‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 160 sur 893 · Anstot. , de Animal, gen · texte numérisé non relu

Anstot. , de Animal, gen

ESCHYLE

Oreste\ et même ailleurs encore ^ Apollon, du reste, en avocat habile, mêle à son plaidoyer Téloge de son juge, et

la coDsidé ration des avantages que pourra lui valoir l'abso-

lulion de Taccusé'.

Voilà la cause instruite. Minerve ordonne qu-on ar»rd aux

suffrages, et, tandis qu'on s'occupe de ce soin, elle fait au peuple d'Athènes, témoin de la délibération, un magnifique

tloge du tribunal qu'elle vient d'établir à jamais, pour réprimer et prévenir le crime chez son peuple chéri, tribunal dont il doit bien se garder d'altérer jamais, par aucun mélange, la sévère et salutaire institution. Cependant Apollon et les Furies, inquiets du jugement

qui va se prononcer, cherchent par des insinuations, par des menaces, à influer sur la conviction des juges, et' s'attaquent mutuellement de sarcasmes amers. Il ne reste plus qu'un suffrage à recueillir, c'est celui de Minerve : la déesse le donne à Oreste; elle n'a point eu de mère;* le

meurtre d'une mère la touche moins que celui d'un père.

Le moment décisif est arrivé. Au milieu de l'anxiéti

générale, on renverse les urnes pour compter les suf-.

1. V. 541 sqq. Voyez plus loin liv. IV, cbap. vu. 2. Fraom tn, cer«. , x/.iy. Cf. Stob. , nt. lxxix, 27. '•t^yn.in--

3. Le rôle que joue Apollon dans les Euménides s'accorde Deu avpc ce quon lit chez Photius et chez Suidas d'un Oreste de Carcinus où Oreste « forcé par le soleil (c'est-à-dire par Apollon) de convenir au'il avait tue sa mère, répondait par énigmes. • Voyez Meineke Hist rrit

comic. gnm, p. 510; W. C. Kayser, Hist. rrit. trag, qtxc d* lOo

101; Fr. G. Wa.ner, Poet trag. gr.rc. fragm., éd. Fj'DTdot ^ ^85 su7 ce passage diffic.le et controversé , fort curieux toutefois comme témoignage de la recherche et de l'obscurité qu'aiïeciait alors le stvle tra

gique Un des défauts de la tragédie grecque, dans sa décadence et cette décadence, nous l'avons montré (voyez p. 42 et suiv ) datait k certains égards d'Euripide, c'était de reproduire sur la scène l'areu mentation sophistique du barreau. Aristote {Rhet., II 24 3) nous a conservé le souvenir d'un Oreste de Théodecte, où la défense d'Oreste

avait ce caract.Ve. « Il estjusfe, disait-il, qu'une femme qui a tué son mari soit mise a mort. Il est juste aussi qu'un père soit vengé par son nls. Or, cest ce qui est arrivé. . Aristote fait remarquer ce au'il v a de captieux et de faux dans ce raisonnement, la justice invoquée par

Oreste disparaissant si l'on reunit ce qu'il sépare, et si l'on rétablit ce qu 11 omet; car alors il ne semble plus juste que ce soit par son fils

?J)^^^^J^°^°^® coupable soit punie. Voyez sur VOreste de Théodecte W. G. Ka,Yser, ibid., p. 120; Fr. G. Wagner, ibid., p. 118. '

LES EUMENIDES

f rages* : ils se trouvent égaux. Aux termes fe la législation athénienne *, Oreste est absous.

Dans sa reconnaissance, le fils d'AgamemnoD, au nom du peuple qu'il va gouverner, jure au peuple de Minerve une amitié éternelle. Si jamais les Argiens rompaient ce pacte

sacré, son ombre les en punirait.

De leur côté, les Furies s'emportent contre l'auclace des nouveaux dieux, qui dépouillent ainsi de ses privilèges la race antique des Titans; elles s'apprêtent à frapper

cette contrée, où on les outrage, de leurs fatales imprécations.

