Voyez plus haut, p. 2.j9 et suiv
3. V. 391-463-. L'auteur d'une dissertation à laquelle DOUS avons
LES EUMENIDES
la juger . Le calme majestueux de Minerve contraste heu-»
reusement avec les mouvements tumultueux qui ont précédé, et le singulier procès qui va 8*ouvrir excite une grande attente.
A la suite de quelques chants, où le chœur, qui pressent
Tissue du jugement, déplore d'avance l'atteinte qu'en recevront la sainteté des lois morales et la dignité de leurs ministres , Minerve reparaît , avec le tribunal qu'elle vient
d'instituer. Un héraut, par son ordre, convoque le peuple
au son de la trompette; on s'assemble, et lorsque Apollon, qui se présente comme témoin et défenseur de Taccusé*, a
fait admettre son intervention, malgré l'opposition de Tacplus d'une fois renvoyé, fait, au sujet de cette information, laremarque suivante, qu'on nous saura gré de rapporter :
« (La tragédie grecque) leur donne (à ses dieux), à satiété, les épî-
thètes de TiavSepxyjc, TravÔTctyiç, eùputoil/, etc.; mais il semble que ces épithètes s'appliquent seulement aux yeux de leur corps et à la supériorité de leurs organes comparés aux nôtres. Ils entendent, ils voient
à des dislances incroyables, mais seulement ce que nous pourrions voir et entendre nous-mêmes à des distances plus rapprochées, c'està-dire les objets qui tombent sous les sens. Ainsi Minerve a entendu des bords du Scamandre les prières d'Oreste, poursuivi par les Furies, aussi aisément que dans une autre occasion elle se fait entendre à son tour, au fils d'Agamemnon , des rivages de la Tauride jusque sur son vaisseau (Euripid.,/p/iî<jf. Taur., 1447). Car elle a l'oreille fine autant que les yeux brillants, et, selon la comparaison d'Ulysse, sa voix retentit comme le son de la trompette tyrrhénienne (Sophocl.,i4j., 17). Mais elle ignore les attributions et jusqu'à Vexistence des Furies qu'elle n'a jamais vues parmi les dieux ; elle ne sait pas davantage le nom de son suppliant, ni s'il approche de sa statue des mains pures ou
criminelles. Elle a besoin d'entendre tous ces détails de la bouche des
personnages pour s'en instruire..., v [Pu merveilleux dans la tragédie grecque, par E. Roux, p. 133.)
Jusqu'à Vexistence des Furies est de trop, comme on peut s'en convaincre en relisant le vers 412 des Euménides,
1. Des trois tragédies comprises dans l'antique Orestie, les Euménides étaient certainement, pour un auteur moderne, celle qu'il pouvait le plus difficilement faire accepter à son publi:. Elle agit bien encore sur nous par des tableaux frappants : mais , outre qu'elle ne salirait nous attacher, comme les Athéniens, par un intérêt local et présent, son sens mythique ne nous apparaît pas avec assez d'évidence, et l'on risque, en voulant l'éclaircir, de la dénaturer. Je crains bien que l'auteur de la nouvelle Orestie, voyez plus haut, p. 309, 341, 350, 363) n'ait supposé bien hardiment (acte III, scène iv) qu'Oreste a
pour défenseur, devant l'Aréopage, non plus, comme chez Eschyle, Apollon, qui ayant conseillé, ordonné Tacte, doit son appui à l'agent,
mais Electre! Electre qui dans cette pièce, plus que dans toute autre,
ESCHYLE
LES EUMENIDES
cusateur, le débat commence entre les parties, par ce dialogue d'une e'nergique concision :
LE CHŒUR
Réponds d'abord, as-tu tué ta mère î
ORESTE
Je Tai tuée; cela ne se peut nier.
LE CHŒUR
Première épreuve, première chute I
ORESTE
L'athlète n'est point terrassé ; vous triomphez trop tôt.
Dis-nous, maintenant : comment Tas-tu tuée ?
ORESTE
Je vous le dirai. De cette main, armée du glaive, et qui frappa
son sem. ^^
LE CHŒUR
. Et qui t'y a poussé? quels conseils?
ORESTE
Les oracles de ce dieu; il est là pour l'attester.
LE CHŒUR
Un dieu prophète, t'ordonner le parricide I
ORESTE
Sans doute, et jusqu'ici je n'accuse point la fortune,
LE CHŒUR
Que leurs suffrages t'atteignent, tu changeras de langage.
ORESTE
J'espère mieux. De son tombeau mon père me protégera.
LE CHŒUR
Compte sur les morts, je t'y engage, assassin d'une mère I
peut-être, a poussé son frère au parricide, s'est faite sa complice, mériterait, au même titre, d'être poursuivie par les Furies, loin de pouvoir le sauver d'elles. Ainsi en pensait Euripide qui, dans son Oreste, a traduit la sœur avec le frère devant le tribunal des Argiens , les y a
fait tous deux frapper de la même sentence (voyez plus loin, livre IV chap. viij. ^ j i . t
ORESTE
Deux crimes provoquaient ma vengeance.
LE CHŒUR
Comment! fais-le voir à tes juges.
ORESTE
En tuant son époux, elle avait tué mon pèro.
LE CHŒUR
Mais tu vis, toi ; et elle, son trépas sanglant Ta affranchie.
ORESTE
Vivante, que ne la poursuiviez-vous?
LE CHŒUR
L'homme qu'elle avait tué n'était pas de son sang«
ORESTE
Et moi, suis-je donc du sang de ma mère?
LE CHŒUR
Hé quoi, ne t'a-t-elle pas nourri dans son sein, scélérat?
Oses-tu renier le sang maternel, le sang le plus cher * ? »
Ces dernières paroles servent de prépaiation à un argument bizarre qu'Apollon doit bientôt faire valoir en faveur de son client^. Après avoir retracé pathétiquement l'assassinat d'Agamemnon qu'Oreste, poussé par ses
oracles, a justement puni en immolant Glytemnestre, il
établit entre le meurtre d'un père et celui d'une mère,
entre les liens plus ou moins étroits qui lient les enfants à l'un et à l'autre, des différences qui nous paraissent à
nous, bien subtiles, bien choquantes même, mais dont les anciens ne jugeaient probablement pas ainsi, puisque,
enseignées par un grand philosophe de cette époque, Anaxagore', elles furent reproduites, après Eschyle, par Euripide , avec peu de succès, il est vrai, dans son
2. V. 650 sqq. A la suite de la traduction d'Eschyle par Lefranc de
Pompignan se lisent des Observations sur ce passage des Euménides