‹ Études sur les tragiques grecsChapitre 177 sur 185 · CHAPITRE 81 PTIJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE 81 PTIJ

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i-hyle, dans ses Euménide$t eornme dans son /V méthée, s'est placé hardiment au sein d'une Bpl tonte merveilleuse. Le lui reprocherons-nous, avec <j qu- s critiques? Non, sans doute. On ne con:este plus b la tragédie le droit d'employer le merveilleux, non-seulei: quand la croyance des spectateurs est disposée à 1 admettre, mais simplement quand il convient au sujet, q doit y jouer un rôle important, qu'à force d:imag'rjation et d'art le poëte saura lui prêter de la réalité et de la vie. Un droit, dont l'exercice est soumis à de telles cmd.ti< certainement bien loin de l'abus. Aussi combien de po< dramatiques peut-on citer qui se soient montrés vraiment dignes d'en user? Deux seulement, Shakspeare et Eschyle.

Cette supériorité, elle leur vient sans doute, avant tout, des temps dans lequels ils ont vécu l'un et l'autre, temps où la crédulité préparait les esprits aux fant stiquecréations de la poésie. Mais aussi avec quelle puissance et quelle habileté ils se sont emparés de cette superstitieuse disposition! dans quel mystérieux loiutain, pour quelles causes étranges il- font mouvoir les personne qu'il leur plaît d'emprunter à un monde surnaturel! par quelles préparations ils nous amènent à souffrir leur présence et à y croire! que langage extraordinaire, inoui ils mettent dans leur bouche! Le merveilleux, chez l'auteur de Macbeth et d'Hamlt-t, chez celui du Promèlhce et des Eumênides , n'est pas ce qu'il est ailleurs, une décoration de magasin qu'un mécanisme grossier produit au beson sur le théâtre; c'est une apparition

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véritable, à laquelle on a foi comme aux visions d'un Bôtlge.

Eschyle, d'un coup de sa baguette magique, fait tout à Ci-up paraître le temple de Delphes, et sur le seuil la vieille Pythie, prête à entrer pour consulter l'oracle. Un spectacie effrayant l'en repousse; elle y a va, dit elle, dans le costume et l'attitude d'un suppliant, un homme aux mains sanglantes, à l'épée nue, et autour de lui, dormant d'un profond sommeil, des femmes d'un aspect hideux. Ce tableau1, que de vives expressions rendent présent à l'imagination des spectateurs, se découvre en partie à leurs yeux2, lorsque les portes du temple s'ouvrent pour laisser sortir Oreste conduit par Apollon.

Le dieu, qui a ordonné le meurtre, ne peut abandonner le meurtrier. Il a endormi les Furies pour le soustraire à leur poursuite, et il l'envoie, sous la garde invisible de Mercure, à Athènes, où il doit trouver des juges favorables. La Harpe, qui, sous forme d'analyse, a fait de cette pièce une véritable parodie, paraît s'étonner de la simplicité d'Apollon et d'Oreste, qui ne songent

1. Virgile s'en souvenait et l'a retracé, soit d'après Eschyle, soit d'après Ennius, traducteur des Eumnides, et peut-être aus>i, bien q ;'il n'en re-te aucune trace, des deux premières pièces de VOrestie, soit enfin, selon le sentiment de Servius, d'après Pacuvius, lorsqu'il a dit :

Aut Agamemnonius scenis agitatus Orestes, Arm.itam facibus matrem et strpentibus atris Quum fugit, ukricesque sedent in limine Dfrae. (/En., IV, 471.)

C'est aux mêmes .ouvenirs que Cicéron faisait appel lorsque, ne voulant voir dans les Finies que l'image symbolique du remords, il disait :

« Nolite.... putare, quemadmodum in fabulis saepenurnero videtis, eos qui aliquid imp:e scelerateque commiserim, agitaiï et perterreri Fuiiarum ta:dis ardentibus.... » (t'ro Sext. lî ose. Amer in. XXIV.)

<« Nôlite.... puiare.... ut in scena videtis, homines consceleratos impulsu deorum terreri Furiarum ta?dis anlentibus. Sua quemque fraus, suum facinus, suum scelus, sua audacia de sanitate ac mente deiurbat : bae sunt impiorum Furiœ, bas tlanmae, bae faces. Ego te non vecordem, non luriosum, non mente captum, non tragico illo Oreste aut Atham.nnte dementiorein putem, qui sis ausus, etc.... » (In Pison., XX.)

2. Par quel mécanisme? Bœtti.rer s'applique à le faire comprendre dans une note Intéressant*, Opusc, p. 354.

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La senne suivante, où l'ombre de Qytemnestre réveiller les Furies, cette scène, d*one conception si originale et d'un eiïet si terrible, n'a ;

Ice auprès du critique. Il emploie, pour la faire connaître, une traduction rie Lefranc de Pompignan, qu'il lui plat* de déclarer fidèle, et il ne manque p c ce

consciencieux traducteur . d'inlerrompre à io .t instant les discours de Clytemnestre par cette parenthèse bouffonne : les Ewnénides ronflent. Je sais fort bien que parenthèse n'est pas du fait de Lefranc de Pompigoau, qui l'a prise, ainsi que depuis De la Porte du Theil, d les éditions grecques. Mais je sais aussi qu'un judicieux éditeur, Boissonade, l'a supprimée1, et avoc grande raison. D'abord ces sortes d'explications, mises entre parenthèses, n'ont rien que de fort étranger à la poésie grecque, qui s'explique ordinairement assez d'elle-même, sans ce secours; ensuite, si les ronflements des Furies sont indiqués dans les vers d'Eschyle1, il est probable que Cytemnestre était seule à les entendre, ou que du moins, comme Ta pensé Brumoy, quelque accompagnement musical en tenaitJa place. La musique et la poésie peuvent tout exprimer1, et, présentée par elles, la réalité la plus ignoble et la plus repoussante se fait supporter. Boileau l'a dit, dans des vers devenus proverbe; la s:ène d Eschyle le prouve. Qu'on lise ce morceau, vraiment étonnant par la familiarité hardie des figures et des expressions, et, en même temps, par une éloquence que

1. Voyez son édition d'E^chvle, t. II, p. 147, 272. — 2. V. 53, 117,121.

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