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ESCHYLE
retrouvera sa raison *. Il ne pouvait se (aire sur le taon furi^uv, envoyé par Junon, qui joue un rôle si important
dans l'histoire des transports et des erreurs d^o :
Hoc quondam monstre horribiles exercuit iras Inachiae Juno pestem meditata juvencae « ?
Mais il en a parlé de telle sorte que ses paroles ont pu quelquefois» sembler l'expression métaphorique de la
frénésie. En même temps, il a pris soin de détourner notre pensée sur un objet d une nature plus tragique, le lantonae d'Argus, dont, tout mort qu'il est, l'e-rante lo
comme^ dit Horace*, ne cesse d'être obsédée. C'est avec habîlee, on le voit, qu'Esohyle, empruntant au monde
lantastique de la fable un personnage tel qu'Io, a su sans
t-op 1 altérer, et sans nous imposer non plus un trop
gratîd effort de crédulité, l'amener sur la scène des réalités dramatiques. Son grand art, au reste, a été, comme Il convient en des sujets de ce genre, d'ébranler tout d'àbord 1 esprit, de l'enlever à la réflexion, par la vivacité, 1 énergie, le pathétique de la peinture.
Tandis que Prométhée s'entretient de son malheur avec les Océanides paraît tout à coup auprès d'eux, conduite jusqu en ce désert par les voyages sans repos auxquels la
con Jamne la jalousie de Junon, l'infortunée lo. De lon^s
développements, dans lesquels s'est complu le poëte»
rendent, en vers admirables, d'abord le désordre de ses
sens et de ses pensées , sa fatigue, son découragement, son désespoir; puis, pendant une sorte de relâche accordée à ses transports, et que marque, comme toujours, le passa-e des mètres lyriques à 1 ïambe du dialogue, sa tendre émotion au spectacle inattendu que lui offre Prométhée enchaîné; sa surprise quand elle se voit connue de
lui, et qu'il se fait connaître à elle; les éclats de sa douleur en entendant de la bouche du dieu prophète le détail
des courses jnliuies qu'il lui rebte à accomplir en Europe,
^n->' oni^^^*A~, ^* "^''^-^J^'^'S- ,]II, 152. - 3. V. 584, 599, 618, 695 iOi,904. - 4. lo vaga, Horat., ad Pmn,, 124. - 6. V. 577-911. '
PROMETHEE.
en Asie, à travers des régions inconnues et pleines d'effrayantes merveilles, avant de trouver enfin le repos sur
les bords du Nil.
Ce détail, d'une géographie quelquefois embarrassante,
et bien souvent, bien diversement commentée*, nous paraît, dans un ouvrage dramatique, un bien long épisode. Mais Eschyle était d'un temps où se lisaient avec avidité
les relations, en grande partie géographiques, d'Hécatée, de Xanthus, d'Hellanicus, de Charon; où se préparaient celles d*Hérodote, qui ne le sont pas moins; où la connaissance du monde encore nouveau, ignoré, aux limites indécises, mystérieuses, peuplées de ces fables qu'un poë e
du siècle d'Auguste, Horace, disait habiter les bords de
THydaspe*, avait pour la curiosité et ^inexpérience des
Grecs un attrait tout poétique*. On peut croire que le
public pour lequel composait Eschyle ne se détournait pas sans plaisir de l'action elle-même, pour suivre, en imagination, au delà des bornes où s'arrêtait sa science, le fabuleux voyage d'Io*.
1. Voyez, entre autres^ à la suite de la trad. de lefranc de Pompignan, p 409 , des Éclaircissements historiques et géographiques sur les
courses d'Io. Welcker, assez récemment, leur a consacré les pages 127- 146 de son livre sur la Trilogie d'Eschyle ; M. Eug. Thomas, la plus
forte part de ses mémoires, rappelés plus haut, p. 255, 256; enfin
M. C. Hanriot n*a pu les omettre dans le résumé de la géographie d'Eschyle, que contient la dissertation publiée par lui en 1853 sous ce
titre : Geographia Grxcorum antiquissima, qualis ab Homero^ Ue-
siodOy jEschylo tradita, ab Hecatœo digesta et concinnata fuerit.