‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 21 sur 893 · mcuhe. — 3. Les Ilcraclides · texte numérisé non relu

mcuhe. — 3. Les Ilcraclides

— 4. Les Suppliantes. — 5. Oi'esle.

ESCHYLE. — 4

HISTOIRE GÉNÉRALE

angoisses du besoin, anx souffrances de la maladie aux vert''ges du délire; ce sont des héros qui croiraient manquer à leur infortune, s'ils ne se présentaient couverts de haillons et de sales lambeaux !

^ Ce pathétique grossier qui s'adresse aux sens plus qu'à l'esprit, et qui, pour être d'un succès assuré au théâtre n'en est pas plus digne de Part, fut souvent tourné en ridicule par Aristophane avec son ingénieuse bouffonnerie

Ainsi, dans ses Acharniens, il introduit un pauvre homme, accusé devant ie peuple, et qui, cherchant les moyens do toucher son juge, imagine d'aller trouver le peintre des douleurs de Télèphe, et de lui emprunter quelque pièce

Lien déchirée, bien lamentable de cette friperie dramatique tant de fois reproduite aux yeux des Athéniens, et qui n'a pas encore lassé leur sensibilité.

Euripide a rencontré de plus graves, de plus sévères

censeurs : c'est à lui probablement que s'en prend Platon, c'est à lui qu'eût dû s'en prendre Gicéron , lorsque,

bien différents d'Aristote, qui trouve le héros tragique

digne d'indulgence quand il succombe à la douleur en

lui résistant», ils reprochent à la tragédie d'amollir, d'énerver les courages par la continuelle peinture de

héros qui souffrent et se plaignent *. Eschyle et Sophocle avaient aussi étalé sur la scène de grandes infortunes, de grandes douleurs; mais c'était pour faire ressortir, par le

contraste, l'image d'une constance au-dessus des accidents^ du sort. Le pathétique n avait été que leur point

de départ; il devint pour Euripide le but même. Ici se

découvre dans toute son étendue la révolution que le

génie divers des poètes, le goût changeant des spectateurs, ou plutôt cette marche fatale qui préside au développement des arts, amenèrent alors dans la tragédie.

Lorsque, après avoir travaillé à élever les âmes, elle ne se l

proposa plus que de les remuer, de les attendrir, on vit bientôt succéder dans ses œuvres, à la grandeur impo-

DE LA TRAGÉDIE GRECQUE

santé des proportions, à l'idéale beauté des formes, la vivacité de l'expression : au lieu des nobles images de l'humanité agrandie, on eut la copie fidèle de la réalité : les denai- dieux, dépouillés de cet éclat fantastique qui les séparait des mortels, descendirent à leur niveau, et, par le partage de nos faibless3s comme de nos misères, se

confondirent dans la foule commune ; pour emprunter l'expression du plus exact et du plus ingénieux interprète du théâtre antique ^ «ils quittèrent leur cothurne ot marchèrent tout simplement sur la terre. » Sophocle, qui, dans quelques mots profonds qu'on nous a conservés, nous a laissé comme une histoire abrégée de la tragédie grecque, put dire avec vérité : « J'ai peint les hommes tels qu'ils devraient être; Euripide les peint tels qu'ils sont*. T' Lui-même aurait été dans cette voie le précurseur d'Euripide, s'il était vrai, comme on le lui fait encore

dire *, qu'après s'être d'abord amusé, en jeune homme, à reproduire la pompe et Télévation d'Eschyle, après s'être ensuite appliqué à l'artifice de la composition , il eût fini par rec'iercher surtout, dans des ouvrages d'une troisième manière, la vérité des mœurs, la moralité de la peinture.

