Sept. adv. Theb.^ 49 sqq. Voyez, plus haut, p
2. Ce caractère général des Choéphores ne se retrouve pas plus dans le second acte de VOrestie française, rappelée plus haut (p. 309), que celui de VAgamemnon dans le'premier. La pièce d'Eschyle n'y prête
qu'un cadre, nécessairement trop étroit, à des situations, à des développements, renouvelés, quelquefois du reste heureusement, des deux Electre de Sophocle et d'Euripide.
3. Voyez Aristoph., Ran., 1139 sqq. Il résulte de ce passage, comme l'a remarqué Stanley, que si nous avons perdu quelque chose du début des ChoéphoreSj nous en avons du moins les premiers vers.
ESCHYLE
simple vue, tout le sujet est expliqué : c'est un exemple
de plus de ces expositions vives et frappantes qui parlaient aux yeux avant de s'adresser à l'oreille. Peut-être
Texacte vraisemblance interdisait-elle à Eschyle de présenter ainsi, dans un même tableau, des objets qui n'étaient probablement pas réunis dans la réalité, ce palais
habité par les assassins, ce tombeau où repose leur victime. Mais le poëte hardi qui, dans un premier ouvrage, avait hâté le cours des heures, pour opposer, par un rapide contraste, au triomphe d'Agamemnon, l'image de son trépas, crut pouvoir, dans celui-ci, disposer de Tes-
pace aussi librement qu'il avait fait du temps, et rapprocher, par l'arlifice de la perspective théâtrale, ce que
sépare, il est vrai, la réflexion tranquille, mais ce que
peut bien confondre, pour un instant, le prestige de l'illusion dramatique. Ainsi il trouva le moyen de rappeler, dès rouverture de son drame, à la pensée des spectateurs, sous des formes matérielles et sensibles, le souvenir du crime, sa longue impunité, Tapproche du châtiment. Les premières paroles d'Oreste continuent
cette exposition ; elles nous apprennent le dessein qui le
ramène dans sa patrie. Prosterné devant le tombeau de son
père, il lui promet la vengeance, et, pour gage de sa
tendresse filiale, il lui offre, selon l'usage, l'hommage de
sa chevelure qu'il vient de couper et qu'il dépose sur le monument. Pendant qu'il s'occupe de ces soins religieux
il voit sortir du palais une troupe de femmes vêtues de deuil, et portant des vases pour les libations; c'est leur ministère qui donne à la pièce le nom de Choéphores, que
je n'ai pas encore expliqué. Oreste comprend qu'elles viennent apaiser par un sacrifice les mânes de son père.
et croit reconnaître, au milieu d'elles, à sa profondé
tristesse, Electre sa sœur. Dans la surprise et dans l'attente où le jette ce spectacle, il s'écarte, avec Pylade, pour tout observer en eilence.
Ici commence une scène d une incomparable beauté,
admirée par Racine, louée unanimement par les critiques, fort bien analys'e et traduite assez heureusement
LES CHOEPHORES.
