lxx) attribué a ce Callipide ce qui doit s'appliquer à un acteur du môme nom, mais postérieur. Or le Callipide dont parle Aristote étant contemporain de Myniscus, et celui-ci de Platon le comique, il en résulte que Barthélémy n'a nullement fait erreur. ^ ., ,

5. TpaY(oÔo7iiO-/ixoî, de Cor. Cf. Harpocrat. et Suid., v. Tpaytxoç

G. Arionyra., Vit. JUschin.; Apollon., id. — 7. Demoslh., de Cor.; dt l'aim U(jat.

DK LA TRAGÊDIC GRECQUE. 115

scèDC tragique, élevés enfin par le temps, qui met chaque chose îi sa place, au-dessus de toutes les rivalités, consacrés dans de nouvelles et fréquentes épreuves par une constante a'imiration , étaient devenus des monuments dont la conservation, l'intégrité, l'authenticité, intéressaient la gloire nationale. On pouvait redouter pour eux ces altérations de toutes sortes, falsifications, suppressions, interpolations, suppositions apocryphes, que font trop souvent subir aux chefs-d'œuvre dramatiques le caprice des comédiens* et l'industrie des arrangeurs. Comme ce Néophron de Sicyone , auteur d'un méchant extrait de la Médée, rappelé plus haut', et que nous retrouverons'; comme ce Denys d'Héraclée, qui prêta à Sophocle un Parthénopèe de sa façon*, dont fut plaisamment dupe Héraclide de Pont, disciple d'Aristote; comme ce dernier, qui, plus discrètement faussaire, n'osa s'attaquer qu'à Thespis, et para de ce nom antique ses propres tragédies^; comme d'autres, qui plus tard, quand se formèrent les grandes bibliothèques d'Alexandrie et de Pergame, firent pour elles ce que font pour nos musées les fabricateurs de fausses antiquités; sans doute déjà plus d'un poète, maladroitement sacrilège, avait osé toucher aux compositions, à la gloire d'Euripide, de Sophocle et d'Eschyle, lorsque Torateur Lycurgue, dans le cours d'une administration marquée , comme celle de Pisistrate, par le culte de la gloire littéraire, et en particulier par le tardif achèvement du théâtre de Bacchus^, fit passer', non sans opposition*, une loi qui, en leur décernant des statues d* airain, ordonnait en même temps

1. Schol. Euripid., Phœn., 271; Orest., 1372; Med., 84, 357, 380; Argum. Rhes.; Plularch., Vit. Alex.^ xl.

2. Page 104, avec l'expre sion d'un doute très-fondé sur l'époque véritable où Néophron a composé sa pièce avant ou après celle d'Euripide.

3. Voyez, plus loin, liv. IV, chap. v. — 4. Ou Spinlharus, voyez Diog. Laei-t., V, 92. — 5. Id., ibid.

6. Pausan., Att., I, 29; Plutarch., Vit. x Rhet Commencé, dit-on, dans la lxx* oympiaâe, le théâtre de Bacchus ne fut achevé que dans la ex*.

7. Entre 350 et 330, selon Clinton, Fast. heUenic, p. 161. — 8. Harpocrat., V. ©swpixà.

qu'une copie exacte et authentique de leurs tra^gédies* resterait déposée aux archives de l'État. C'est abuser bizarrement des expressions, au reste équivoques et probablement corrompues, de l'historien de Lycurgue, que d'y trouver en outre, comme ont fait Samuel Petit, et d'après lui Barthélémy *, Lévesque ^, l'absurde défense de représenter à l'avenir les chefs-d'œuvre tragiques d'Athènes. Une telle disposition, a-t-on dit spirituellement*, eût été le digne pendant de celle qui, après le règne de l'excellent roi Godrus, abolit la royauté; seulement elle eût eu moins de puissance, puisqu'on peut établir, par plus d'un témoignage, qu'Euripide, Sophocle et même Eschyle, ne cessèrent, en dépit d'elle, de régner sur la scène athénienne ^ Citons des faits voisins de l'époque k laquelle on peut rapporter la loi de Lycurgue : ce sont des vers de Sophocle et d'Euripide, vers souvent répétés au théâtre bien évidemment et présents à toutes les mémoires, que, dans un intéressant récit de Plutarque% le comédien Satyrus fait déclamer à Démosthène, après sa première disgrâce de tribune, pour le former à l'action; c'est dans leurs ouvrages, dans VAntigone, par exemple, dans YHécube^ fréquemment représentées , dit-il, par de célèbres tragédiens du temps, Théodore et Aristodème, qu'il se complaît, avec une inépuisable ironie, à faire jouer par Eschine, ancien comédien, et comédien de troisième ordre, les derniers rôles, le tyran Créon, l'ombre de Polydore' ; c'est à un de ces mêmes personnages tra-

