‹ Études sur les tragiques grecsChapitre 122 sur 185 · Misiriss Montagne, Essai sut le gcnie de Shûkspewre · texte numérisé non relu

Misiriss Montagne, Essai sut le gcnie de Shûkspewre

une seule, souvent répétée, entre autres, par un savaift éditeur d'Eschyle *. Comment Darius, à qui l'avenir est <\ bien connu, peut-il ignorer le passé 2? Il ne l'ignore pas le moins du momie, et ses questions n'ont d'autre but que de reconnaître s'il s'agit du désastre que lui ont autrefois prédit les dieux. Gela est si vrai, qu'il ajoute aux détails qu'on lui donne, et que, par exemple, il fait connaître comment les Perses, en détruisant par tonte I Grèce les images et les temples des dieux, se sont attiré leur colère. Son attention une fois appelée sur l'événement, il voit, comme il appartient à un esprit prophétique, et ce qui s'en est accompli, et ce qui s'en accomplit encore : tout lui en est présent à la fois, et les causes et les conséquences.

Cependant Atossa rentre dans le palais; sa tendre prévoyance, éveillée par la sollicitude paternelle de Darius, y va tout préparer pour le retour d'un fils. Le chœur, resté seul, rappelle, avec la complaisance ordinaire à la vieillesse, oubliant, ce que n'ont oublié ni la reine ni son époux8, ce dont lui-même s'est souvenu il n'y a pas longtemps4, la défaite de Marathon, quelle fut la splendeur du règiie de Darius, splendeur si promptement, si honteusement ternie par les fautes de son successeur. La longue énumération géographique où, selon le génie d'Eschyle 5, sont passées en revue, parmi les conquêtes de Darius, celles-là précisément qui ont mis tant de pays, habités par les Grecs, sous son joug •, semble, de la part du poëte, le vœu, l'annonce menaçante de leur affranchissement, qu'a préparé la défaite de Xerxès.

Enfin arrive ce malheureux roi, seul, les vêtements en désordre, l'air triste et abattu : il revient dépouillé par la desîinée de sa grandeur et même de son orgueil. Succombant sous le poids du malheur, de la honte, il n'oppose que des larmes aux reproches des vieillards, dontleres-

1. Blomfield. L'objection a été reproduite dans la dissertation précédemment citée, Du merveilleux dans la tra(/édie grpcque, p. 135.

2. V. 719 sqq. C(. v. 805 qq. — 3. V. 478, 784 sqq. — 4. V. 248. — 5. Schol ad Prometh., v. 732 sqq. — 6. V. 868-891.

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Sed qualis rediit? Nempe una nave, cruentis Fluctibus, ac tarda per densa cadavera prora •.

Déjà Lucrèce s'était plu à ramener le colossal d< aux proportions communes par l'universeile nécessité delà mort. Celui qui fit de la mer aux profonds abîmes un chemin pour son innombrable infanterie, qui sous les pas de ses escadrons foula dédaigneusement les vagues murmurantes, il l'avait représenté, au moment suprême, fermant, comme les autres, ses yeux à la lumière, et d'une bouche mourante exhalant son dernier souffle.

Ille quoque ipse viam qui quondam per mare magnum Stravit, iterque dédit legionibua ire per altum, Ac pedibus salsas docuit superare lacunas, Et contemsit equis insultans murmura ponti, Lumine ademto, animam moribundo corpore fudit*.

On admire, à juste titre, la fécondité d'i-vention qui a fait trouver à Corneille toute une tragédie dans quelques lignes de récit, où Tite Live avait rac oDté le combat des Horaces et des Curiaces. Eschyle n'est pas moins admirao e quand, d'un sujet aussi simple que celui de ses Perses, il tire des effets si variés. Cette tragé Jie n'offre que l'expression d'un seul et même sentiment, mais auquel le poète prête divers langages. La douleur du courrier est toute patriotique, il ne songe qu'à la Perse ; la douleur de la reine

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