Trist., Il, 381-408. — 2. Voyez plus haut, p. 12, not
touchai! enl, loin de tous lés Biens et de sa patrie,
(!ans nn pays barbare, le fait songer à Phil lam
sa solitude de I emnos1. La fidélité ou l'abandon de amis lui rappellent ce triomphe de l'amitié dont, au •lire des poètes, les contrées voisines du lieu qu'il habite furent autrefois le théâtre1. Son imagination transforme la fable de VJphiginie en Tauridé en tradition historique; il se la fait raconter par un vieillard qui l'a apprise de ses pères, et dont il entend le réc t; car, lu las 1 le gète, le aarmate, sont maintenaut sa langue.
o Nous au irés de vous par les froides eaux de Pis t r,
nous connaissons la beauté, la gloire de l'amitié. Il est dans la
hie, non loin d< ia, un pays dès longtemps nommé
Tauride; j'y suis né, et n'en rougis pas. La divinité du pays fut toujours La sœur do Phébus, dont le temple antique 88 voit encore avec ses hautes colonnes et ses nombreux degrés. Il s'y tn»u\ a il jadis une image de la déesse, venue du ciel, prétendaiton, et la cho lûre, car le piédestal existe. Pour l'autel, le marbre blanc dont il était construit a changé de couleur, inc ïamment rougi du Bang des sacrifices. Les victimes qu'immo e i ne femme non soumis-' à l'hymen, et supérieure en nobles tou es 1rs tilles de la Scythie, ce sont, ainsi l'ont institué nos , les étrangers, oondamnéa à tomber sous le couteau de la p: . Au temps où ce pays était gouverné par Thons, le [dus illustre des princes qui aient régné sur les rivages méotides, près des eaux de l'Euxin, il y vint, à travers les airs, je
lis quell ■ Iphi- pori '<■ par les vents, Phœbé, dit-on,
lui donna un asile daps son temple, dont elle devint la prêtresse.
: depuis de longues - elle prêtait à regret ses mains
à un cruel ministère, quand un vaisseau déposa sur nos lords deux jeunes gens. Ils avaient même âge, même amour mutuel : Fun était Oreste, l'autre Pylade; la renommée a conservé leurs noms. On s'empare d'eux et, sans tarder, on les conduit vers le
ible autid ce Diane, les mains liées derrière le dos. La prêtresse grecque répand l'eau lustrale sur leurs têtes que
oindre le sacré bandeau. Tandis qu'i Ile s'occupait de ces
et cherchait à les prolonger, elle disait aux deux infor-
: - Par mntz-moi, ie suis sans cruauté, et forcée à ces
a plus barbares que le pays même. Ainsi le veulent Dsagi s d ■ Be pe pi i. Mais VOUS, d'où êtes-vous venus ici? où alliez-vous sous de si ma heureux auspices? » Leur réponse lui
1. inst.. V, iv, 1» Ea PonfO, III, I, 54. —2 Tris'., V, iv, 25.
■K3ITU. — 10
146 HISTOII : IL1
fait connaître qt , faul rej r'-nd-
elle, qu'un u soit offert en fictin
l nuire, je i patrie et la
m enne. » Pylade veut ijo l : ils se
disputent a qui mourra ; c'esl les ait
jamais séparés. Tandis que continue cette noble lotte, la prêtres pour son frère une letl oelui qui doit la porter, celui à qui elle la remet, admirez les coups <: C'était son frère I C'en est (ait : ils s- la statue de la déesse, et le vaisseau les emporte au loin, à travers la mer immense. Cette merveilleuse amitié après bien des années, célèbre dans la S '.s
Ce morceau, écrit chez les Scythes, équivaut presque à une représentation de la pièce d'Euripide dans le p barbare où le poète en a placé la .^cène. Je ne puis mieux finir que par lui une revue qu'il me serait facile de poursuivre; car jamais n'ont cessé, dans l'antiquité, ces échos de toutes sortes, qui répétaient sui tant de tons divers, en tant d'occasions, en tant de lieux, les accents partis de la scène tragique.
Les arts eux-mêmes, inspirés d'abord par la grandeur d'Homère, par la variété des poètes cycliques, avaient fait pour ainsi dire de l'épopée, quand naissaient du génie de Phidias ces images divines de Jupiter ou de Minerve qui semblaient ajouter à la religion2; quand sous le ciseau de ses maîtres , de ses émules, de ses élèves, se déroulaient sur les frontons et les frises des temples, a Athènes, à Olympie, à Tégée , à Phigalie, dans toute la Grèce, quand étaient reproduits par la peinture, sur leurs murs intérieurs, les combats des Centaures et des Lapiihes, la guerre de Thésée et des Amazones, la lutte d'Œnomaûs et de Pélops , la chasse de Galydon', le cercle entier des aventures héroïques; quand le pinceau de Polygnote et de Panénus couvrait les murs de la Lesché de Delphes et du Pécile athénien, des mille personnages engagés dans l'action, ou de la prise de Troie, ou de la descente d'Ulysse aux enfers, ou de la
