‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 20 sur 893 · Bacch.. V · texte numérisé non relu

Bacch.. V

2. Voyez la dissertation de Bœttiger, Arist^phanes impunitus deorum gentikum trnsor. 1790. {Opusc, p. 64 sqq ) /'"'*"''* ««o

3. Senec ^^^^ 115. Cf. Delleroph. fra^m. - 4. Plutarch., de Au^

dund. poet.^^ 5. Plutarch., Àmator. Cf. Jlcnalipp. fragm. - 6. Ch

îo'-fn"^' $f^^ ^^'tî^^ ^^^"'^ ^'^^^ ie* ancien*. Revue des noux-Mondcs jooy, t. AlA, p. tj57.

DE LA TRAGEDIE GRECQUE

sî, selon d'autres récits, ses juges ne se fussent souvenus

qu'il avait reçu d'honorables blessures dans cette môme bataille de Marathon, où son frère Cynégire avait si héroïquement péri; si son autre frère Aminias ne fût venu produire pour sa défense le bras qu'avait mutilé le fer des

Perses à Salamine *. Nous ne sommes pas, nous autres

modernes, aussi faciles à scandaliser sur ce sujet que

les Athéniens, et nous n'avons pas les mêmes raisons

pour prendre contre Euripide la défense de leurs dieux :

ces dieux toutefois étaient ceux de la tragédie, et au nom de la religion de l'art il nous, est peut-êlre permis de réclamer contre le rôle insignifiant, équivoque, même dérisoire qu'il leur a donné, supprimant ainsi, avec cette puissance fatale, jusque-là Fâme du drame, Funité qu'elle imprimait à sa marche et la sombre majesté dont elle l'en-

lourait.

Est-ce donc à dire qu'Euripide ait complélement effacé de ses œuvres la fatalité? Non sans doute, et, pour

être juste, il faut se hâter d'ajouter qu'il Ta plutôt déplacée. Eschyle et Sophocle avaient peint les dieux précipitant les mortels dans des malheurs inévitables;

Euripide les montra qui leur envoyaient d'invincibles passions. Auparavant, le personnage tragique était mis aux prises avec les obstacles du dehors; il eut désormais

à combattre des ennemis intérieurs : c'est dans le cœur

même de l'homme que fut transportée la lutte dramatique; les acteurs furent nos facultés elles-mêmes, et le

sujet de la pièce celte guerre intestine de la sensibilité et

de la raison, aussi ancienne que notre nature, et qui ne finira qu'avec elle.

Ces peintures, qui sont le trait saillant des ouvrages

d'Euripide, qui le distinguent de ce qui avait précédé, et

lui assurent la gloire d'un génie créateur, ont, je ne sais trop pourquoi, embarrassé les critiques. Ils n'ont pas vu

que la liberté morale y est suffisamment attestée, même

1. Aristot. , Elhic., Nicom., III, 2; ibid. , Eustrat.j vElian., Var.

hht., V. 19; Cleiîî. Alex., Strom., II, 14.

HISTOIRE GÉNÉRALE

par une résistance impuissante; ils n'ont pas vu que le poëte, en attribuant aux dieux ces entreprises sur la volonté humaine, avait seulement, avec ses imparfaites idées de la divinité, personnifié sous une forme sensible un phénomène intellectuel. Enfin, il leur a échappé que cette nouveauté hardie avait ouvert la roule à Tart des

modernes; qu'une Méclée, emportée par la jalousie à des parricides qu'elle déteste, une Phèdre^ malgré soi perfide, incestueuse, leur avaient révélé le Fecr^t de ces admirables développements, où, par l'artifice des situations, par les crises décisives dans lesquelles elle est successivement jetée, la passion se dévoile tout entière; où du combat qu'elle livre au devoir naissent les émotions les

plus vives ou les plus nobles, selon qu'elle succombe ou qu'elle triomphe.

De ces deux sortes d'émotions que ch^'Z nous se sont partagées Racine et Corneille, Euripide préféra les premières, qui convenaient sans doute davantage à son pjénie plus pathétique qu'élevé. Il se plut à représenter l'âme abandonnée, presque sans défense, à d'insurmon tables penchants, les séductions du désir, le trouble des sens, la défaillance de h volonté, l'ivresse douloureuse de la passion, le remords, le désespoir. Non-seulement sa muse ne recula pas devant ces peintures qu'Aristophane lui a peut-être trop sévèrement reprochées *, des egarejQents d'une Phèdre, d'une Sthénobée, d'une Macarée;

il ne craignit point d'exprimer, dans son Chrysippe, le honteux amonr dont, selon lui, Laïus avait donné le premier exemple *. Nul enfin ne produisit sur la scène, avec

].Jlan., 105fi; Nuh., 1357, etc. — 2. JEViàn., IHst. an., VF, lô- Athen., Deipn., XIII; Cic, Tusc, IV, 33. etc. Cf. Vaicken., Dialr. hi Enrrp. perd. dram. reliq., m. Avant Euripide. Eschyle avait lui même louche sans réserve à ce dcré?:leraent par quelques traits de ses j/»r- Tn7'/ons que nous ont conservés les anciens (l'hitarch. , Moral.; Athen., Detpn., XIII; l.ucian., Amor.j 54) et auxquels Ovide a peut-être fait allusion dans ces vers :

Est et in obscœnos dcflcxa tragœdia risus,

Multaque prœleriLi vcrha pudoris habet; Nec nocet auctori, molleni qui fecit Aciiillem Infregisse suisfortia factu inodis.

{Tris t. y II, 409.)

DE LA TRAGÉDIE GRECQUE

des traits plus vifs et plus pénétrants, la déplorable et

effrayante image de la raison abattue, détruite par le malheur * : il fut le peintre de la faiblesse humaine, comme avant lui Eschyle et Sophocle Tavaient été de Théroïsme.

Ce n'est pas qu'à leur exemple il n'ait quelquefois

ennobli l'accent de la plainte par le mélange de la dignité

et du courage. On peut même dire que jamais il ne s'est

montré plus vérltablem3nt pathétique que lorsqu'il a pris

foin, comme eux, de tempérer Taltendrissemenr par Fadmiralion. Celte Iphigénie^ cette Polyxène ^, celte Macarie*, qui, dans la fleur de la jeunesse et de la beauté, Sô dévouent avec une si pénible constance ou un si généreux entraînement, à un trépas prématuré; cette Évadné*, qui se précipite dans le bûcher de son époux, à qui elle ne veut pas survivre; cette Alcesle, qui, pour sauver les

jours du sien, s'arrache volontairement à toutes les joies de la vie; cette Andromaque^ qui se livre pour racheter son jeune fils; cette Electre *, qui oublie ses propres maux pour veiller, avec la tendresse inquiète d'une mère, au chevet d'un frère souffrant et malheureux : voilà des tableaux aussi nobles qu'ils sont touchants. On ne saurait s'y arrêter sans qu'avec les larmes amères que fait répandre l'aspect du malheur, ne se confondent aussitôt ces larmes plus douces qu'on ne peut retenir devant les représentations du beau moral.

Les impressions que laissent dans Pâme les tragédies d'Euripide ne sont pas toujours aussi puns; plus souvent il la tourmente et la torture par l'insupportable excès des misères et des lamentations. La prétention d'émouvoir se trahit même chez lai par l'emploi facile et vulgaire de moyens tout matériels : ce sont des vieillards, arrivés au dernier terme de la décrépilude, qui se traînent avec peine sur la scène et semblent tout près d'exhaler leur vie avec leurs sanglots; ce sont des malheureux livrés aux

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