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SOPHOCLE
conduit à Locres près d'Oïlée , soit qu'Oïlëe fiit venu visiter Télamon à Salamine même. Quoi qu'il en soit, il arrivait que le consolateur apprenait à son tour la mort de son fils, et qu'il se trouvait sans force contre sa propre douleur. A ce sujet, le poète faisait ou du moins faisait
faire à un des personnages, peut-être au chœur, cette
réflexion qui nous est parvenue doublement, en latin ,
lans la traduction, soit de Cicér»r lui-même, soit
i'Ennius, en grec, dans les vers de b:H»^ocle , conserves
par Stobée*. On aimera peut-être à comparer les deux passages. Sophocle avait dit :
« Que de sages comme celui-ci, qui, après avoir trouvé de belles paroles pour consoler le malheur d'autrui, devenus à leur tour l'objet des rigueurs de la fortune, et frappés de son fouet cruel, oublient à l'instant leurs propres leçons! »
Eanius a dit à son tour .
« Il n^est pas d'homme si sage, qui après avoir consolé par ses paroles la misère d'autrui, devenu à son tour l'objet des ri-
gueurs de la fortune, ne succombe à cette atteinte imprévue et n'oublie ses propres leçons. »
Nec vero tanta praeditus sapientia Quisquam est, qui aliorum aerumnam dictis allevans, Non idem, quum fortuna mutata impetum Gonvertat, clade subita frangatur sua ;
Ut illa ad alios dicta et praecepta excidant.
Dans cette longue revue d'auteurs de tragédies ne négligeons pas de faire intervenir, en finissant, un prince
atteint, comme chez les Grecs Denys , mais bien plus
modérément , de la manie tragique. Il ne s'agit pas de moins que de l'empereur Auguste lui-môme. Il s'était
amusé à composer, avec un AcJiille^, un Ajax^. Mais lui qui avait supprimé prudemment," pour que la dignité impériale ne couriit pas le risque d*en être compromise, ÏŒdipe de son père adoptif et de son prédécesseur Jules
Macrob., Sat.j II, /|. > ^ * ° j
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César*, ne pouvait manquer d'user, en ce qui le concernait personnellement, de la même prudence. Il laissa là scu Ajax commencé , il passa dessus l'éponge ; et comme un certain Lucius, Lucius Varius peut-être Tauteur du Thyeslc , lui en demandait des nouvelles, en confrère
obligeant, « Mon Ajax, dil-il, par allusion à la chute du
héros sur son épée , il est tombé sur l'éponge : respondit,
Ajacem suum in spongiam incubuisse,
A ces tragédies il faut encore ajouter, pour être complet,
Timitation de YEunjsacès de Sophocle par Atlius, peutêtre même une imitation bien antérieure du même ouvrage
par Livius Andronicus. Il me semble en trouver la trace, non encore remarquée, que je sache, dans un passage où Varron parle non-seulement d'Épiménide, qui, après un sommeil de cinquante années, n'est reconnu que par quelques personnes, mais du Teucer de Livius, méconnu, après
quinze ans, de tous les siens *.
Tous ces ouvrages popularisaient, chez le public romain, rhistoire de la famille d*Ajax; elles le préparaient
à l'usage qu'en devaient faire épisodiquement, dans des compositions d'un autre genre, les poètes du siècle d'Auguste et des âges suivants, par exemple, avec Ovide, dont nous avons déjà parlé, Horace et Virgile et plus tard Juvénal.
Horace était à l'irstaut compris de tous ses lecteurs,
lorsque, faisant argumenter à la manière des maîtres du