Minerve, déesse de la sagesse, de la persuasion, après les avoir écoutées avec calme, leur représente que c'est à tort qu'elles s'irritent ; qu'elles ne sont point vaincues : Oreste n'a été sauvé que par l'égalité des suffrages ; son absolution est toute de grâce et de faveur; Toracle d'Apollon l'avait prédit; Jupiter l'a voulu. Au lieu de se venger sur une terre innocente que sa divinité tutélaire saurait au besoin protéger, qu'elles y acceptent plutôt un

temple et des honneurs. Ces raisons, Minerve les reproduit plus d'une fois sans se lasser, mêlant la déférence à la dignité, la prière à la menace, jusqu'à ce qu'enfin tombe, devant sa douce et vive éloquence, un courroux qui tantôt éclatait, tantôt grondait cornme un orage. Alors, ainsi que ce prophète dont parle l'Écriture, qui, ouvrant

la bouche pour maudire Israël, ne pouvait trouver que

des bénédictions, les Furies, apaisées et devenues bienveillantes, les Euménides* appellent sur l'heureuse Atti-

1. Sur ces formes de jugement, auxquelles le poète a emprunté une des plus vives figures de son Agamemnony\, '88 sqq., voyez plus haut, p. 330, note 2.

2. Euripide, Electr., 1256 sqq , en fait remonter l'origine à cette

absolution d'Oreste, sur laquelle il revient, Iphig. Taur., U69; Aristophane y fait allusion , Ran., 695; Aristote en cherche l'explication, Problem., XXIX, 13.

3. Selon l'argument grec, c'est Oreste qui leur donne ce nom; selon Harpocration, v. EOiaevCôe;, c'est Minerve. Ni l'un ni l'autre : il n'est point prononcé dans la pièce ; on le trouve au vers 477 de VŒdipe à

Colone, où Sophocle fait remonter beaucoup plus haut qu'Eschyle le

culte des Euméoides à Athùnes.

Mt

^^2 ESCHYLE

que la concorde, layictoire, la paix, l'abondance , foutes les prospérités tous les biens. A ces souhaits souvent répètes répondent de fréquentes actions de grâces. Un cortège de femmes de tout âge, revêtues de pourpre et portant des flambeaux dans leurs mains, conduit vers la demeure qui leur sera désormais consacrée les nouvelles

divinités du pays. Ainsi l'art du poète termine ce hm en-

Chamement de calastrophes tragiques, cette trilosie terrible

et sanglante, par le tableau consolant d'une fête sacrée

par des concerts pieux partis de la scène et auxquels répondent de 1 amphithéâtre de joyeuses et bruyantes acclama- Il faut le remarquer comme un témoignage du caractère national qu avait chez les Grecs la tragédie, de l'intérêt vi-

Dico vicisse Orestem ; vos facessite I

hR ij- fih '"' Pa."2 ' «' <=o°"»e ladmet aussi 0. Ribbeck (rrà„

lat. reltg, 1852, p. 270), c'était au rôle des Eumén de "faisant h?;

vœux^ pour la prospérité du sol et du DeuDleXniln ''''?"' .'^f'

:^L\P°.!;^..i*.P>^°^Pé^ité du sol et du peuple"atVénirn7qû?pparr

ir Cicéron {Tusc, I, 28. Cf.^schyl.

raient ces vers retenus et cités par Eumen., y. 892, 928 sqq.)

Coelum nitescere, arbores frondescere Vîtes laetifi ae pampinis pubescere, '

Rami baccarum ubertate incurviscere Segetes largiri fruges, florere omnia, *

Fontes scatere, herbis prata convestirier. *îf^A ^/'^^ Vicisse Orestem du premier passade rend avpr nAn A'^^r.^

tttude le vers 744, par lequel &,nerve annofceT'XoTutlon-Oreste;

« Cet homme échappe à la peine du sane versé . Oj yàp ve.t/.r.oO' ....

LES EUMÉNIDES

yant attaché à ses représentations ; les spectateurs faisaient ICI partie du spectacle ; de témoins, ils étaient devenus insensiblement acteurs ; c'était eux que la Pythie invitait à consulter l'oracle ; eux que le héraut convoquait au jugement d'Oreste; eux à qui Minerve recommandait le respect éternel de ses lois et de son tribunal ; eux enfin dont les applaudissements saluaient rinstallation solennelle des Eu-

niénides. Une illusion adroitement ménagée les avait rendus,

pour un moment, contemporains de ces antiques et fabuleuses aventures.