par La Harpe, qui l'appelle justement grande et sublime. Ces femmes chargées d'offrandes funèbres, et qui sont, comme le font supposer plusieurs passages*, des esclaves troyennes , s'avancent lentement vers le tombeau ; leur marche solennelle est marquée par des chants lugubres, où elles se plaignent de vivre sous le joug honteux des assassins d*Agameranon, oii elles rappellent la gloire et l'infortune de cet illustre roi, où elles expriment le sombre pressentiment du châtiment qui s'approche, où elles annoncent la tardive et inutile expiation qu'elles
viennent, sous la conduite d'Electre, offrir, au nom
d'une épouse coupable , à l'ombre de son époux trahi et massacré. Elles font vaguement connaître ce qui a troublé le cœur endurci de Glytemneslre, et cette révélalion de ses terreurs, de ses visions effrayantes, semble dévoiler aux yeux la puissance vengeresse qui veille invisible sur les coupables, qui s'apprête à les frapper, et dont rinstrument est tout prêt. Citons quelques traits de cet admirable morceau :
« Dans ce palais a pénétré la Terreur, aux crins hérissés, au sommeil haletant et inquiet, aux visions prophétiques : du fond de l'appartement des femmes, elle a poussé, dans le silence de
la nuit, un cri perçant. Les interprètes des songes, interrogés,
ont annoncé, ont affirmé, de la part des dieux, que ceux qui
sont sous la terre s'indignent contre leurs assassins et demandent Vengeance *. »
Au milieu de ces strophes sublimes , où l'horreur du crime et Tattente certaine et infaillible du châtiment sont si énergiquement exprimées, on rencontre une expression, reproduite plus loin', et qui s'est retrouvée bien des siècles après sous la plume de Shakspeare, lorsqu'il peignit les remords de Macbeth* :
c Tous les fleuves réuniraient leurs eaux, quUls ne pourraient
laver la tache d'une main parricide. »
1. V. 68 sq., 922. Cf. Euripid., Electr., 992; Hom., Iliad., II, 226.
2. V. 29sqq. — 3. V. 65 sq., 511. C'est une allusion aux purifications des anciens. Cf. Eumen.^ 446.
4. Acte II, se. I et acte V, se. i. Il semble affectionner cette ima^e : on la retrouve dans son drame, Beaucoup de bruit pour nen, acte IV, se. I. Leoniilo dit de sa fille, qu'il croit criminelle : « Tous les flots de
Electre a jusqu'à présent gardé le silence. Nous savons déjà, par de nombreux exemples du même artifice *,
qu'Eschyle aimait à préparer ainsi le rôle d'un personnage important. Cette ruse de composition dramatique,
d'un effet sûr et frappant, est ici aussi bien placée qu'il
est possible. Tant qu'a duré la marche du chœur vers le tombeau, Electre a dû se taire et laisser parler la douleur
de ses compagnes : il est naturel qu'elle ne prenne la
parole que lorsqu'elle arrive près du monument, et que
le moment est venu d'offrir aux mânes de son père l'hommage que lui adressent les remords et les terreurs de sa coupable mère. La Harpe remarque fort judicieusement
fout ce qu'il y a d'heureux dans cette fiction, iu.itée
depuis par les successeurs d'Eschyle, et dont on peut
faire honneur à l'imagination de ce créateur de l'art de
ce père de la tragédie. « Glytemnestre , dit-il, n'ose se présenter devant la tombe d'Agamemnon , qu'elle profanerait par sa présence. Elle envoie sa fille , qui est innocente et qui doit être chère à son père.... . Celle-ci hérite à accomplir l'ordre qu'elle a reçu; et son incertitude Offre une nouvelle explication de son long silence. Elle
demande conseil aux esclaves qui l'accompagnent et qui
partagent ses sentiments :
« En répandant sur cette tombe ces libations, quel lan^a^e
me permet la piété? en quels termes invoquer mon père ? L^ïii
dirai-je que je viens vers un époux chéri de la part de sa tendre épouse/ Non, je n'en ai point le courage. Je n'ai point de paroles pour accompagner une telle otTrande à la tombe paternelle Le prierai-je de récompenser, selon les lois de la justice ceux qui lui envoient ces présents, de payer dignement leurs forfaits? Dois-je enfin, me souvenant de l'indigne mort que reçut mon père, répandre sans honneur et en silence cette liqueur et quand la terre l'aura bue, fuir, comme dans les sacrifices
expiatoires, en jetant derrière moi le vase sans détourner les
yeux*?... »
« Si Electre balance, dit encore La Harpe, à implorer
l'Océan entier ne pourraient pas la laver, ni tout le sel qu'il contient rendre la pureté à sa chair corrompue. . Ici, comme dans Macbeth le mauvais goût se mêle à Ténergie de l'expression.