‹ Études sur les tragiques grecsChapitre 112 sur 185 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

!.««. l'<TI»**fc.

Nous n'avons rapport.- qu'à moitié1 le bel I que, dans la comédie d'Aristophane, E rend lui-

même au caractère mâle, belliqueux, patriotique, de sa poésie. C'est ici le lieu d'achever la citation :

« .... En outre, par ma tragédie des Perses, j'ai inspiré à mes compatriotes l'ambition de vaincre toujours leurs rivaux '. »

En traduisant el-za et uletoc tout', non pas par depuis, mais par en outre, nous nous conformons au sentiment du scoliaste 8 qui met ainsi les vers d'Aristophane d'accord avec l'ordre chronologique des pièces d'Eschyle, Us Perses, selon les didascalies *, ayant précédé et non pa^ suivi les Sept Chefs. D'autre part, en adoptant, dans la disposition de nos études, l'ordre inverse préféré, selon son droit de poëte, par Aristophane, nous faisons notre profit de la gradation qu'il a voulu marquer. Elle nous montre le poëte conduit du laagage de l'allusion à un autre plus direct, d'une fable mythologique à un fait de l'histoire, à un fait de l'histoire nationale et contemporaine, celle des victoires récemment remportées par Athènes, pour la cause de la liberté grecque, sur l'oppressive puissance de l'Asie.

Les Grecs, qui prenaient si près d'eux, chez les hommes et les choses du jour, les sujets de leur comédie, n'en usaient de même, pour leur tragédie, que bien rarement et par exception. La raison de cette différence est facile à trouver. Gomment montrer sur la scène, avec vraisemblance, des événements auxquels chacun avait pris pnrt,

1. Page précédente —2. Tian , 1039 sq. — 3. Ad Ban , 10*21, 1026, éd. F. Didot, p. 303. — 4. Voyez pl^s haut, page 205, note 2.

des personnages peut-être assis avec la foule dins l'amphithéâtre? L'art du poêle, le talent de l'acteur eussent été vaincus par le seul souvenir des uns, la seule présence des autres; et puis, il eût manqué à tous deux cette grandeur idéale que donne l'éloignement des temps, et dont la tragédie, plus encore que l'épopée, ne saurait se passer. Si le (imite épique Chérilus, racontant pendant la guerre du IVloponèse, dans sa Per séide, la guene contre les Perses; si Empédocle, traitant, vers la même époque, le même sujet1, purent sembler trop voisins des héros qu'ils célébraient, Eschyle l'était bien davan'age, lui, leur compagnon d'armes, aussi bien que leur poëtef qui chantait devant eux la victoire presque au sortir du combat. Il le sentit, et, par une ruse littéraire qu'on ne saurait trop admirer, bien qu'une fois trouvée elle paraisse bien simple, transportant la scène du drame de Grèce en .Asie, et, au lieu des vainqueurs, y faisant paraître les vaincus, il dé aysa, en quelque sorte, son sujet, et lui donna cette perspective lointaine nécessaire à l'illusion tragique. Car, comme l'a dit très-bien Racine2, qui s'est autorisé de son exemple, lorsqu'il a mis au théâtre la catastrophe récente de Bajazet, dont le récit n'avait encore paru dans aucune histoire imprimée, « l'éloignement des pays répare, en quelque sorte, la trop grande proximité des temps, et le peuple ne met guère de différence entre ce qui est à mille ans de lui et ce qui est à mille lieues. C'est ce qui fait, ajoute Racine, dont on me pardonner.) de citer encore les paroles, parce qu'elles sont un excellent commentaire de l'ouvrage dont je m'occupe, c'est ce qui fait que les personnages turcs, quelque modernes qu'ils soient, ont de la dignité sur notre théâtre. On les regarde de bonne heure comme anciens. Ce sont des mœurs et des coutumes toutes diffén ntes. Nous avons si i de commerce avec les princes et les autres personnages (jui vivent dans le sérail, que nous les considérons,

1. Aristot., ProWem.. x\t,r2: Diog.Laert.,ViII,58;Suid.,T.*EuKi

8ox).r(; — 2. Fit lace de Bajazet.

Page 1