‹ Études sur les tragiques grecsChapitre 10 sur 185 · II · texte numérisé non relu

II

étaient-Aï 'ion* iraKiqtit s

et comiques qui deraiem en sortirî Li liberté qu fanait n'y ménageait-aile p;is an lani

les autres poêmei liturgiques, .'iux Lnno <1 où pou-

vait résulter le drame , quand la traj

leraent commencé à Athènes, les autres peuplai 'le la Grèce, chez qui la poésie, la musique, la danse, l'expression mimique, avaient aussi et peut-être plus anciennement concouru de même à animer le culte des dieux et particulièrement celui de Bacchus , réclamèrent-ils la priorité de l'invention, et, la faisant remonter dans le passé, essayèrent-ils de trouver de lointains prédécesseurs a Thespis. Prétention vaine 1 car une découverte n'est pas dans les éléments qui la préparent, mais dans le génie puissant ou heureux qui les assemble.

On sait, sans pouvoir s'en rendre bien compte, tant les témoignages sont, à cet égard, rares, incomplets, obscurs ! tant la difficulté, l'impossibilité de les entendre s'est accrue par les innombrables, minutieuses et quelquefois indiscrètes explications de la critique ! comment la tragédie athénienne, ou plutôt cette sorte de poème confus qui en contenait le germe et ne tarda pas à la faire éclore, prit naissance au sein même des rites dionysiafques. Les louanges du dieu étaient célébrées par des chœurs, dont la distribution naturelle en coryphées et en choristes, qui prenaient tour à tour la parole, probablement aussi en demi-chœurs qui se répondaient, eût seule conduit à l'invention du dialogue, s'il eût été besoin de l'inventer. Dans leurs chants qui avaient déjà quelque chose de dramatique1, mais qui n'étaient pas le drame, on intercala plus tard, soit pour varier l'intérêt de' la composition par des intermèdes, soit pour ménager aux exécutants quelques moments de repos, par l'intervention de l'artiste spécialement chargé de ces intermèdes, des récits où étaient primitivement rappelées les aventures de la divinité que Ton fêtait, mais qui ne tardèrent pas à

t. Diog. LaerL, III, 56.

DE LA TRAGEDIE GRECOI r . 9

leur devenir étrangers4. Une telle innovation fut d'abord réprouvée pat- les vieillards et par les magistrats, comn e irrespectueuse et impie; mais elle passa, à la faveur du plaisir et des suffrages de la foule. C'est à elle, chose singulière, que l'en doit véritablement la découverte de l'art dramatique et des divers genres entre lesquels il ne tarda pas à se partager, particulièrement de la tragédie. On avait déjà le dialogue : elle mit sur le chemin de l'action. Ces récits, qui coupaient, par intervalles, les chants du chœur, furent bientôt destinés à faire connaître, non plus seulement des événements passés, mais un événement que l'on supposait présent, et dont ils retraçaient les progrès L'action, exposée au commencement par des récits, et à laquelle on n'assistait qu'en imagination, fut insensiblement amenée par l'introduction successive dun second, d'un troisième acteur*, sur ce qui n'était d'abord qu'une sorte de tribune, d'où leur devancier s'entretenait avec le chœur*, et qui devint une scène. Elle se développa devant le chœur, qui la contemplait, et qui, exprimant les sentimenis de peine ou de plaisir, d'admiration ou de surprise qu'elle lui inspirait, devint ainsi, par le seul fait de son origine, un témoin idéal du drame, chargé d'en recueillir l'impression et de la transmettre pure et entière aux véritables spectateurs. Le chœur avait été d'abord, dans les cérémonies du culte de Bacchus, le représentant

1. Pluturch.. S>jmpos.r I, i; Suid. Oùôèv koôç '■'■'' Aiâvwjov, etc.

2. Arisiote (Poet., iv), Diogène l.aërce (III, ô6). Suidas [vv. So^oxX^;, TotraywviTnr;:, et. Vit. Sophocl.) , attribuent à Thespis^ à Eschyle, à Sophocle l'introduction de chacun de ces trois acteurs; mais cela a été conteste comme d'autres \ oints de celte antique histoire, particulièrement par Thémiste, <h<it., rxvi (voy. God. Hermann, Dissert, u de choro Eumcnulum jBiChyii, 1809 et 1816; Opusc., 1827, t. II, p. 141 : E. Egger, Histoire de la critique chez les Grées. 1849, ch. ni, § iv, p 139). Sophocle ayant été contemporain d'l\scii\ie, et Euripide de Sophocle, quelques-unes des inventions qui < ni si veinent constitué la tragédie grecque, ont pu, contrairement à l'ordre de suc-

on des trois poètes, passer, par imitation, du plus récent au plus ancien, et, comme cela est arrive chez cous à l'égard de Kotrou et de Corneille, chai ger en certains pointa le disciple en maître. De La questions de priorité lort Controversées dans tous les temps par la critique, et la plupart insolubles.

