Voyez, plus haut, p. 226, 263, 323. — 2. V
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1' >mbre d'Agamemnon et à maudire ses assassins, c'est qu'elle est bien sûre que sa prière ne sera point vaine, qu'elle sera entendue des dieux infernaux, et qu'ils se
chargeront de l'exaucer Parmi nous, ajoute-t-il , elle
balancerait moins à prononcer des malédictions, dont l'effet ne nous paraîtrait pus devoir être si prompt et si infaillible, et qui d'ailleurs semblent être le cri natuiel des opprimés et la consolation de l'impuissance.... » Ces observations f conformes aux idées de l'antiquité, expliquent très-bien l'esprit de cette belle scène, dont l'issue inattendue fait d'un sacrifice expiatoire une invocation de vengeance et de haine.
Tandis qu'Electre arrose, avec des vœux si terribles, le tombeau de son père, elle aperçoit les cheveux qu'y a déposés son frère : aucun Argien n'aurait osé apporter en ce lieu redoutable une pareille offrande; on ne peut présumer qu'elle vienne de Clytemnestre; Electre en conclut que c'est un don d'Oreste, et la ressemblance qu'elle remarque entre c s cheveux et les siens la confirme encore dans cette pensée toute naturelle qui remplit son cœur de surprise et de joie, d'espérance et de crainte. A cet indice, suffisant peut-être, le poète en a joint un second, assez inutile et malheureusemeut inventé. Il suppose qu'Electre distingue sur le sable, autour du tombeau , des traces qui se rapportent exactetement à celles de ses pieds , et ce nouveau trait de ressemblance, certes bien accidentel et bien indifférent, suffit presque pour la comaincre qu'Oreste est encore vivant et a revu sa patrie. Au milieu du trouble où la jette cet espoir imprévu, son frère se présente tout à coup à ses yeux, et achève de se faire reconnaître d'elle en lui montrant un vêtement, un tissu, ucpaoru.a (le mot grec est assez vague1, et a fort tourmenté les critiques), qu'elle a autrefois travaillé de ses mains, et qu'il a conservé jusqu'à ce jour.
On a blâmé cette scène, qui, dans l'origine, parut
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probablement vive ei frappante. Je ne m'arrêterai beaucoup à la ridicule censure de Decier, dont Brumoj i fait justice. Ce timide commentateur d
à la lettre de la Poétique, mais fori étranger a son eeprit comme à celui de la poésie dramatique , condamne la
reconnaissance que nous venons de rappeler, et pourquoi!
parce qu'elle est trop éloignée de la péripétie, ce qui aui t quelque sens, si c'était par cette renom s'opérât le dénoûment; mais il n'en est pas ainsi, et Dacier, tout savant qu'il est, prononce ici, avec emphase, de grands mots qu'il n'entend guère. Mieux vaudrait un peu moins de science, et un sentiment plus vrai de la poésie. Il se montre en même temps beaucoup plus délicat qu'il n'appartient à un adorateur si superstitieux de l'antiquité, lorsqu'il se révolte contre la simplicité de cette scène, et qu'avec la rudesse d'un commentateur en colère, il l'accuse de grossièreté. C'est à des juges plus compétents de la beauté poétique qu'il faut aller demander leur opinion sur cette reconnaissance. Elle ne peut, il faut en convenir, nous satisfaire beaucoup, nous qui avons présentes à la pensée les admirables scènes que Sophocle, Grébillon et Alfieri ont tirées depuis d'une situation si dramatique. Leurs pathétiques développements doivent aujourd'hui nous faire trouver la scène d'Eschyle trop brusque , trop précipitée. Mais souvenons-nous, pour être justes, que le point de vue sous lequel le poète avait saisi son sujet , et que nous avons suffisamment indiqué, ne lui permettait guère de s'arrêter à peindre avec détail les douleurs et la joie du frère et de la sœur, de les retenir longtemps en présence l'un de l'autre dans cette attente , dans cette incertitude pénibles, et toutefois attachantes, d'où le spectateur désire et craint tout ensemble de les voir sortir, que sa pitié voudrait abréger, mais qu'il prolongerait volontiers dans l'intérêt de son plaisir. Eschyle, l'imagination sans cesse obsédée de ce double parricide, dont il reproduit à chaque instant le souvenir et l'annonce , Eschyle , qui marche sans s'arrêter, sans se détourner, vers le terrible but
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qu'il dous a montré d'avance , ne s'engage point dans cette voie pathétique , où s'est complu le génie de ses successeurs. Peut-être doit-on l'accuser de quelque froideur, de quelque invraisemblance. L'Oreste de Sophocle et de Grébillon, qui veut se cacher à sa sœur, ne peut résister aux larmes qu'il lui voit répandre et se découvre à elle, malgré le soin de sa sûreté , l'intérêt de son entreprise et la défense des dieux. L'Electre d'Alfieri reconnaît son frère à la fureur dont le remplit la vue du tombeau d'Agamemnon. La reconnaissance s'accomplit chez Eschyle par un ressort qu'indique, il est vrai, Aristote1, en citant cette même scène, mais qu'il place, parmi les moyens qu'il recommande, dans un rang inférieur, par le raisonnement. La passion, on le conçoit, a quelque chose de plus entraînant, de plus puissant sur le cœur, et Eschyle devait, par le choix seul de ses armes, être vaincu dans cette lutte, quand bien même Je raisonnement qu'il prête à son Electre eût été plus concluant. Ce défaut n'avait point échappé aux anciens, malgré leur admiration pour l'œuvre sublime d'Eschyle. Les Nuées2 d'Aristophane en contiennent une critique, et aussi , il y a lieu de s'en étonner, l'Electre d'Euripide, qui n'a pas craint de mettre, dans sa tragédie, une satire littéraire qu'un auteur moderne eût placée tout au plus dans sa préface ou dans ses notes, peut-être dans un feujllttoi». Mais alors un feuilleton , des notes , une préface étaient choses inconnues; la critique s'exerçait, non pas dans des journaux, dans des livres, mais sur la scène ellemême; c'était le ministère des poètes comiques, usurpé, en cette circonstance , par Ja tragédie , contre toutes les lois de l'art assurément, mais dans l'intérêt d'une passion qui ne consulte guère les règles et les convenances, dans l'intérêt de la vanité blessée. Depuis longtemps Jes comiques, et particulièrement Aristophane, pour rabaisser Euripide, opposaient à sa jeune renommée la vieille gloire d'Eschyle. Euripide se trouvait dans la situation