caeruleos... impleiae crinibus angues Eumenides
fVirg.. Georg., IV, 482.)
Selon Pausanias, Attic, I, xxviii, 6, ces serpents mêlés aux cheveux hérissés des Furies étaient une imagination d'Eschyle. L'antiquaire, visitant les monuments d'Athènes, n'en a pas trouvé trace dans les représentations du temple des Eumenides, lesquelles, dit-il, ne présentait rien d'elha.ant.
noires avec des ceintures de pourpre, portant peiit-êlre des flambeaux dans leurs mains, rugissant, bondissant, abandonnées aux transports d'un délire sauvage. On a raconté qu'à leur apparition soudaine un mouvement de terreur saisit toute l'assemblée, que des femmes avortèrent, que des enfants moururent*. Ce fut, a-t-on ajouté, pour prévenir le relourde tels accHent , que, par une ordonnance des magistrats, le chœur fut réduit de cinquante acteurs à quinze2.
G s anecdotes, pour avoir été partout répétées, n'en sont pas plus certaines.
Ce n'est pas qu'on ait eu raison de douter3, malgré des passages formels de Platon*, ce qu'on peut raisonnablement conclure d'un trait précédemment raconté6, que les femmes assistassent aux représentations tragiques; mais il a dû paraître bien douteux que le chœur fût encore à cette époque si nombreux, surtout lorsque des témoignages anciens6 établissent positivement que, dans VAgamemnon, dans les Euménides, il se composait de quinze persounages. Ce dernier nombre a paru lui-même excéder de beaucoup celui que donnaient au poëte, pour ce cas particulier, les traditions mythologiques, et qu'il re pouvait dépasser sans choquer la croyance universelle. On a remarqué7 que quand la Pythie aperçoit dans le sanctuaire ces femmes dont l'aspect étrange l'étonné, elle les compare d'abord aux trois Harpies, aux trois Gorgones8; que le chœur, a ' moment où il sort enfin de son long assoupissement, débute par
1. Vit. Mschyl. — 2. J. Poil., IV, 15. — 3. Bœltiger (ibid.); après lui W. Schlegel (Cours de litt drainât.) , et autres.
4. Par exemple , le passage du Gorgias où Socrate appelle la tragédie : « .... une rhétorique pour ce peuple composé d'enfants, de femmes et d'hommes, de citoyens libres et d'esclaves confondus ensemble.... » (Œuvres de Platon, trad. par V. Cousin, t. I il , p. 350.) Bœckti, qui cite ce passage (Grœc. trag. prinerp., iv), renvoie à d'autres du II* et du VIIe livre des Lois. Voyez aussi, sur cette question, Bode (Ilist. ce la poés. gr. trag , t. III, p. 124 et suiv.).
5. Plutarch., Vit.Phoc, xix. Voyez plus haut, p. 108. — 6. Schol. AristopL., Equit., 586: schol. jEschyl. , Et men ,577. Voyez plus haut, p. 3'25. — 7. Blomrielii , pra?ftt. ad Fers., p. xix sqq. — 8. V. 48 sqq.
