‹ Études sur les tragiques grecsChapitre 167 sur 185 · Sept. adv. Theb.; 49 sqq. Voyez, plus haut, p · texte numérisé non relu

Sept. adv. Theb.; 49 sqq. Voyez, plus haut, p

2. Ce caractère généra! des Choéphores ne se retrouve pas plus dans le second acte du 1 Qrettiê française, rappelée plus haut (p. 309), que iMui de VAyamemnon dans le premier. La pièce d'Esi hyle n'y prête qu'un cadre, nécessairement trop étroit, à des situations, à des développements, renouvelés, quelquefois du reste heureusement, des deux Electre de Sophocle et d'Euripide.

3. Voyez Aristoph., Ran., 1 139 s^q. Il résulte fie ce passage, comme Ta rema.qué Stanley, que h nous avons perdu quelque chose du début des Choépliores, nous en avons du moins les premiers vers.

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tenter ainsi, dans un même tableau, des objets qui d laienl probablement pas réunis dans la réalité, ce palais habité par les os, ce tombeau où repose leur

time. Mais le poète hardi qui, dans un premier oavait hâté le cours des heures, pour opposer, par un rapide contraste, au triomphe d'A^ramemnon, l'image de son trépas, crut pouvoir, dans celui-ci, di es-

pace aussi librement qu'il avait fait du temps, et rapprocher, par l'artifice de la perspective théâtrale, ce que sépare, il est vrai, la réflexion tranquille, mais ce que peut bien confondre, pour un instant, le prestige de l'illusion dramatique. Ainsi il trouva le moyen de rappeler, dès l'ouverture de son drame, à la pensée des spectateurs, sous des formes matérielles et sensib es, le souvenir du crime, sa longue impunité, l'approche du châtiment. Les premières paroles d'Oreste continuent cette exposition; elles nous apprennent le dessein qui le ramène dans sa patrie. Prosterné devant le tombeau de son père, il lui promet la vengeance, et, pour g?ge de sa tendresse filiale, il lui offre, selon l'usage, l'hommage de sa chevelure qu'il vient de couper et qu'il dépose sur le monument. Pendant qu'il s'occupe de ces ^oius religieux, il voit sortir du palais une troupe de femmes vêtues de deuil, et portant des vases pour les libations; c'est leur ministère qui donne à la pièce le nom de Choéphores, que je n'ai pas encore expliqué. Oreste comprend qu'elles viennent apaiser par un sacrifice les mânes de son père, et croit reconnaître, au milieu d'elles, à sa profonde tristesse, Electre sa sœur. DaDS la surprise et dans l'attente où le jette ce spectacle, il s'écarte, avec Pylade, pour tout observer en silence.

Ici commence une scène d'une incomparable beauté, admirée par Racine, louée unanimement par les critiques, fort bien analysée et traduite assez heureusement

par La Harpe, qui l'appelle justement grande et sublime. Ces femmes chargées d'offrandes funèbres, et qui sont, comme le font su. poser plusieurs passages *, des esclaves troyennes , s'avancent lentement vers le tombeau ; leur marche solennelle est marquée par des chants lugubres, où elles se plaignent de vivre sous le joug honteux des assassins d'Agamemnon , où elles rappellent la gloire et l'infortune de cet illustre roi, où elles expriment le sombre pressentiment du châtiment qui s'approche, où elles annoncent la tardive et inutile expiation qu'elles viennent, sous la conduite d'Electre, offrir, au nom d'une épouse coupable, à l'ombre de son époux trahi et massacré. Elles font vaguement connaître ce qui a troublé le cœur endurci de Giytemnestre, et cette révélation de ses terreurs, de ses visions effrayantes, semble dévoiler aux yeux la puissance vengeresse qui veille invisible sur les coupables, qui s'apprête à les frapper, et dont l'instrument est tout prêt. Citons quelques traits de cet admirable morceau :

« Dans ce palais a pénétré la Terreur, aux crins hérissés, au sommeil haletant et inquiet, aux visions prophétiques : du fond de l'appartement des femmes, elle a poussé, dans le silence de la nuit, un cri perçant. Les interprètes des songes, interrogés, ont annoncé, oni affirmé, de la part des dieux, que ceux qui sont sous la terre s'indignent contre leurs assassins et demandent vengeance*. »

Au milieu de ces strophes sublimes, où l'horreur du crime et l'attente certaine et infaillible du châtiment sont si énergiquement exprimées, on rencontre une expression, reproduite plus loin8, et qui s'est retrouvée bien des siècles après sous la plume de Shakspeare, lorsqu'il peignit les remords de Macbeth4 :

« Tous les fleuves réuniraient leurs eaux, qu'ils ne pourraient laver la tache d'une main parricide. »

1. V. 68 sq., 922. Cf. Euripid., Electr., 992; Hom., Iliad., II, 226.

2. V. 29 sqq. — 3. V. 65 sq., 511. C'est une allusion aux purifications des anciens. Cf. Eumm , 446.

4. Acte II, se. i et acte V, se. i. Il semble affectionner cette imacre : on la retrouve dan> son drame, Beaucoup de bruit pour rien, acte IV, se. i. Leonato dit de sa fille, qu'il croit criminelle : «* Tous le* flots de

<tro a juaqu'i ;,i'' ut gardé le silence. NOOH sa* vont 'l'j-i, par de oombreoi exemptai du □ qu'Eschyle ai m ai ( k pré] osi 1»; rôle «l'un :

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d'un effet sûr et frappant, e i bien

ee( po sible. Tant qu'a dore* la marche du tombeau, Electre a dû se taire et Laieeei parler la don de ses compagne* : il est naturel qu'elle ne prenne la

parole que lorsqu'elle arrive prêt du u.onnrn que

le moment est venu d'offrir aux mariée de son père l'hommage que lui adressent les remords et les ter: coupable mère. La Harpe remarque fort judicieuse!, tout ce qu'il y a d'heureux dans cette fiction , i depuis par les successeurs d'Eechyle, et dont on peut faire honneur à l'imagination de ce créati nr de l'art, de ce père de la tragédie. « Clytemnestre , dit-il , n'os» présenter devant la tomhe d'Airamemnon , qu'elle pro fanerait par sa présence. Elle envoie sa fille, qui est ii cente et qui doit être chère à son père.... » Celle-ci hé.-ite à accomplir l'ordre qu'elle a reçu; et son incert tude offre une nouvelle explication de son long silence. Elle demande conseil aux esclaves qui l'accompagnent et qui partagent S' s sentiments :

« En répandant *ur cette tombe ces libations, quel kfDgage me perm» t la piété? en quels termes invoquer mon père ? Lui dirai-je que je viens vers un époux chéri de la part de sa tendre épouse? Non, je n'en ai point le courage. Je n'ai point de paroles pour accompagner une telle offrande à la tombe paternelle. Le prierai-je de récompenser, selon les lois de la justice, ceux qui lui envoient ces présents, de payer dignement leurs forfaits? Dois-je e fin, me souvenant de l'indigne mort que reçut mon père, répandre sans honneur et en silence cette liqueur, et quand la terre l'aura bue, fuir, comme dans les sacrifices expiatoires, en jetant derrière moi le vase sans détourner les yeux2?... »

« Si Electre balance, dit encore La Harpe, à implore.

l'Océan entier ne pourraient pas la laver, ni tout le sel qu'il cor.t n; rendre la pureté à sa chair corrompue. » Ici, comme dans Macbeth, la mauvais goût se mêle à l'énergie de l'expression.

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