‹ Études sur les tragiques grecsChapitre 135 sur 185 · Wagner, Po< 1. tray. grue, frcujm., éd. F. Didot, p · texte numérisé non relu

Wagner, Po< 1. tray. grue, frcujm., éd. F. Didot, p

« .... Je vais d'abord remonter à l'origine de la société humaine, développer l'histoire de son établissement. Il y eut, oui il y eut un temps ou es lio urnes vivaient à la manière des bêtes, habitant, dans les montagnes, des antres inaccessibles à la lumière du jour. On ne voyait point encore de uiaiaon* protégées par des toits, de villes avec une enceinte de rempirt>; le soc recourbé ne divisait pas la glèbe, nuire nou rice du grain devenu notie aliment; le fer industrieux ne façonnai : point les plants verdoyants de la vigne due à Bacc.ius; la terre stérile s'épui>ait e.i vaines productions; on se nourrissait de chairs sanglantes conquises par des meurtres mutuels. La loi alors était sans force; la violence s'asseyait avec Jupiter sur le même trône; le plus

\' i. | imirable le la société*

ou von s'élever, I la lan ière d joarf lee pu

. .tues, s'ouvrir, au lign il

i-oiiiir les premii I isf-eaux,

autre chars aux ailée de lin ; on y voif r, a

l'aide des métaux, lea travaux de l'agriculture al de l'inustrie; naître L'astronomie, la divination, ia médecine, la ^cicnce défi nombres, l'écriture, se fixer la mémoil mère des Muses, l'universelle ouvrière! li y a la comme l'argument de la grande histoire où Lucrèce * a suivi la marche de la civilisation humaine, mais sans y faire intervenir de puissance surnaturelle, n'y mettant en scène que cette intelligence de l'homme, libre et créatrice, cette activité sociale dont Prométhée, dans les conceptions de la fable et aussi dans celles de la tragédie, peut sembler le représentant symbolique.

Usus et impigrae sinnul experientia mentis Paulatim docuit pedetentim progredi-ntes*.

Si Eschyle est ici le lointain précurseur de Lucrèce, il s'y montre également, avec bien de l'originalité, le traducteur d'Hésiode. On se rappelle, dans les Travaux et les Jour-, la gracieuse peinture d6 l'espérance retenue captive aux bords du vase d'où l'imprudence de Pandore a laissé échapper tous les maux*. Voici quel tour nouveau, singu-

faible devenait la proie du plus fort. Mais quand le temps, qui engendre et nourrit toutes choses, fut venu enfin changer, renouveler la vie humaine, soit qu'il eût suscité le génie subtil de Pr^m-thée. soit qu'il nous eût donné pour maîtres la nécessite, la nature elle-même formée par une longue expérience, alors fut trouvé le grain innocemment nourricier, présent de la divine Cérès: alors fut trouv-e la source au doux breuvage enseignée par Baechus. La terre, auparavant sans culture, fut labourée par des bœufs assujettis au joug; des villes s'élevèrent, avec leurs tours; des maisons se construisirent offrant de sûrs abris; des mœurs sauvages et farouches firent place à un régime plus doux. Dès lors la loi établit que les morts seraent cacnés dans une tombe, auraient leur part de la p mssière commune, afin que des cadavres sans sépulture n'offensassent plus les regards par un affreux et impie souvenir des premiers repas. •

1. V. 4i5 sqq. — 2. Dr Nat. rer. , V. — 3. Ibid., v. 1451. — 4. V. 96 sqq.

PROMETHEE. 267

lièrement mélancolique, a reçu du sombre génie d'Eschyle cette fiction :

Par moi les hommes ne jettent plus des regards inquiets vers l'avenir.

LE chœur.

Et quel remède as-tu trouvé contre cette maladie?

Les aveugles espérances que j'ai fait habiter dans leur sein.

LE CHŒUR

Don précieux qu'ont reçu de toi les mortels* !

Ce qu'il y a de plus étonnant peut-être dans cet ouvrage, c'est que Prométhée y est représenté comme s'étant volontairement dévoué, pour la race humaine, au sort affreux qu'il endure :

LE chœur.

Voilà donc ce que te reproche Jupiter, pourquoi il te traite si indignement! Et souffriras-tu sans relâche? n'y aurait-il pas de terme à tes maux ?

Nul, avant qu'il ne le veuille.

LE CHŒUR

Le voudra-t-il? l'espères-tu ? ne sens-tu point ta faute?.... Mais te la reprocher ne serait point un plaisir pour moi, et toi, t'affligerait. Cessons donc, et songe à trouver quelque moyen de délivrance.

[1 est aisé, hors de l'infortune, de reprendre, de conseiller ceux qui y sont tombés. J'avais tout prévu; c'est volontairement, oui volontairement, que j'ai failli; je ne le nie point..., pour secourir les mortels, je me suis perdu moi-même*....

