Virgile a pu dire d'un de ses guerriers
Tctc proflabat pectore somnum.
(j£n , IX, 326.)
LES EUMÉNIDES. 3o7
l'imagination seule a pu rencontrer, puisque la nature n'en offrait pas de modèle! Gomment parlent les fantômes? les poètes seuls le savent, eux qui les évoquent. Mais aucun certainement n'a été plus savant dans ce langage que celui qui a recueilli de si sombres, de si terribles paroles :
« Vous dormez ! Se peut-il ? êtes-vous donc les Furies? Tandis que vous me délaissez ainsi, moi seule, entre tous les morts, on ne m'épargne pas aux enfers, où j'erre honteusement, le reproche de mon crime : on m'y accuse, je vous le répète, on m'y punit. Et moi, je n'ai point de dieux qui s'indignent démon sort, moi si cruellement traitée par le mortel le plus cher, moi qu'ont égorgée des mains parricides. Voyez cette blessure, voyez-la par la pensée; l'esprit, dans le sommeil, a des yeux et, dans la veille, il est aveugle. Que de fois vous êtes-vous abreuvées par mes soins de libations de vin, sobres et douces offrandes! que de fois vous ai-je conviées à mon foyer, la nuit, dans ces heures redoutables que ne partage aveevo^s aucun autre dieu! Tout cela, je le vois, est oublié, foulé aux pieds. Le coupable vous échappe; dégagé du filet, comme un jeune faon, il fuit et se rit de vous. Entendez les plaintes de mon ombre, reprenez vos sens, déesses des demeures souterraines! Celle qui vous appelle en songe, c'est Clytemnestre. — Vous me répondez par un sourd murmure! et lui cependant, il fuit, il est déjà loin. Mes dieux sont donc les seuls qui n'ont point de suppliants! — C'est trop dormir; c'est trop peu compatir à ma peine. Le meurtrier de cette mère qui vous invoque, Oreste, vous échappe. — Pourquoi ces cris poussés dans votre sommeil? Que ne vous levez-vous ! N'est-ce pas votre tâche, que de tourmenter les coupables? —Le sommeil et la fatigue, conjurés contre vous, ont engourdi la rage de vos terribles vipères. »
Ici le chœur fait entendre des cris confus : « Arrête, arrête, prends garde. « L'ombre de Clytemnestre reprend:
« Vous poursuivez en songe votre proie ; vous semblez aboyer, comme le chien dont le sommeil n'interrompt point l'ardeur. Que faites-vous donc ? levez-vous ; ne vous laissez pas vaincre à la fatigue ; reconnaissez ce que vous coûte ce lâche repos. Puissent mes justes reproches percer votre âme ! Les reproches sont pour les sages un aiguillon. Répandez de nouveau sur le coupable ce souffle sanguinaire, cette vapeur, ce feu dévorant qui s'exhale de vos entrailles : courez sur sa trace, et qu'une seconde fois il se consume à vous fuir1. »
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trépai sanglant d'agamemnon, et le châtiment n'aurait d'atteindre KK'sthe . » Par une rencontre d Roux. Ou merveilleu» itnns la tragédie grecque, p. 131 . la ; imagina lOD n'esl «'ferle à un <!• s l hu-
mas Kyde. Dans une pièce intitulée la tragédie espagnole, « il fit (acte iv) l'ombre d'Andréa, réveillant la vengeance endormie et s'm-
dignai.t de ses retards. » (Voy« [analyse de i ette piè e dans un I c e de la Revue dtt l)eur-)h mr>.v, novembre 1835, (•• 468 et sultan où il est traité de la tragédie avont Shakspeati uiasi la
étude du m} me sujet, insérée par M. \ dlemain au cah • vier
1 856 du Journal des Savants, et particulièrement la page 11).