un vers qui semble n'indiquai que 'a% :
i ! août, le?o
lie1. » < )n i '.m v emtitrne', ,qo'
occasion, où I»; coryphée arole au chœur, il
lui arrive dN mploj i la forme dn duel*. De là on a conclu4 qo'Etch] ut conformé à la fable en ne : (luisant sur la scène que lee troii Puriei i le monde, Alecton, Mégère, Tisiphone. D'autres, avec plus de vraisemblance, ne pouvant croire à une rédaotioo si inusitée du chœur, prenant en considération des expressions par lesquelles Eschyle, et dans celte pièce et imune dans la pr ce lente', désigne les Euim'nides, celles de foule, de troupe, de troupeau, et autres sembla; comparant à ces passages un passage de Ylphigéftiê en Tauride d'Euripide6, où Oreste, bien évidemment, compte aussi un beaucoup plus grand nombre de Furies qu'on ne faisait généralement, ont pensé qu'à ces personnages consacrés Eschyle en avait arbitrairement associé, comme suivants, comme ministres, un nombre suffisant pour compléter le chiffre ordinaire du chœur, c'est-à-dire les porter a quinze7, ou, ce qui revient à peu près au même, qu'il les avait fait accompagner d'un nombreux cortège de spectres horribles*. Quoi qu'il en soit de ces diverses opinions, qu'Eschyle ait montré sur la scène, ou trois, ou qunz^, ou même cinquante Furies; que le public athénien ait été troublé, ou de leur nombre, ou de leur costume, ou de leur manière inusitée d'entrer sur la scène, en foule et tumultueusement, selon les uns, isolément, successivement, sel m les autres*, ou de tout cela à la fois; qu'a l'occasion de l'émotion causée par la pièce, on ait réduit, de quelque manière, le chœur; ou bien, cela encore a été
1. V. 185. — 2. God. Herm nn, de Choro Eumenidum jEsehuli; Opusc-, t. II, p. 126. — 3 v. 50. — 4. Blomfield et ceux qui 1. nt suivi. — 5. V. 46, 57. 192, 244, 400, 577. Cf. Cfveph., v. 1044.
6. V. 942 sqq. Ces vers sont peu d'accord avec le vers 1645 de Y Oreste.
7. God. Hermann, ibid., p. 124 ?qq. — 8. Barthélémy, Voyage du jeune Anachars>s, Lxrx.
9. Voyez les divers sens que donnent Bœttiger et Gnd. H^rm^nn, ibid., tu mot anootànv, employé par l'auteur grecde la Vie d
LES ETJMF.VTDES. 8^1
soupçonné', non sans arvparenre, qu'on ait interdit d'ajouter dorénavant an nombre consacré des Furies, une chose au moins reste établie, même par ces récits d'une autorité si contestable et d'un sens si controversé, c'est l'effet ter rible de la première apparition des Euménides. Plus tard, l'imagination des Athéniens se familiarisa avec ce qui l'avait d'abord tant effrayée, au point d'en souffrir la parodie dans les tableaux bouffons sinon de l'ancienne1, du moins de la moyenne comédie3, qui s'inspirait volontiers du souvenir des plus belles et des plus célèbres scènes tragiques.
Rien de plus vif que leurs plaintes. Apollon leur a dérobé leur proie ; il a profané la sainteté de son temple, en y admettant un impur suppliant. Ces reproches font sortir de son sanctuaire le dieu indigné. Avec une majesté de parole à laquelle s'alliait, on peut le croire, ce geste imposant qu'a retracé la statuaire antique, il les chasse loin de lui; les menaçant, si elles ne se retirent, de leur faire vomir, sous ses flèches, le san<? humain dont elles sont gorgées4. L'horreur que ressent pour ces filles affreuses de la Nuit le dieu de la lumière, éclate par des traits d'une singulière énergie; le repa;re ensanglanté d'un lion, voilà la demeure qui leur convient 1 ce riche temple est souillé de leur présence! « Fuyez, leur dit-il, troupeau sans pasteur, que nul dieu ne daignerait conduire 5. » Les Furies cependant défendent avec force, contre les mépris d'Apollon, la sainteté de leur minis-
1. God. Hermann, de Choro Eumenidum Mschyli; Opusc, t. II, p. 126.
2 Meineke (Fragm. comic. gr&c. . t. I, p. .V), après Fabricius. a rayé de la liste des comédies de Cratinns les Euménides, qui lui ont été quelquefois attribuées.
3 Voyez chez Me neke [ibid., p. 432, et III, p. 608) de piquants détails sur Y Autoclide-Oresle de Timorlès. Je ne puis croire, avec un érudit allemand, trop occupé d'établir l'unité des tétralogies du théâ tre grec, qu'Eschyle ait lui-mêu e pris l'avance sur le* irrévérences de la comédie, en parodiant le chœur de ses Euménides par un chœur de phoques dans le drame satyriuue intitulé Protc'e, qui fut joué, je l'ai dit plus d'une fois (voyez p. 29, 320, 333), comme petite pièce, après VOwstie.