1. Plutarch., Vit. x Rhet. Cf. Petit, Leg. Ait., p. 68. — 2. Voyage d'Anacharsis, lxx. — 3. Considérations sur les trois grands tragiques de la Grèce. — 4. Bœckh, Grœc. trag. princip., p. 327. Cf. Bœltig., Opusc, p. 295.

5. Il y avait des jours spéciaux pour les tragédies nouvelles, recherchées avec passion par les Athéniens; il y en avait aussi qui appartenaient spécialement aux anciennes tragédies. Bien plus, les acteurs se partageaient entre ces deux sortes de tragédies, les uns se consacrant aux nouvelles, Katvoî, les autres aux anciennes, IlaXaioi (Bekk., Anecdot. gr., t. I, p. 309). C'est dans une représentation de tragédies nouvelles, devant un public très nombreux, par conséquent, que Démosthène devait être couronné sur le théâtre, d'après la loi de Ctésii^hon (Liban., Arçium.II, ad Dcmosth. de Corona).

G. Vit. Demo.:th., vji. — 7. Dcmosth.^ de Cor.; De Falsa légal., etc.

giques qu'il fait allusion dans la belle scène de sa mort, lorsqu'il dit au chef des satellites d'Anlipater, Archias, qui, comme Eschine, comme Aristodème et tant d'autres hommes publics de la démocratie athénienne, avait commencé par le théâtre : « Tu peux reprendre ton rôle de Gréon, et faire jeter ce corps où tu voudras, sans^sépulture*.^» Archias, selon Plutarque', avait été le maître du célèbre Polus d'Égine, l'acteur le plus pariait de la Grèce ; or c'est précisément ce qu'on a raconté de l'effet extraordinaire produit par ce grand artiste à Athènes, dans une représentation de VÉkctre de Sophocle', qui a fait venir son nom jusqu'à nous. Ces faits comprennent un assez long période de temps, pendant lequel l'iuterdiction de Lycurgue serait demeurée sans effet. Il faut comprendre qu'il interdisait seulement de s'écarter, dans la représentation de la tragédie classique d'Athènes, du texte désormais immuable de l'exemplaire officiel*. C'est cet exemplaire, on n'en peut guère douter, que dans la suite, vers Tan 250 avant notre ère, Ptolémée Evergète emprunta aux Athéniens, pour faire corriger, d'après son autorité, les éditions plus ou moins fautives que possédait Alexandrie, et dont, la révision terminée, il ne renvoya à ses propriétaires qu'une copie, consentant, pour garder le précieux original, au sacrifice d'un gage de quinze talents, et même, tant ce disciple d'Aristarque* aimait les lettres, de sa parole de roi^.