3. Jul. Poli., Onomast., IV, 19. Cf. Eustath., ail //., VII, 407,

du peuple entier ; il ne pe dil pa par eoite d'il i a

hangèrenl en un ; il ai ■ u

chai jo 'T devant le pu m laque] il *<•

longtemps, par la \o Olt| de libres

du public in< ec lui • mt en

nom , interrompant la inarche des • pour faire

entendre les arrêts de cette morale universelle dont la voix retentissait confusément dans tous l< ;is et à

laquelle il servait d'interprète : personnage vraiment singulier, placé , dans l'esprit de la compositi -n poétique, entre le drame et l'auditoire, comme il l'< matériellement, dans la représentation, entre la scène et l'amphithéâtre; personnage dont la création appartient spécialement aux Grecs, que leur avait donné le liasard, et qu'ils conservèrent volontairement, par Qèiion, et par choix, dont l'emploi ne fut pas toujours sans inconvénient , mais qui contribua puissamment à constituer la tragédie grecque, et à lui donner la forme et le caractère qui la distinruent entre toutes les tragédies . connues.

Et en effet, comme le chœur ne quittait jamais la place particulière qui lui avait été assignée dans l'enceinte du théâtre, comme il ne perdait jamais l'action de vue, et qu'il y intervenait à chaque instant, les unités sévères qui la limitent sous le rapport du temps et du heu s'établirent en quelque sorte touUs seules et nécessairement. Comment changer une scène qui ne cessait d'être occupée? Gomment faire illusion sur la durée d'une pièce que l'aspect d'un acteur toujours présent permettait de mesurer avec exactitude? Une action resserrée dans des bornes si précises ne pouvait, on le conçoit, se passer de l'unité d'intérêt et de la simplicité d'intngue , naturelles d'ailleurs à un théâtre qui avait commencé par des chants, par des récits, par le dialogue d'un chœur avec un seul personnage. Enhn, si l'on songe à la pompe, à la majesté qui résultaient du spectacle de tant de témoins groupés sur le devant de la seèaej si l'on songe à la gran^

DE la i R IGÉD1E ÛRE< 0' '■• 1 1

morale et poétique dont leurs chants entouraient l'action, ou aura une idée à peu près complète de l'influence i m

sur le développement de la tragédie grecque par IVinploi presque forcé de ce chœur qui en avait été l'origine*.

Ainsi se formait la tragédie sous l'empire des circonstances qui accompagnèrent son établissement. Cette unité, cette simplicité, cette grandeur qui en caractérifienl la forme, étaient tout à fait d'accord avec la natu.e d s sujpts qu'elle fut, dès le principe, appelée à traiter. Née au milieu des cérémonies de la religion, faisant pour ainsi dire partie du culte public, elle dut se consacrer d'abord à r a'.:x regards les aventures

des dieux. Bientôt les hommes, qui traditions

my hologiques, s'étaient trouvés, aux premiers jours du monde, dans un .t et familier avec les

habitants du ciel, s'in ta h ur tour sur la scène.

Ils g i cent pas à en devenir, par suite de ce vif inté-

rêt qui nous attache à la peinture de nos semblables, les principaux endant les dieux ne disparu-

rent pas entier qu'ils avaient autrefois

remplis seuls; et quand ils cessèrent, ou à peu près, de s'y montrer, leur volonté toute-pui.-sante y joua longtemps le principal tôle, et y resta le plus puissant mobile, le ressort le plus actif de l'action : elle s'expliquait par des pressentiments sinistres, des songes effrayants, des présage! racl b; et la grande image de la fatalité, toujours rappelée à l'esprit des fpectateurs, toujours présente, toujours visible, semblait former le fond de ce tableau lugubre sur le devant duquel paraissaient les passions humaines, libres et esclaves tout ensemble, marchant vers le but que leur avait marqué d'avance l'immuable destinée, mais y marchant d'elles-mêmes, et conservant, lors même qu'elles pliaient sous la main de la

