Poet., XI, XVIII
6. Or y rencontrerait sans doute d'autres ouvrages tragiques sur le sujet inauguré par Phrynicbus. Eschyle et Théodecte; par exemple, en 1646, les Danaïdes de Gomhaud, qualifiées par l'abbé de MaroUes
buta heureusement, sur la scène française, par sa tragédie à'IIypermncstre. La nullité d'une action qu'on aperçoit à peine au milieu des infinis et vulgaires développements où elle se perd, a été traitée par Grimm, bien gratuitement, de simplicité grecque. Grimm eût eu besoin luimême de mieux connaître ces modèles antiques, auxquels du reste, avec 'grande raison, il renvoie le jeune poëte, pour qu'il apprenne d'eux le secret d'une expression plus vive, plus naturelle et plus vraie. L'auteur à'Hijpermiiestre n'imitait à coup sûr que les modernes, quand il prêtait à son héroïne, l'une de ces jeunes filles qui, chez l'auteur des Suppliantes, chantent un hymne sans fin, de longs discours d'esprit fort. Sa pièce ne manque pas de ces vers heureux qu'il a rencontrés dans toutes ses productions; mais quelques jeux de scène, habilement rendus par mademoiselle Clairon, en firent surtout le succès. Le public fut frappé de terreur quand, au milieu des ténèbres où Lyncée pleurait ses frères massacrés, il vit arriver Hypermnestrele poignard à la main ; il s'attendrit quand Hypermnestre se jeta, éperdue, au-devant de Lyncée, pour protéger contre lui son père, dont elle l'avait sauvé; il éclata en acclamations, lorsque au dénoûment Lyncée venant avec les Argiens, qui avaient brisé ses fers, punir Danaus, et Danaùs, pour l'arrêter, menaçant d'immoler sa fille, tout à coup, dan§ le trouble d'une situation si vive, Hypermnestre se trouva sauvée, sans qu'on pût trop savoir comment. Ces tableaux, ces coups de théâtre, dont le dernier est justement appelé par Grimm et par La Harpe un escamotage, charmaient la foule, qui, à la même époque, en applaudissait avec transport de tout semblables dans les tragédies de De Belloy. Les spectateurs d'élite euxmêmes se montraient peuple à cet égard. « M. Lemierre a fait faire un pas à la tragédie, » disait d'Alembcrt, après la première représentation d' Hypermnestre. Le plaisant
(VimmortelJcs Danaïdes; en 1678, le Lyncée del'abLé Abeille; en 1704, VJlyprrmnestrede Kiui)eiroux, reprise en 172G (voyez sur ces ridicules ou médiocres ouvrages Vllistoire du Théâtre français, par les frères ' Parlait, t. VII, 70; XII, G9; XIV, 323).
qui demandait si c'était en avant ou en arrière, avait une plus juste idée do l'arl dramatique, qui recule véritablement quand aux révolutions du cœur se substitue le mouvement matériel et fortuit de la scène. Ce faux progrès avait été celui de la tragédie grecque au temps de Thcodeclo, que nous rendait Lemierre, peut-être sans le savoir. Depuis, de grands talents lyriques, osant nous montrer, nous faire entendre, au lieu de la solitaire Hypermnestre de Lemitrre, le chœur entier des filles de Danaùs, qui, par une orgie sinistre, préludent tumultueusement aux meurtres d'une aflreuse nuit, ces talents hardis, énergiques (j'entends les musiciens qui ont donné la vie à de faibles paroles*), nous ont peut-être rendu quelque chose d'une pièce où je suppose qu'Eschyle s'était essayé de loin au grandiose terrible de ses Euménides.
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1. Salieri, Spontini, dans l'opéra des Danaides, représenté pour la emière fois en 1784, et repris, avec additions, en 1817.