V. 1605 sq., 1615 sq. — 3. V. 1626 sqq
330 ESCHYLE
rapprocher des Perses VAgamemnon. Clytemnestre et Égisthe accueillis, au sein de leur affreuse victoire, par les malédictioDS des vieillards d*Argos, ne rappellent-ils pas, en
effet, pour la disposition scénique du moins, Xerxès vaincu, rentrant dans son palais, au milieu des lamentations, presque séditieuses, de ses Fidèles? C'est une chose vraiment remarquable, qu'Eschyle ait pu enfermer dans un même cadre des peintures si diverses, se ressembler autant sanu
se copier.
Il ne se ressemble pas moins par les caractères de son
style, ici, comme ailleurs, si familier et si sublime tour à tour, si plein de force et quelquefois, ce qui peut surprendre, de grâce, toujours si hardiment figuré. Que d'exemples j'en aurais pu citer, si je n'avais craint, en attirant trop l'attention sur des détails, de distraire par là de ce que je voulais surtout faire ressortir, l'ensemble de la composition, les traits rapides et profonds qui y remplacent le développement des caractères, la peinture énergique et vraie du sentiment et de la passion! Ainsi
Eschyle lui-même a-t-il jamais poussé plus loin la familiarité d'images et d'expressions permises au langage
tragique des Grecs, que dans ces passages des dernières
scènes, adoucis, peut-être à tort, par les traductions, où
le chœur compare le vêtement artificieux dans lequel a péri Agamemnon, au piège cruel de l'araignée*; les insultes dont Clytemnestre poursuit la dépouille de sa victime, aux croassements du corbeau sur un cadavre * ; la fierté de son lâche complice, Égisthe, à celle du coq près de la poule * : et, d'autre part, à quelle hauteur ne remonte pas, à chaque instant, l'imagination du poëte, par
exemple, dans les inépuisables figures sous lesquelles il
se représe te, ce que ramène sans cesse son sujet, la
ruine de Troie ? Ce sont les dieux qui vont aux suffrages,
et jettent dans l'urne oii s'agitent ses destinées, d'unanimes sentences de mort*; c'est la nuit qui Tenveloppa
4. V. 788 sqq. On retrouvera ces formes de jugement mises en action
AGAMEMNON
d'un immense et inévitable réseau *; c*est un lion cruel
qui pénètre dans ses murailles pour s'y repaître du sang
de ses rois 2; c'est le soc de Jupiter qui laboure son sol
maudit »; c*est le feu de la vengeance qui y v^t et dissipe en fumée dans les airs toutes ses prospérités*. Pour ce
poëte, aux yeux de qui toutes choses se transforment et revêtent, dans d'audacieuses métaphores, une apparence étrangère, les Alrides,^ après le rapt d'Hélène, deviennent des vautours, volant, tournant éperdus au-dessus
de leurs nids déserts, et dont les cris perçants attendrissent même les dieux»; Cassandre, plaignant son triste
sort, est, pour lui, comme l'oiseau qui, dans ses plamtes
infinies, semble répéter le nom d'Itys«: comparaison,
au reste, aimée des tragiques athéniens, qui en trouvaient le sujet tout près d'eux dans leurs souvenirs mythologiques et dans les bois de Colonel J'ai déjà dit de quelles riantes couleurs, de quel pinceau gracieux, e grave auteur à*Agamem7ion a retracé l'innocence et le malheur d'Iphigénie«, la heauté et le charme d'Hélène .
Il prend tous les tons dans cet ouvrage; mais si des exceptions inattendues l'y montrent gracieux et touchant,
il y paraît plus constamment sublime et terrible. Il y
abonde de plus en maximes au sens profond, au tour
fnippant. Nulle n'est plus en situation, d'une portée plus générale, plus appropriée a tout ce théâtre, dont elle résume la moralité, auquel elle pourrait servir d e-
au dénoûment des Euménides, v 666, 727, 733 jq^-» 7^0 ^^<î- Ovide les a élégamment retracées dans ces vers des Métamorphoses,
XV, 41 sqq. :
Mos erat antiquus, niveis atrisque lapillis,
His damnare reos. illis absoWere culpœ.
Nunc quoque sic lata est sententia tristis, et omnis
Ca.culus immitem demittitur ater in urnam. Oiiae simul effudit numerandos versa lapiUos,
omnibus e nigro color est mutatus in album; Candidaque Herculeo sententia munere facta Solvit Alemonidem.