1. Voyez sur les heureux ciïets, l'importance et même la i <lu ctiœur dai.s le système de la tragédie grecque, 'le judicii

la M. E. B.g$er, Histoire de In çritiqw chez lej Grecs, eh. ni,

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de notre faiblesse et de notre force? (Juell^devaient sortir de ces spectacles qui réveillaient flans aines le sentiment confus d'une puissance l'homme, souvent ennemie, et quelquefois prot> : qui

les fortifiaient contre les grands accidents de l'huma: qui les portaient à la pitié et au respect pour le malheur l

La tragédie se montrait digne de cette origine qui avait placé son berceau au milieu des pratiques religieuses du culte de^ dieux, qui l'avait marquée de naissance d'un caractère sacré; elle méritait de re associée à ces fêtés qui rassemblaient autour des ai. la nation tout entière; elle-même était une fête donnée aux citoyens par leurs magistrats dans des jours solennels2, fête instituée par la religion et adoptée par la po-

1. Le concours des deux ressorts qui faisaient mouvoir ensemble l'action tragique des Grecs se trouve heureusement expiimé dans ce vers où l'auteur inconnu du Ciris, peut-être à l'imitation de la ti

die grecqu*», et, comme on l'a cru (voy. Hartung, Eurip. Ttstilut. , t. II, p. 215) , d'une pièce d'Euripide, a peint Scylla entraînée au crime et par sa passion et par une influence fatale :

Quo vocat ire dolor, subigunt quo tendere fata, Fertur.

{Ciris. 1S3.)

2. La représentation des ouvrages dramatiques, née du culte même de Bacchus, y resta toujours et exclusivement affectée. Car il ne paraît pas, comme on l'a conclu à tort de passages de Di-gène Laër e. III, 5b, et de Suidas, v. TexpaXoyia, qu'il faille joindre les Panathénées aux div-rses fêtes où se donnaient des tragédies et des comédies. Ces fêtes étaient au nombre de quatre : les grandes Dionysiaques, ,es Lénéennes, les Anthestéries, enfin les petites Dionysiaques, appelées encore Dionysiaques rurales, parce qu'on les célébrait hors de la ville, ou Dionysiaques du Pirée, de Brauron, etc., du lieu particulier où

LA TRAGÉDU GRI i Ql C. 13

litique des législateurs, qui firent de ces représentations une sorte d'instrument moral do gouvernement. Ce

peuple lé^er qu'abattait l'infortune, qu'enivrait la prospérité, venait prendre au théâtre, en contemplant les calamités des rois et des empires, et le tableau touchant et terrible des grands revers, des leçons de constance et d'humanité : de telles leçons convenaient dans un siècle aussi plein de révolutions et de catastrophes, que celui des guerres médiques et de la guerre du Péloponèse; et il était digne de les entendre, le peuple qui, seul chez les Grecs, avait élevé un autel a la Pitié*. En même temps l'amour du pays, le sentiment de l'orgueil national, l'attachement aux lois et à la cité, s'exaltaient dans les âmes, quand on entendait rappeler ces noms antiques et vénérables qui réveillaient les plus chers souvenirs de la patrie.

Des représentations dont l'objet était tout ensemble politique, moral, religieux; où l'on évoquait, pour ainsi dire, au milieu des cérémonies du culte et à la vue du peuple entier, les images des héros et des dieux, et avec elles les émotions les plus vives, les plus graves enseignements, de telles repris ntalions appelaient nécessairement toute la pompe, toute la magnificence du spectacle; elles devaient séduire les sens en même temps qu'elles ébranlaient l'imagination, qu'elles touchaient et élevaient l'aine. A la puissance de la poésie vint s'unir celle de tous les autres ai ts : l'architectuie construisit

elles étaient célébrées ; elles étaient au nombre de trois seulement selon ceux qui ne uistinguent point les : lea des Anthesténes. Voyez

sur ce sujet obscur, et toutes les question* particulières, non moins difficiles, qui s'y rattachent, Barthélémy, Met*, de VAcad. des Belles- Lettres, t \\\ix. p. 172: Breckh, Grœc. traç. prtnctp., Heidelberg, 1808, c. xvi, p. 204; Mcm. de VAcad. de Berlin, 1816-1817; Corpus inscript, grssc, t. 1er, p. [\:>\ ; ch. Magnin, Origines du théâtre moderne, 1838, t- I, p. I06j Fr. Creuser etJ. D. Guigniaut, Religions de ^antiquité, t. III, 1839, [>• 223 ; Bo .. Bistoire de Us

. tragédie, Leipzig, 1839, t. III, p. 123 \q., etc. 1. Ptfusan., AU., xvi. L'institution de ci autel, souvent i l'antiquité, a fourni à Stac* le sujet d'un «1rs plus beaui \ lésa thébaïde . xii, i81 sqq,; elle a aussi heureusement clan i • . . D . \o GUdonieo, 4u0.

