Sat., X, 185. — 2. De Nat. rer., III
toute personnelle, elle ne - m fils ; celle des vieil-
lards est emportée, véh inert^^^RJûe séditieuse; celle de Xerxès, morne et a! Darius, grave, calm >,
mélancolique, mêlée d'une sorte de sérémté divine. Les caractères, marqués par quelques traits francs et hardis, ressortent ainsi sur ce fond uniforme. La progression de l'effet qui ne s'arrête jamais, remplace, dau„ cette tragédie, la seule chose dont elle manque et que l'on ne connaissait pas eucore, le développement d'une action.
La morale en est haute et instructive. L'événement, ainsi qu'on Ta remarqué *, n'y est point représenté comme l'effet du hasard ; il y paraît déterminé d'avance par la sagesse réfléchie d'un côté, et par un aveuglement orgueilleux de l'autre. C'est une grande leçon de modération et de prudence que peut-être le poëte adressait aux Athéniens eux-mêmes, trop portés à se laisser enivrer par la victoire. Il était beau de voir ce peuple célébrer sa gloire en pleurant sur les vaincus, et en apprenant, par leur exemple même, à se modérer dans la prospérité. C'est l'enseignement que Paul Emile donnait anx jeunes Romains, lorsqu'il leur montrait le roi de Macédoine captif et dans ses fars *.
Les Perses sont bien certainement l'un des chefsd'œuvre d'Eschyle et du théâtre grec, et cependant cet ouvrage a été a^-sez mal traité par les critiques, déda gné par La Harpe, négligé par W. Schlegel, froidement loué par Brumoy. Pour comble de malheur, deux savants, i'un Allemand J, l'autre Anglais *, y ont cru apercevoir une espèce de comédie, qui devait fort réjouir les Athéniens, et les raisons ne leur ont pas manqué pour établir
1. W. Schlegel.— 2. T. Liv. ,XLV,8.— 3.Siebelis, Dissertation déjà
tée.
4. Blomfield, préf. de son édition des Perses. C'est de Siebelis, je crois, que parlait God. Hermann, dans son écrit de /Eschyli Persis ; Opusc, t. 1I; p. 88, quand il disait : «.... Quos si audias, nescias profecto , utrum admirari gravem eximia sublimitate tra<:(fi:iiam,an ridere comœdiam, scurrilibus jocis obscenaque turpitudine plenam, oporteat ... uius ille, qui banc tabulam ad comœdiae humilitatem deprimere conatus erat, et refutatus est ab aliis, et ipse, ut spero, mutavit stntentiaui
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Batire morale et de parodie littéfl j >» u t :
conclure pour un poète d'un génie Ri o;ux que 1'»'
iylc, et pour une époque où les arts n'admettaient
point encore ces confusions de genre qu'amène leur ment.
Il ne m'appartient pas de vérifier cette autre assertion, h laquelle le nom de son auteur ■ prête -to-
nte, qu'Eschyle a imité, dans sa pièce, les tour- de la langue des Perses i : mais en supposant, chez le ; pon public, assez de connaissance de cette langue pour qu'une telle imitation fût possible à l'un et in a à
l'autre, était-elle dans l'esprit de la tragédie ? La c tfnédie, à qui des bigarrures de ce genre offrent quelquefois un moyen facile d'exciter le rire, ne l'eût-elle pas réclaoa Ce raffinement eût-il paru compatible avec la simplicité et la gran leur qui alors caractérisaient la poésie, comme les arts? Et puis, pourquoi Eschyle se fût-il piqué, dans Le langage qu'il prêtait à ses acteurs, d'une exactitude dont il ne s'est pas toujours soucié dans la peinture de leurs mœurs? Car, on l'a remarqué, son tableau, vrai en général, trahit cependant, par quelques détails * qui ne le sont pas également, la préoccupation inévitable d'un Grec écrivant pour des Grecs, et se souvenant trop, dans un sujet étranger, des usages de sa patrie.
Ces altérations de la vérité locale ne sont pas toutes in-
1 God. Hermann; voyez préface de Blomfield.
2. Les S'>ppl>antes (v. 123 sqq.) se servent d'un mot de la langue barbare; mais ce n'est qu'un mot en passant, et elles le remarquent elles-mêmes avant le scoliaste.