N'est-il pas bien extraordinaire de trouver chez un poëte I. V. 256-259. — 2. V. 363-275.

168 i cm

•• sublime d'un dieu qui s'offre lui-même loi ifice pour l'homme? I les Pèr i de ! été si frtpp -, qu'ils n'ont j nt d'jf \oir dd<

de pi liment confus du | ind mystère de m I

religion l,

La peinture prolongée, continue, du cm inflexible

et indomptable de Promi ihée aurait offert quelque monotonie, si le poète n'eût eu l'ait d'introduire 'lais son ouvrait: deux si:ène> épisodiques qui y réptndi la variété, et qnî ont en outre le mérite, par la manière dont . Iles se rattachent au sujet, de < oncourir à l'effet de 1 semble, c'est-à-dire d'ajouter encore à Dotre pitié, à notre admiration pour le personnage dont Eschjle nous occupe sans cesse.

Dans l'une, il introduit le vieil Océan, dieu de race litanique, qui vient proposer à Prométliée, Titan coin lui, sa médiation auprès de Jupiter. C'est nny démarche de convenance bien plus que de dévouement; ses offres sont froides ses avis désobligeants. Prométhée élude les unes avec adresse, et repousse les autres avec fiert»' ; il conseille lui-même à ce conseiller officieux de ne pas trop s'exposer, par son zèle pour un proscrit, et il n'a aucune peine à le persuader. L'Océan se hâte de partir, fort content, ce semble, de s'être montré bon parent et bon ami sans se compromettre en rien. Cette scène, qui relève, par une opposition nouvel'e, le rôle de Prométhée, est quelquefois bien familière. C'est peut-être l'exemple le plus remarquable qu'on puisse citer de 1 aisance avec laquelle les (jrecs savaient varier le ton de leurs ouvrages. Le poète, dans la plus haute et la plus sublime production dont l'histoire du théâtre conserve le souvenir, ne craint pas de s'approcher des limites de la comédie.

Je voudrais donner une idée de ce mélange, pour nous fort étrange, de familier et de sublime. Je le ferai en montrant que, dans une traduction digne d'ailleurs de

t. Tertu!!., Advers. Marcion., 1, i. Cf. Apologet., xvœ.

beaucoup d'estime *, l'un a tout à fait disparu, et l'autre s'est affail) i, sans qu'on puisse le reprocher bien sévèrement au traducteur : car il y a une double difficulté, je dirais volontiers une double impossibilité, à rendre parfaitement Eschyle en notre langue, en notre langue poétique, en notre langue tragique surtout. Le style de notre tragédie, tel que l'ont fait progressivement Racine et Voltaire, et le goût de la société française, est, dans ses hardiesses, d'une réserve, et dans sa vérité, d'une dignité, qui lui rendent presque impossible de suivre les allures de la tragédie grecque, et particulièrement de la tragédie d'Eschyle. Gomment, d'une part, atteindre à ces figures d'une grandeur démesurée, d'une audacieuse incohérence, à ces mouvements tumultueux et désordonnés, à ce langage, enfin, extraordinaire et inouï, par lequel Eschyle tâche de se proportionner au gigantesque sujet de la lutte de l'homme, et quelquefois des dieux, contre la destinée? Comment, d'autre part, se rabaisser à ce ton naïf, simple, voisin des entretiens ordinaires, qui est comme le point de départ du poète, le sol d'où son vol d'aigle s'élance. Je sais bien que nous sommes en quête aujourd'hui d'une élévation et d'un naturel inconnus à nos pères; mais nous ne les avons pas encore trouvés, et, en attendant cette découverte, qui tarde un peu, le traducteur que je vais citer a fait sagement peut-être de s'en tenir aux procédés de versification et de style qui sont dans le génie de notre langue, au risque de paraître quelquefois, cela était à peu près inévitable, tantôt trop pompeux, tantôt trop timide.

Ainsi, il me semble que le mensonge des offres généreuses faites par l'égoïste et timide Océan, et la raillerie de Prométhée, qui n'est point sa dupe, la partie comique, si on peut le dire, de la tragédie d'Eschyle, s'effacent et disparaissent dans les vers suivants, sous le sérieux et la pompe

1. Prométhée enchaîné, tragédie d'Eschyle traduite en vers français par J. J. Puech, professeur agrégé de l'Université au collège royal do Saint-Louis, Paris, 1838.

d'un langage trop conforme, ti qfoi ne pai l'étn

hf tout ,■*■ que j'ai fait, con I x ,

Tu restai impuni.. . Corn ieo tu tus heureai M il 'le vouloir f] tenir ce dieu terrible.

Tu n'en obtien Irns rien : BOB eorar est irre ,sit, !•'.... Tu pourrais bien £• ri moi.

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