UNE JEUNE FILLE
Les enfants éplorés sur la tombe d'un père. Les épouses en deuil au tombeau d'un époiix,
LES GHOEPHORES.
LE VIEILLARD
Mais si Oreste était en ces lieux, ne pourriez-vous pas reconnaître !a robe lissue de vos mains dont il était vêtu quand je
le dérobai à la mort?
ELECTRE
Ignorez-vous donc, ô vieillard, que j'étais encore enfant lorsque Oreste fut enlevé? Mais quand il serait possible que je lui
eusse tissé une robe dans un âge si tendre, pourrait-il la porter encore aujourd'hui, à moins toutefois qu'elle n'eût grandi avec son corps *....
Toutes ces critiques ne sont pas justes, mais quelquesunes le sont, et la forme en est piquante. Les Athéniens
purent dire d'Euripide à peu près ce que Caton dit un jour
La sœur désespérée au sépulcre d'un frère.
Offrent seuls leurs cheveux, don le plus saint de tous.
Regardez!... ces cheveux sont blonds, prodige étrange!
Blonds comme les cheveux de mon frère et les miens. Enfants, nous les tressions, tendre et charmant mélange I Et nul ne distinguait alors les miens des siens.
Voyez, avec ceux-ci formant une couronne. Je présente à vos yeux un mélange pareil;
Sont-ils plus ressemblants sur le front de Tautomnei Deux blonds épis dorés par le même soleil?
Attendez ! sur le sable il a laissé peut-être L'empreinte de son pas, le pieux visiteur?
Uélas '.quand autrefois nous courions dans la plaine. Mon cher Oreste et moi , nous tenant par la main, Et qu'au but arrivés, ayant repris haleine. Nous repassions tous deux par le même chemin.
De mes pas et des siens Tenfant cherchant l'empreinte, s'amusait à marcher sur nos traces ployé. Et pressant le terrain d'une nouvelle étreinte, Dans le contour du mien il appuyait son pied.
Et ce nouvel effort sur l'argile et le sable, Dans le moule étranger marquait aussi le sien, Seulement, plus petit, mais en tout point semblable, Il était débordé par le contour du mien.
Maintenant, s'il vivait, c'est moi qui sur sa trace, Comme il faisait jadis, marcheras à mon tour, Et verrais, dénonçant une commune race,
Son pied grandi du mien dérober le contour !
{Mesurant son pied dans la trace laissée par li pied d'Or§ste,)
O prodige ! mes sœurs, cette forme est la même I Jhésitais.... maintenant mon doute est éclairci.
■fi
ESCHYLE
de CicéroD après une plaidoirie fort enjouée, où Je grave
Nous revenons de loin en rentrant dans cette scèn«
d Eschyle, dont le début est peut-être un peu fa We I ! qui se termine par des développements d'une eloaurée
ES S'^^'^'/P-^ 1- P--ers transir d leur joie, le frère et la sœur s'excitent mutuellement à la
vengeance s'encouragent au parricide, par e souven r du tr pas de leur père qu'ils se retracent Lus esTa" les plus vives et les plus frappantes. Les beaux verTaue Grébillon met dans la bouche de son Palamède et au son
Tltl IT' ^'' ""^T'-^' n'approcCttj an
pas, malgrd eur énergie, du sombre et effrayant tableau
que peint ici à grands traits le génie d'E/chy e ans rival dans ce genre d'expression. Le crime de Glvtmneslre s y reproduit de nouveau à l'imagination des Ctateurs et presque à leurs sens épouvantés : le Të e montre a leurs yeux et fait retentir à leurs ordlles Ls coups forcenés sous lesquels succomba l'imellu Enivres tout ensemble de douleur et de rage ses maXu reux enfants dans une sorte de duo terrib , appe £ à grands cns le châtiment sur la tête des co'upaTe i!
acceptent avec une sorte de joie féroce, qui fait fré'm r
horrible ministère que leur confie la pitiél De tin T i
semble que nous les voyions recevoir, de ses mains' in-
ORESTB.
Me voici I
des plus belles scènes Sh^rdroplfocl^fi^p'''^ °" ^''^''^
en vers français Pans i«/«/ lî ^0P"0Cle el d'Euripide, traduites sance, par c(» paroles d'Oreste v? 2Î9 soa • * "* ^ reconnais-
aux miennes, tu étais trans,,o!Kïoie ^t'^croK^vr T '""*
LES CHOÉPHORES
flexibles, le glaîve dont un fils va tout à l'heure frapper une mère *.
Nous ne sommes séparés de ce dénoûment, mis en action par la hardiesse du poète , et auquel ses habiles préparations ont su accoutumer la pensée, que par des chants où, à plusieurs reprises, le chœur l'appelle, le célèbre
d'avance ; que par quelques scènes d'une grande familiarité, et qui, à part certains détails, offriraient peu d'intérêt, si Ton n'y trouvait quelque chose d'absolument nouveau chez Eschyle. Cette nouveauté, restée unique dans son théâtre, du moins dans ce que nous en avons, c'est un commencement d'intrigue dont se sont heureusement emparés, pour le développer, ceux qui l'ont suivi, en traitant
le même sujet : elle est , il importe de le remarquer, le
premier pas fait par l'art dramatique des Grecs, d'une' fable sans action, sans péripéties, vers une autre plus étendue, plus variée, plus attachante, de la tragédie simple vers la tragédie implexe,
Oreste, qui , en présence du chœur, ce discret confident de tous les secrets de la tragédie*, a fait part à Electre de ses desseins, qui même, chose étrange pour nous, mais ordinaire dans ce théâtre, où Ton ne se piquait point
encore, il me faut souvent le répéter, d'exciter la curiosité, l'attente, la surprise, n'en a rien caché aux spectateurs, Oreste reparaît, comme il l'avait annoncé, avec
Pylade, tous deux en costume de voyageurs. Il frappe à la
porte du palais qu'il a bien de la peine h se faire ouvrir, et, reçu, en Tabsence d'Egisthe , par Clytemnestre , lui conte fort naturellement la fable que, par malheur, nous savons déjà. Venant de Phocide, dit-il (est-ce, ainsi qu'il se le proposait*, pour plus de vraisemblance, avec l'ac-
1. Voyez dans un ouvrage déjà cité plus haut, p. 100, dans le Cours de littérature dramatique de M. Saint-Marc Girardin, t. II, p. 83 et
suiv., un beau commentaire de cette scène. Le judicieux et éloquent critique, occupé surtout de l'usage des passions dans le drame, s'applique à montrer comment Eschyle, tempérant l'horreur par la pit-é a mêlé à des éclats d'indignation et de haine, à des souhaits de vengeance, de l'accent le plus énergique, rexpression touchante de l'amour fraternel.