Transportée dans l'Athènes des Ptolémées, la tragédi^ athénienne y devint, pour ses poètes érudits, un sujet de doctes études, de curieux pastiches, plutôt que l'objet d'une émulation féconde, ou tout au moins d'une heureuse imitation : ils retirent hardiment les tragédies déjà faites tant de fois et si bien faites, croyant les renouveler

1. Plut., Vît. Demosth., xxix. Cf. Vit. x Rhet., Demosth. — 2. Ibîd., xxvm. — 3. A. -Oeil. , VII, 5.

4. C'est l'opinion, entre autres, de Grysar, qui lui a donné un haut degré de probabilité dans sa dissertation de Grœc. trag., etc.; c'est celle de W. C. Kayser, Hist. crit. trag. grœc, p. 33-39.

o. Athen.,Z)eipn.,II.— 6. Galen. , in Hipprucr.Epidem.,ïU, Comm.n.

par la recherche de certaines raretés philologiques, de certaines obscurités mythologiques, une vaine profusion de détails empruntés à la géographie, à la physique, à l'astronomie, l'étalage d'une science bien inutile au théâtre, où. il suffît de connaître le cœur humain et le langage qui s'ejj fait entendre. 11 est bien vrai que, dans cette ville improvisée par le génie d'Alexandre, sur les confins de rOccident et de l'Orient, dans ce mélaoge confus de races, de cultes et de langues, sans autre lien que le despotisme des conquérants et les intérêts du commerce, la poésie dramatique put bien retrouver des théâtres* et des acteurs, des tragédiens comme ce Gorgo^5thène que peignit Apelles^, comme cet Hégésianax qui plus tard devint historien^; mais il dut lui manquer longtemps un public qu'elle pût intéresser à ses représentations et confondre comme autrefois dans l'unité d'une émotion commune. Bien que Théocrite, dans son panégyrique de Ptolémée Philadelphe*, parle de combats dionysiaques, où nul poëte de talent ne pouvait se présenter sans recevoir un digne prix de ses vers, et que dans la pompe dionysiaque aussi, par laquelle ce prince inaugura son règne, un auteur de tragédies, Philisque, entouré -de musiciens, de danseurs, de comédiens, eût figuré comme prêtre de Bacchus^; bien qu'une ambassade solennelle eût été envoyée à Ménandre et à Philémon pour les engager à venir exercer leur art en Egypte^, il est douteux que les institutions dramatiques d'Athènes aient pu passer avec les *œuvres de son théâtre à Alexandrie \ et que la tragédie alexandrine, simple exercice d'école, œuvre de cabinet, passe-temps commandé à des poètes sans inspiration

1. Athen., Deipn. XIV. — 2. Plin., Ilist. nat., XXXV, 36. — 3. Athen., Deipn., III. — 4. Idyll , XVJI, 112.— 5. Allien., Dcipn., V. — 6. Plin., Jlist. nat., V, 30; Alciphr., Epist. 1,4, 5.

7. Dans la lettre ingénieuse où le Ménandre d'Alciphron, annonçant à Glycere la flalleuse i)ro[)Osiiion du roi d'Egypte, se montre en môme temps peu disposé à l'accepter, une de ses raisons, c'est que sa nouvelle patrie ne jiourrait lui otlrirun véritalilo public et de libres sufl'rages comme h Athènes. Voyez l'élcgantc traduction tju'a donnée (le CMitc lettre M. G. Guizot dans ton ouvrage sur Ménandre, p. 68 et suiv.

libre, enfermes, disait alors un saiirique, Timon le Sillographe, dans le Musée des Lngides, « comme des oiseaux dans une volière, » ait eu, longtemps du moins, de plus nombreux auditoire qu'un cercle de lettrés et de courtisans, de plus vaste scène qu'une salle du palais. Ce n'était pas de la tragédie : toutefois Alexandrif^, qui aimait les pléiades, eut sa pléiade tragique; constellation ignorée, perdue dans quelque coin du ciel poétique de la Grèce, et OLi la postérité ne distingue plus guère que l'astre nébuleux de Lycophron*.

