Poet., XVI. Cf. XI. — 2 V
'^^^ ESCHYLE
Violente où fat chez nous Voltaire, quand une cabale ennemie entreprit de le faire descendre au-dessous de Gré-
blllon. yoltaire se vengea de la haine et de l'envie qui se cachaient sous le mascjue hoDnete de l'admiratiOD , en décriant autant qu'il était en lui l'objet de ce culte hypocrite Dans un prétendu éloge du vieux poète, qu'on attectait de lui donner pour rival et pour maître , il censura sévèrement ses ouvrages : il fit plus : il les recommenca et, heureux dans la plupart de ces entreprises hasardeuses, il brisa ainsi Tidole sur l'autel même où on 1 avait consacrée. Toutefois il est resté quelque chose de
ses débris, et, tout mutilés qu'ils sont par la critique, ils
demeurent encore d'impérissables monuments de l'art. G est, sous des noms modernes, Thistoire d'Eschvle d Aristophane et d'Euripide. Il est assez curieux de retrouver à tant de siècles de distance, les mêmes passions, les mêmes talents, le même mélange de grandeur et de petitesse, et, pour complétera ressemblance, dans la même carrière, celle du théâtre, à l'occasion de pièces tirées des mêmes sujets. C'est un exemple frappant de la perpétuité de nos travers ; et si nous sommes d'abord
humiliés d'en voir la tradition si fidèlement conservée,
notre orgueil peut se consoler en pensant que nous n Savons pas été moins fidèles aux traditions du génie et de la gloire. Gomme Voltaire , Euripide se fâcha contre ses censeurs; comme lui, il critiqua et refît les ouvrages du poète dont on relevait l'antique renommée pour en accabler la sienne. Malheureusement il réunit cette double
tache que Voltaire a plus judicieusement divisée: mêlant, dans une même œuvre, la tragédie à l'épigramme. Il s exposa au danger de manquer à la fois les deux succès auxquels il avait prétendu. Son pathétique et ses plaisanteries devaient se nuire mutuellement , et c'était beaucoup exiger du public que de prétendre qu'il s'abandonnât aux impressions de la tragédie, et qu'en même temps il en détournât sa pensée pour s'occuper de la
manière plus ou moins imparfaite dont un autre avait auparavant, traité le même sujet. 11 n'est pas au pouvoir
LES CIIOEPIIORES.
de l'imagination la plus complaisante de suivre à la fois
des directions si contraires, et le génie même du poète,
quelle que fût la vivacité de son enthousiasme et de son
ressentiment, n'aurait pu les concilier. Euripide est resté
dans son Electre au-dessous d*Eschyle et de lui-même,
quoiqu'on y rencontre quelques traits de ce pathétique entraînant qui fait le charme principal de sa poésie, et qu'il ait eu la bonne ou mauvaise fortune d'y être aussi plaisant qu'Aristophane. Qu'on me permette de citer celte scène de parodie, unique peut-être dans l'histoire du théâtre, et dont on ne trouverait tout au plus un autre exemple que chez le même auteur. Traitant dans ses
Phéniciennes le sujet des Sept Chefs devant Thèbes, il s'était moqué de la loDgue description que fait, dans l'ouvrage de son devancier, des généraux de l'armée assiégeante, l'espion qui vient annoncer leur approche au roi thébain Étéocle. Il n'avait pas manqué de reproduire exactement la même situation, pour que son Etéocle pût dire :
c Je vais faire le tour des remparts, et placer à chacune de nos sept portes un commandant égal en valeur au chef qui doit
Taltaquer. Vous les nommer ici, tandis que l'ennemi est sous
nos murs, ce serait perdre un temps précieux».... »
On ne pouvait railler plus finement l'étendue démesurée des détails épiques où s'engage Eschyle dans ce passage fameux, qui ressemble plus à un chant d'Homère qu'à une scène de tragédie. Mais ce n'était là qu'un trait de satire décoché en passant. Dans Electre y c'est bien autre chose : c'est une parodie complète de la scène de reconnaissance qui nous occupe en ce moment Le poète suppose qu'un vieillard qui a élevé l'enfance
d'Oreste , vient trouver Electre sa sœur : nous dirons ailleurs à quelle occasion *. Electre remarque sur sa figure des marques visibles de douleur ou d'attendrissement; elle lui en demande la cause, et celui-ci lui apprend