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HISTOIRE CLNÉUALE DE LA TRAC ÉPI F. c;ni-:r.()HE.
On ne peut remonter à l'origine de la littérature grecque et la suivre dans son développement sans remarquer d'abord ce caractère d'originalité <;ui la distingue de la huérature latine, et de nos littératures modernes. Seuls, en re tous les peuples européens, les Grecs n'ont reçu d'aucun autre peuple l'inspiration poétique. On dirait même qu'ils n'ont point connu cette bai bar ie qui précède d'ordinaire la naissance de l'art; du moins le souvenir ne s'en est-il point conservé. 14W histoire poétique once pour nous à
Homère, à ce modèle de perfection que depuis on n'a jamais atteint; et tandis que, chez des nations moins heureusement douées, les premiers poêles invoquent un dieu inconnu qui souvent ne leur répond point, les Grecs ont, pour ainsi dire, reçu la poésie des Muses elles-mêmes, et les tables mythologiques qui attestent cette origine merveilleuse ne semblent être que l'expression de la vérité.
Gomment expliquer le développement spontané, la per-
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lion native de la
d'il
. .■ doi toutes pleinei d'enchantement! ; un intéri mêlait aux acte* 1rs plus sérieux, aui détails [et pi 01 vulgairei de leur existence. La poésie était
institutions; il est permis <ire,
elle s'élevait quelquefois elle-même au ranr; d'une institution religieuse et politique; il lui ('tait quelquefois donné d'exprimer, dans une sorte de langage public, les sentiments de tous, de prêter, pour ainsi dire, une voix à la patrie. Quel caractère singulier de gravité une tMle mission ne devait-elle pas communiquer aux hommes privilégiés qui, dans cette nation de poètes, méritaient d'être appelés les poètes par excellence, et que, d'un consentement unanime, tous reconnaissaient pour leurs interprètes! Faut-il s'étonner de trouver dans les premières productions du génie grec, dans les chants que fit naître une inspiration si sincère et si haute, tant de vérité et de grandeur?
La poésie se partagea de bonne heure ch&z les Grecs en divers genres, selon les diverses occasions qu'elle trouva de se produire, et aussi selon le goût particulier des poètes. Alors s'établit tout naturellement, sans réflexion et sans calcul, révélée par un instinct heureux, cette classification générale tant de fois débattue depuis par la critique.
Les uns, en l'absence de l'histoire, qui n'était pas encore née, se firent les historiens du temps passé : ils créèrent la poésie épique ; les autres entreprirent de sauver de l'oubli les traditions de la sagesse antique, les connaissances recueillies avec peine et lentement amassées par le travail des siècles : ils créèrent la poésie didactique, qu'un lien étroit unissait alors à l'épopée, car elle était aussi une sorte d'histoire du passé, qui satisfaisait aux premiers besoins de ces sociétés naissantes. Les poètes didactiques étaient vraiment, à cette époque d'ignorance,
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ce qu'ils u'ont jamais été depuis, les précepteurs et comme les législateurs de l'humanité. Ils polissaient les esprits, adoucissaient les mœurs, enseignaient la morale et les arts; leur* préceptes, parés de toutes les grâces de la poésie et du langage, flattaient l'imagination, se gravaient dans la mémoire, passaient u'une L'énération à l'autre, et perpétuaient ainsi les leçons de l'expérience.
Il s'en trouva un grand nombre qui se consacrèrent à célébrer les dieux et les héros enfants des dieux, à exprimer les sentiments d'admiration et d'amour que l'homme éprouve pour la Divinité et pour ce qui la jetrace imparfaitement, sur la terre; à peindre les affections les plus profondes et les plus vives, quelquefois les plus légères et les plus frivoles, l'enthousiasme religieux, l'amour de la patrie, le dévouement, le courage, la tendresse et la haine, la douleur et la joie, l'ivresse même des plaisirs : ils créèrent la poésie lyrique.
Telles furent les trois formes principales sous lesquelles se montra d'abord la poésie des Grecs, les trois genres que produisit, en quelque sorte fatalement, l'état primitif de leur société. Cultivés tous à la fois, dans l'âge fabuleux, par les Orphée, les Musée, les Linus, ils le furent aussi, mais à part, dans l'âge suivant par Homère et par Hésiode,* et par cette nombreuse élite de poètes lyriques, qui leur succéda. Seulement, on le conçoit, ils durent perdre beaucoup de leur importance, lorsque, par le progrès des connaissances, par l'invention de l'écriture, par la découverte de la prose, par l'établissement de l'histoire, ils furent devenus moins nécessaires.
Alors, comme le raconte Horace1, on commença à vofr dans la poésie un délassement, une distraction :
ludusque repertue
Et longorum operum finis.
Alors parut un nouveau genre d'une utilité moins directe 1. Ad Pison., 405.