Plutarch., Vit. Demeir., xiv, xxxv, xlv, xlvi
originaux aussi bien que par les traductions, par les imitations de ses poètes dramatiques , le théâtre des Grecs, il ne manque pas davantage dans son histoire de citations, d'allusions de ce genre. En voici deux exemples remarquables :
Pompée, passant de sa galère dans la barque d'où le perfide Achillas lui tendait la main, se retourna vers Gornélie effrayée, et, inquiet lui-même, cita des vers où Sophocle avait dit, non peut-être sans quelque allusion maligne à la situation de son rival Euripide chez le roi de Macédoine, Archélaûs :
« Qui se rend à la cour d'un tyran, est déjà, bien que libre encore, devenu son esclave *. »
Un autre vaincu de la guerre civile, fuyant le champ de bataille où avait succombé la liberté, Brutus, éleva ses regards vers le ciel étoile, et, avec la 3Iédée d'Euripide, s'écria, Antoine s'en souvint plus tard :
a 0 Jupiter, qu'il ne t'échappe pas, l'auteur de nos maux ' ! >
Il ajouta, peut-être d'après le même Euripide, ce blasphème contre la vertu, qui lui a été tant reproché :
ff Misérable vertu! je me suis attaché à toi comme à une réalité, et tu n'es qu'un vain mot, tout au plus l'esclave de la fortune M »
La correspondance de Gicéron, ce vif et piquant journal, n'oiïre que vers de tragédie tournés à l'expression de l'événement, de la passion de chaque jour, et avec l'aisance d'un homme sûr d'être entendu à demi-mot de correspondants aussi familiers que lui-même avec ce qu'il leur rappelle. Que deiois, par exemple, fatigué de
1. Pliilarch., Vit.Pomp., lxxviii; de Audiend. poet.; Sophocl., Frafjrn. nicert.y Liv.
2. Med., 33G; Piutarch., Vit. Brut., lix; Appian., Bell, civil., IV,
""3'. Florus, IV, 1; Dion., XLVll; Zonar., X, ^. Cf. Volt., Œdipe , acte V, sjènG derni'jre.
Di: LA tragl:dii: grecque. 141
la guerre civile et de ses Iiltos, il souhaite d'être en lieu
« où il n'entende plus parler des Pôlopides; où ne parvienne pas mOme leur nom'. »
Il se sert, pour le dire, de paroles latines ; car, par une sorte do patriotisme littéraire, il croit la gloire du nom romain '^ intéressée à ce qu'il transcrive, plus souvent que les Grecs eux-mêmes, leurs énergiques, mais rudes interprètes, Ennius, Pacuvius, Atiius, dont bientôt, chez ks générations nouvelles, Horace, Perse, Martial, l'auteur du Dialogue des orateurs , • parleront avec si peu de révérence'. La dignité romaine ne lui permet pas, comme il en paraît quelquefois tenté*, de porter à la tribune publique, dans le Forum, dans le Sénat, cette érudition étrangère ou semi-étrangère, qui y fut plus tard de mise, et que n'épargnèrent point Asinius Pollion et ses autres successeurs dans la carrièie de l'éloquence^; mais il s'en dédommage amplement, à l'exemple des rhéteurs et des philosophes grecs, comme il le dit lui-même ^ dans ses traités de toute sorte. La se rencontrent les débris les plus intelligibles, les plus frappants de La vieille, de la véritable tragédie latine, cette image, imparfaite sans doute, de la tragédie grecque, qui aujourd'hui nous rend quelque chose de taut d'originaux perdus : là brillent, dans le nombre des h^agments de traduction plus entiers, dont on peut lui faire honneur à lui-même, les belles plaintes surtout d'Hercule mourant, de Prométhée attaché au Caucase'.
1. Famil., VII, 28, 30; ad im'c, XIV, 12 ; XV, 11. —2. De Fin., I, 2. — 3. Horat., Epist., II, i, 57; ad Pison., 2ô8; Pers., ^a^, I, 76; Martial., Epist., XI, 90; Dial. de Orat., xx, xxi.
4. Voyez pro llosc. Amer, xxiv; pro Sext.^ lv sqq. ; in Pison., xix, xxxni, etc.
5. Nous le savons par Quintilien {Inst. orat., I, 8), dont les paroles sont remarquables : « Nam praecipue quidem apud Ciceronem, frequeijter tamen apud Asinium eiiam et cseleros, qui sunt proxiuii, vidimus Ennii, Attii, Pacuvii.... et aliorum inseri versus, summa non eruditiûnis modo gratia, sed etiam jucunditatis; quum poeticis voluplatibus aures a forensi asperitate respirent.... »