Et combien de circonstances aidaient à ce prestige de l'art 1 Non loin du théâtre qui les rassemblait,

étaient, voisins l'un de l'autre, le temple*, le tribunal, dont on leur exposait la merveilleuse histoire, si célébrée dans leurs traditions 2; ils assistaient tous les jours aux rites de ce culte , aux formes de cette procédure , exactement reproduits sur la scène et consacrés

ensemble à leurs yeux par la sainteté d'une commune origine*.

Une allusion plus directe ajouta à cette pièce un vif

I 126^""^" ^^^^^'^'' ^^^^ ^'î^-i Pausan., Att. , xxvm; schol. Thucyd.,

2. Les marbres de Parcs, la chronique d'Eusèbe, un passage d'Athé- " .oV/* ,^' ^^^^?^ Phanodème, un autre de Tzetzès sur Lycophron nAi?J i: r^^J^nt le procès d'Oreste devant l'Aréopage sous le règne dé ?n to& H 'pT^' ^5^'^^- «^l'^"ic"s, le jeune sans doute, au rapport du scoliaste d Euripide {OresL, y. 1648), l'avait raconté. Les orateurs y faisaient de fréquentes allusions (voyez Démosthène, in Aris^

tocr., etc.). A Rome même, où la pièce d'EschvIe avait été imitée par Enmus, Cicéron le rappela dans son plaidoyer pour Milon (c. III).

II laut dire cependant que plusieurs de ces autorités, et d'autres qu'il

serait trop long de citer, renvoient à des temps beaucoup plus reculés

institution de 1 Aréopage, faisant juger parce tribunal Thésée, après e meurtre des Pallantides; Dédale, sous Egée ; Céphale, sous Érechthee ; enfin sous Cranaûs, successeur de Cécrops, Mars lui-même , lugement dont il aurait, comme le lieu où il siégeait, pris son nom. C'est ce que rapporte, entre autres, Pausanias (AU., xxvm). Il va sans dire que cette étymo ogie n»est point adoptée d'Eschyle. Selon lui (Eumen., 677 sqq.), la colline de Mars a été ainsi appelée parce que les Amazones y ont sacrifié à ce dieu , lorsqu'eUes y campaient dans leur guerre contre Thésée. ^ j ^

3. Voyez sur le rapport du culte des Furies avec la procédure de

1 Aieopjge,et suri exacte reproduction des formes de l'un et do l'autre.

ESCHYLE

intérêt. VersTépoque où elle fut jouée, c'est-à-dire vers la troisième année de la lxxx« olympiade*, le démagogue

Ephialte, ministre des desseins ambitieux de Périclès, avait cherché à soulever les Athéniens contre Tautorité de TAréopage, et par suite de celte criminelle tentative, probablement, avait été trouvé tué dans sa maison 2. Une rencontre toute fortuite a-t-elle pu faire que, si près

de cet événement, Eschyle ait rappelé la divine institution du tribunal menacé, et, par la bouche de Minerve, exhorté les Athéniens à la maintenir? Non, sans doute,

et j'adopte comme évidente la conjecture ingénieuse * qui voit dans les Euménides ^ sous les formes du drame,

un plaidoyer politique. Tel était à Athènes le droit du poète tragique, du poète comique lui-même, et on ne pouvait en user mieux que pour protéger, contre la

turbulence démocratique, l'ancienne constitution de l'État.

Ce n'est pas, il s'en faut bien, dans la pièce d'Eschyle, le

çeul indice de cette préoccupation de citoyen, qui faisait de la scène une tribune. Plusieurs passages, que j'ai à dessein indiqués dans mon analyse*, se rapportent incontestablement à une ligue d'Athènes et d*Argos que l'histoire *,

précisément, nous apprend s'être conclue Tannée même où parurent les Euménides.

A cet intérêt de l'allusion politique * se joignait celui

dans les Euménides d'Eschyle, le savant mémoire de M. Lebeau jeune, Acad. des Inscript.y t. XXXV, p. 433 et suiv. Cf. Bœttiger, les Furies, etc , ouvrage précédemment cité, p. 362 et suiv.

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