Ainsi vont les arts et l'esprit humain qui les produit. On commence par des compositions simples et gigantesques : bientôt leurs traits rudes et démesurés se

règlent, s'adoucissent; elles deviennent des modèles

achevés d^élévation et de pureté : enfin arrive, par un progrès inévitable, cette brillante décadence, où la grandeur et la beauté font insensiblement place à la recherche de l'effet, à la vérité de Timitation. Gela est naturel; cela est nécessaire. A mesure que les intelligences s'éclairent, elles sont moins capables d'enthousiasme; elles préfèrent à la poursuite du merveilleux et de l'idéal la

1. W. Schlegel, Cours de littéralure dramatique, leçon V\ — î. Aristot., Poc<., XXV. Cf. m.— 3. Plutarch., de Pro/ed. m nr/u«.5('nr,

viî. Voyez, sur le sens de ce passage, les notes de Xylander et de Roiske, dans le J'iutarque de ce dernier, t. VI, p. 294.

fi

^^ HISTOIRE GËNÉnALE

conquête plus prochaine et plus sûre du réel, de l'ordinaire.

Ce temps de l'expression est venu pour la poe'sie comme pour la philosophie celui de l'analyse. Sans doute, dans cette Grèce où les beaux-aris étaient nés à la fois et comme d'eux-mêmes; où, soustraits à toute influence elrangère, ils se développaient ensemble par

leur propre vertu et selon les lois de l'humanité: où on les voyait marcher de front, du même pas, et se tenant par la main, ainsi que le chœur des Muses dans une peinture célèbre, il en dut être pour lous comme pour la tragédie. Le critique que je citais tout à l'heure, et que, sans

le citer toujours, j'ai suivi souvent, parce que, dans un sujet quil a tant éclairci, il est souvent impossible de dire mieux et difficile de dire autrement, a établi entre les divers âges de la statuaire des Grecs et ceux de leur tragédie un rapprochement qu'on ne peut omettre. Phidias, avec ses fortes el sublimes images de la divinité lui

représente Eschyle; Polyclète, par la régularité, 'par 1 harmonie des proportions, lui semble répondre à Sophocle; enfin Lysippe et Euripide complètent ce parallèle; Il lui paraît que tous deux, dans leurs imitations ammees, se sont appliqués à exprimer le charme du mouvement et de la vie, plutôt que le calme pur et solennel des jigui^es idéal' s.

Gloria Lysippo est animosa effîngere signa*.

Euripide en effet, n'oublie rien pour séduire; en même

temps qu 11 ébranle et trouble les sens par le pathétique,

il prend soin de les flatter par la naïveté et par Ja ^rûce

bouvent aux dépens du caractère ou de la situation, il appuie a dessein sur des traits de mœurs; il peint l'â^-e le

sexe, le pays, la profession, plutôt que l'action et Je pe'^rsonnage; U sujet s efface presque sous celte brillante broderie qui le cacbe en le parant. '

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DE LA TRAGÉDIE GRECQUE

Son penchant le portait visiblement vers ces peintures générales : il semble qu'Horace lui ait emprunté, autant qu'aux drames de Térence et à la Rhétorique d'Aristote, les traits sous lesquels il trace, pour servir de modèle aux poètes dramatiques, le porlrait des quatre âges. Une chose fort remarquable, c'est qu'il y laisse paraître le

plus souvent une intention satirique, assez étraDgère à l'esprit de la tragédie, et même quelquefois contraire à Teffet particulier qu'il veut produire. Ainsi aux nobles images de la vieillesse il mêle complaisarament celles de la caducité, avec ses animosités et ses bravades, sa raison

défaillante et ses longs discours. Une matière sur laquelle la verve amère et moqueuse du p-ëte ne s'épuise pas, ce sont les défauts du sexe. Même dans ceux de ses ouvrages où il le représente sous le plus noble et le plus touchant aspect, il se montre encore, par quelques traits, comme on rappelait, et comme Ta représenté Aristophane*, l'ennemi des femmes 2. On a cru que des chagrins domestiques l'avaient aigri con're elles'. Il est certain que ces invectives décèleraient à leur égard un ressentiment profond, si elles ne témoignaient encore plus, comme il est arrivé quelquefois, d'un cœur trop sensible à leur attrait*, et qui s'indigne de sa faiblesse. Rousseau leur a dit bien des injures, pour se punir de les ai.naer ou plutôt pour s'en empêcher. Il en était de même d'Euripide : « Euripide, disait Sophocle, hait les femmes, mais dans ses tragédies*. »

("elle disposition d'Euripide à saisir les caractères généraux de la nature humaine et à la prendre de préférence

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