1. Ex Ponto, III, il, 43-96. — 2. Ouintil., Inst. orat., XII, 10. 3. Pausan., AV., xvri: FJi'i., x; Arcad., xlv, etc.
DE LA 1 R IGÉD1E 0R1 CQUE. 147
h taille de Marathon1. Depuis, se réduisant :> om-
poûtions de moindre dimension, de proportions plus arrêtées, plus précise s, d'une plus sensible unité, d'un mouvement, d'un intérêt passionnés, dramatiques, les arts 6rent louvent, à L'imitation dn théâtre, en concurrence lui, de la tragédie. Eschyle, au début d'une pièce sublime dont on doit bien r r la perte, avait montré l'incon-
solable Nio ISS depuis trois jours, la tête voilée, la
bouche muette, sur la tombe de ses enfants1, et de son corps immobile, couvant*, c'était l'énergique expression du greo, toute sa postérité ensevelie. On croirait <|iie Praxitèle, ou Scopas, car dès les temps anciens on h tait sur l'auteur de cette tragique seulp'ure, dont Florence possède probablement la copie4, on croirait, dis-je, que l'un ou l'autre de ces deux artistes entreprit de lutter contre la grande image d'Eschyle, lorsqu'il représenta Niobé, au milieu de ses enfants, de toutes parts frappés, recueillant dans son sein, pour le protéger contre les flèches vengeresses, le dernier, le plus jeune, et par un regard douloureux, désespéré, cherchant à désarmer la main impitoyable des dieux. Le temps nous a également ravi une pièce où Eschyle avait introduit Ajax et Ulysse se disputant les armes d'Achille6. Ce sujet, traité tant de fois et sous tant de formes diverses, avant et après le grand tragique*, fut reproduit par le célèbre peintre Parrhasius, lorsque, dans l'île de Samoa, il disputa, sans succès, le prix au non moins célèbre Timanthe. On a conservé le mot par lequel cet artiste, glorieux autant qu'habile, se vengea de sa défaite :^« Je plains, dit-il, le Rort d'Ajax, une seconde fois vaincu par un adversaire mdigne de luiT. » Panénus, parmi les peintures dont il
l. Pausan.. AU., xv; rime, \w nu: Plin.. Bist. nat.. xxxv, 3'..
Schol. Artatoph., Ban.. 922; schol. iEschyl. . Prometh., 433; I yl. Vit., etc. — :i. Hesych . v. 'Kw&fciv. \ l. Bermann.,
Vi ' 1828, t III, p. 'M. — 4. Plin.,
nat . XXXVI, ,; Aus.u).. Epitaph \nthol <ir.. IV, 9.
'OkXuvx( i rnorumjudietum, Pacuv., AU. fragra. — I
loin, liv. III. cli. i. — :. Atnen., Dcipn , \ '
IX, h , l'.in., uisi nat., XXXV, lo.
orna It trône sur lequel son Irère r
Jupiter d'Olympie, n
aujourd'hui perdu ',
Prométhée enchali
Sdphocle on peut rapporter, ce
d'autres productions de l'art; à son Térét, par exemple,
e alors célèbre1, dont il ne un groupe qu'on voyait à la citadelle d'Athènes, et l'émule de Phidias, Alcamène, avait exprimé la tragique situation de Pro^né, recevant dans ses bras h\a au moment où elle médi'e de se venger d'un époux sur un fils*; à son Philoclète, qui, demeuré vainqueur deux ouvrages célèbres où Eschjle et Euripide ont traité le même sujet*, devait surtout préoccuper l'imagination des artisies, peut-être cette statue de Pythagore de Rhégium, qu'on ne pouvait regarder sans croire ressentir, dit Pline6, les douleurs du luiros boiteux, et ce tableau de Parrhasius, où sa souffrance intérieure était attestée seulement par une larme s'échappant d'ut. œil enflammé 7. C'est un vers d'Euripide 8 qui rog| à Timanthe l'idée tant célébiée9, de couvrir d'un voile la figure d'Agamemnon dans son pathétique tableau du sacrifice d'Iphigénie. Sculpteurs et peimres, à cette époque, où, nous l'avons dit plus haut, Euripide faisait de l'expression l'objet principal de l'art tragique, s'appliquaient eux-mêmes à exprimer dramatiquement, tragiquement, par la forme, par la couleur, les affections de l'âme. En même temps qu'Euripide le leur enseignait par ses exemples, Socrate leur en donnait le conseil; c'est le sens des discours que Xénophon10 lui fait tenir à
1. Voyez plus loin. liv. II, ch. iv. — 2. Pàusan., Ehd. , n. — 3. Aristoph., Av., 100. — 4. Pausan.. AU., xxiv. Cf. Ter. AU. Fragm ; Ovid , Metam., VI, 619 sqq. — 5. Voyez plus loin, liv. Il, ch. m. — 6. Hist. nat., XXX IV, 19
7. Anlhol. grœc, IV, 8. Voyez aus<i Pline. Ht*, nat.. XXXV, 36, où l'on a proposé de lire, au l'en de Philiscum. Philnctete". Cf Plutarch., ùe Aud. poet. — 8. Iphig. Aulid., 1529. — 9. Cic, Orat., xxn; Val. Max., VIII, xi, 6; Quint 1. , Inst. orat., II, 13; Plin.. Hist. nul , XXXV, 3(î e'c.