HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA. TRAGEDIE GRECQUE
lange et de la contradiction profonde des deux natures distinguées en nous par le christianisme ; à qui rien ne pouvait offrir le modèle de la régularité, de la simplicité ; par qui ne sont point séparés les éléments divers de l'humanité pour former des genres à part; qui les confond, au contraire, et reproduit la vie avec tous ses contrastes, le beau et le laid, le noble et le trivial, le sérieux et le bouffon ; qui ne personnifie point les passions dans les types abstraits d'une beauté idéale, mais les laisse, dans les individus complexes qu'il exprime, à leurs disparates naturelles ; qui ne les saisit pas non plus dans ces crises décisives où elles se dévoilent tout à coup, mais préfère les suivre dans tous les accidents de leur histoire : ^rame colossal, drame sans limites, à la scène toujours changeante, aux personnages toujours nouveaux, tumultueux, Jieurté, dissonant; qui a cependant lui-même son unité, ses règles, ses effets propres ; en Espagne, de l'intérêt le plus romanesque et du coloris le plus poétique; en Angleterre, profondément moral ; marqué dans les compositions plus artificielles des Allemands d'un sens à la fois historique et philosophique; drame enfin, qui a trouvé sa plus complète expression dans les œuvres étranges et sublimes de Shakspeare. Finissons par ce nom auquel s'arrête, comme à sa borne naturelle, l'histoire de la tragédie grecque, dont le nom d'Homère est le point de départ : Homère I Shakspeare ! génies de même hauteur, mais non de même nature, desquels est également descendue l'inspiration, puissante et diverse; double cime, si on l'ose dire, du Parnasse dramatique I