Pergame, autre héritière d'Athènes, qui avait comme Alexandrie sa bibliothèque, ses grammairiens, peut-être ses théâtres et ses poètes, s'occupa comme elle, sinon de continuer la tragédie grecque, du moins de la conserver et de la commenter. Garystius et Gratès y rivalisèrent avec les Gallimaque , les Dicearque , les Aristophane, dans tous ces travaux critiques, recensions, révisions, interprétations et autres, dont les trois grands tragiques

1. L^i pléiade des poètes trafiques, formée, comme celle des poètes en général, selon Quintilien [Inst. orat., X, i, 54), par Aristarque et Aristophane, comprenait en outre, dit le SL-oliaste d'Hephaeslion, les noms suivants : ^antides, Alexandre (d'Étolie), Homère (d'Hiérapolis en Carie), Dionysides ou Dionysiades (de Tarse), Sosithée (H'Athènes, ou de Syracuse, ou d'Alexandrie en Troade), Philisque (d'Égine). Le même, en un autre endroit, à Dionysiades substitue Sosiphane, placé aussi par Suidas dans la Pléiade. L'antiquité attribue à ces poêles de nombreuses pièces, dont il s'est conservé quelques tiires. Plusieurs d'entre eux ont joui, en leur temps, d'une grande renommée. On en peut juger, pour Sosithée, par une épigrammede Dioscoride où il est dit qu'en lui est revenu au monde Sophocle; pour Philisque, par ce que nous apprend Pline {Hist.nat., XXXV, 36, 42), que le grand peintre Protogène l'avait représenté méditant. A cette liste des tragiques de l'époque et de l'école d'Alexandrie, il faut ajouter Gallimaque, qui s'était, au rapport de Suidas, exercé dans la tragédie comme dans tant d'autres genres, et Timon le Sillographe, auteur, d'après Diogène Laërce (IX, 10), de soixante tragédies. Si l'on en croit le scolaste d'Aristophane (Thesmophor., 1059), le sujet d'Adonis, sur lequel s'était déjà exercé Denys le Tyran (Athen., Deipn., IX), a été traité en tragédie par Ptolémée Philopator, qui n'honore gaère la liste des tragiques alexandrins. De tout ce théâtre il est resté un très-petit nombre de fragments , parmi lesquels plusieurs ne sont pas sans quelque beauté poétique, par exemple celui des Pélopides de Lycophron (Stob., CXIX, 13), et le second des Incerlarum fabularum fragmenta (Stob., XXII, 3). Voyez le Recueil de Fr. G. Wagner, éd. F. Didot, p. 153,157.

étaient, après Homère, Tobjet principal; dans ces didascalies dont Aristote* avait donné le modèle, et d'où sont venus jusqu'à nous, au moyen des scolies, le peu de détails traditionnels que nous possédons sur la composition et la représentation de leurs chefs-d'œuvre'.

A dater de cette époque, ces belles productions du génie occidental commencèrent à se répandre dans l'Orient par une voie plus rapide que celle des éditions et des commentaires; elles y voyagèrent avec les troupes de comédiens dont l'industrie parliculière avait succédé chez les Grecs, lors du déclin de leurs institutions, aux formes publiques, à la munificence civique des réprésentations solennelles, et qui, courant le pays, transportant de ville en ville leur scène errante et leur répertoire ia:mortel, n'avaient pas tardé à aller chercher fortune dans les nouveaux Etats fondés sur les débris de l'empire d'Alexandre. Alexandre lui-même, fort épris de la tragédie grecque, qu'il citait souvent dans ses discours, et à qui était venue la singulière idée de lui faire construire, à Pella, une scène en airain^, avait montré le chemin de l'Asie et aux pièces et aux acteurs. Plutarque nous apprend qu'il s'y était fait envoyer, par Harpalus, un grand nombre d'ouvrages d'Euripide, de Sophocle, d'Eschyle ; qu'à son retour d'Egypte, dans des jeux célébrés par lui en Phénicie, le prix de la tragédie avait été disputé comme à Athènes. Les juges, c'étaient les plus illustres généraux de l'armée macédonienne; les choréges, c'étaient les rois de Chypre, particulièrement ceux de Salamine et de Soli, Nicocréon et Pasicratès, luttant de magnificence; les acteurs, enfin, c'étaient Thessalus et Athénodore, les deux plus célèbres d'alors, faisant, ainsi que les troupes rivales dont ils étaient les chefs, assaut de talent. Athénodore l'emporta, au grand déplaisir d'Alexandre, protecteur de son rival, et qui aurait donné,

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