3. Voyez v. 86, sqq., 223, 351, 453, 536, 613 sqq., 633, 656, 656, 672, 754, 813 sqq., 831 , etc , où le poète, comme au reste quelquefois Hérolote et autres, prête aux Perses les rites, les idées religie sps et même les divinités des Grecs, leur fait prononcer les noms de Jupiter, de Neptune, de Pluton, de Mars, de Mercure, de Pan, etc.
volon'aires; en voici un exemple : l'immense étendue dé la domination persane avait fait imaginer à Cyrus, raconte Xénophon1, pour la rapide transmission des ordres ifu'il envoyait, des nouvelles qu'on lui adressait, le système des relais que, chez les modernes, a retrouvé Louis XI; les messages cheminaient en Perse sans interruption, et le jour et la nuit, passant d'un courrier à l'autre, comme le flambeau de main en main dans les fêles de Vulcain, dit de son côté Hérodote2, qui nous ippren 1 que Xerxès, pendant son expédition de Grèce, se servit, pour correspondre avec ses J^tats, de ce moyen de îoromunication. Ni ce fait, ni l'usage déjà ancien auquel :1 se rattachait, ne pouvaient être ignorés d'Eschyle8. Vlais, c'était son droit assurément, il n'en a pas tenu compte. Il lui convenait que l'annonce du désastre des Perses fût apportée à Suse par un témoin oculaire qui pût în faire le récit, et que ce récit, véritable coup de foudre, n'eût été précédé par aucun autre. Les choses se passent tutrement chez Hérodote *, et, ce qui arrive quelquefois, 'histoire y paraît peut-être plus dramatique que la tragé- Jie. Un premier courrier a fait connaître que Xerxès est naître d'Athènes et c'est au milieu des fêtes, par lesquelles 5use célèbre sa victoire, qu'arrive le second courrier chargé l'annoncer sa défaite.
La critique s'est fort occupée des différences qu'on )eut remarquer à l'égard de certains faits, entre ce qu'en lit Eschyle et la narration d'Hérodote Elles ne sont pas outes d'une importance égale, et ne doivent pas ébranler lotre confiance dans le second de ces écrivains. Il y a des :hoses qu'un contemporain peut fort bien ignorer, et qui ;e découvrent plus tard aux investigations de l'histoire; 1 y en a que la poésie ne se fait pas scrupule de changer,
1. Cyrop., VIII, 6. — 2. VIII, 98. Cf. £schyl., Ayamemn., 305 sqq.
3. Il les rappelle dans son Âgamemnon, v. 275, appliquant, par ine figure hardie, à une suite de feux almmés qui transportent d'Asie n turope la nouvelle de la prise de Troie, le mot emprunté de la fcngue des Per»"s par lequel ils désignaient cette espèce de couriers, àyvaoo-..
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barbares qui y ont pris part, ainsi qu'au reête 'le la guerre1, qui y ont péri*. (Juant à la nii
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rance ou l'inexactit ude lui (''aient û dissentiment sur un point de e
importance serait très-grave, s'il ne pouvait être explique. INlais ce dissentiment ne regarde que les nome, sur lesquels il D'y a pas toujours accord entre les ni eux-n.êmes, et non les personnages. Dans Médus et fils, qu'il donne pour préoVc ;i Cyrus, on reconnaît
l'Astyage et le Cyaxare5 de Xénophon. Marins, qu'il nomme le cinquième, après avoir clairement Gambyse, est bien évidemment le faux Smerdis. Il n'y a de difficulté réelle que pour un Maraphis, un Artapùr qui, selon lui, auraient régné en sixième et septième lieu, avant Darius. Les uns ont pensé que leur rè^ue avait été trop court pour que l'histoire en gardât le fi venir6; les autres ont conjecturé que le vers qui contient ces noms était resté seul de plusieurs où le p> donnait la liste des sept conjurés qui renversèrent l'usurpateur du trône de la Perse, et parmi lesquels fut choisi, après d'autres qui passèrent rapidement sur le trône, son nouveau souverain Darius7. Cette dernière explication est fort spécieuse, et 1 on peut s'y tenir, sans recourir
1. V. 341 sqq. C'est sur le nombre des vaisseaux grecs qu'E-chyl? ne s'accorde pas avec les historiens. Il est assez naturel qu'il l'ait un peu di cinué. Pour le chiffre de l'armée navale des Perses, où il est ire>p,.cis, Hérodote, VII, 79, Diodore, XI. 2, Plutarque, Vit. Themiïtk., xviii, l'ont suivi, et le dernier en le citant
•2. V. 21 sqq. — 3. V. 3U7 sqq. — 4. V. 769 sqq. — 5. J. Marsam, fîiatrib. chronnloy. . cité par Stanley; .1. de Mûller, cité par Buû 1er, eic, de. — 6. J. ?cai; . tartp., VI, p. 590; Stan-
ley, etc.' Cf. Buris-ny, Wém. Acad. Inscnpt., t. XXIX, p. 62.