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immenseï édi ut ans il

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ique; la hum , les

évolution i • f prêta ton haï à la

odie des vers; tout conspira pour produire If pi. dramatique, qui pénétra jusqu'au coeur par tous les 8en«> I la fois.

La nécessité de s'adresser, en même temps, dans d>j si grands théâtres à de si nombreux spectateurs, amena l'emploi de divers moyens matériels qui permetta: reconnaître et d'entendre facilement des acteurs placés à une si grande dis'ance des yeux et des oreilles D»- h tous ce;- usages si étrangers à l'art moderne et qu'il faut se garder de condamner légèrement; ces masques qui reproduisaient les traits généralement attribués aux personnages mythologiques, et qui les annonçaient avant qu'on les eût nommés; ces procédés ingénieux qui avaient pour but de grossir la voix de l'acteur et de la porter au loin ; ces cothurnes, ces amples vêtements, ces robes longues et flottantes qui lui donnaient les proportions réclamées par le besoin de la perspective théâtrale, par le grandiose de la composition poétique, et sous lesquelles l'imagination se figurait les héros qu'il représentait1. On peut croire que chez un peuple si amoureux du beau, qui l'exprimait avec tant de génie et de goût dans tous les arts à la fois, jamais ces moyens d'imitation ne furent portés, dans la tragédie du moins, jusqu'à cette exagération monstrueuse et grotesque dont quelques modernes, après certains anc ens, il est vrai, après Lu-

1. Il n'y avait pas bien longtemps que s'étaient retrouvés à Tégée les os cTOre-te, longs, disait-on. de sept coudéts! Voyez Hérodote, I, 68; Pausan., Lacon., m, 3. Cf. jEIiaa. II, 5; A. Gell , III, 10. eîfrxij |xeYâXov> ffa^axo;, dit Plutarque. Vit. Thés., xxxvi, en parlant du cercueil de Thésée retrouvé dans rile de Scyros et rapporté à Athènes par Cimon. C'était l'innée même où, comme nons le rappellerons plus loin, au jugement de Ciraon et des géner.tux ses collègues, chargés par l'archonte de prononcer entre le vieil Ëscuyle et le jeune Sophocle, qui paraissait pour la première ibis dans ces luttes, celui-ci l'emporta. Voyez encore Plutarque, VU. Cim., vm.

DE LA ÎB W3EDIE ÔREI 0' B,

cien, qui s'égaye souvent à 06 sujet1, après Pbilostra

se sont plu h tracer des tableaux de fantaisie. Sans doute ses personnages héroïques qui se montraient sur la scène n'offraient point un contraste Irop choquant i les belles représentations de la na'ure que produisait dans le môme temps le ciseau des artistes grecs : tout porte a penser, au contraire, qu'ils les rappelaient par la grâce et la noblesse de leurs attitudes, de leurs mouvements, et même par ces traits empruntés que leur prêtait la statuaire, et qui, grâce à L'éloignement, semblaient perdre quelque chose de leur iuimobi i té . !Si on lit avec attention les ouvrages des tragiques grecs, on ne pourra manquer de s'apercevoir que tout y était calculé pour le plaisir des yeux : chaque scène était un groupe, un tableau, qui, en attachant les regards, s'expliquait presque de lui-même à l'esprit, sans le secours des paroles. Les poètes, par mille ressources habiles, rendaient plus prompte et plus facile à des spectateurs nombreux, éloignés, souvent distraits, l'intelligence de le ts compositions dont le sujet, en partie par le même motif, continua e choisi dans les traditions fabuleuses, familières à la foule, et qu'une exposition simple et claire, une intrigue peu compliquée, faisait suivre d'ailleurs sans fatigue et sans travail.

Il y a quelque intérêt à voir ainsi se former, comme de lui-même, le système si uni, si complet de la tragédie des Grecs. Ces divers éléments de leur art tragique, produit nécessaire des circonstances toutes fortuites, toutes locales, au milieu desquelles il naît et se développe, sont rassemblés par l'industrie des poètes; ils se rapprochent, ils se confondent dans des compositions qui durent sans

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