V. 495.— 3. V. 502 sqq
SOPHOCLE
ANTIGONE
morts * ; s'il prétend qu'en honorant Polynice elle a outragé Êtéocle qui le haïssait, elle réplique par un vers où paraît
la vive sensibilité de son âme : « Je m'unis à l'amour, et non pas à la haine*. »
A la suite de ce beau dialogue, arrive Ismène, que le tyran a mandée. Il l'a vue, il y a quelques instants, tout
émue; il la soupçonne et laccuse d'être complice de sa sœur. Ismène ne s'en défend point. Elle n'a pas eu assez de courage pour s'associer au dévouement d'Antigone, mais elle a assez de tendresse pour vouloir partager sa mort. Ces révolutions du cœur, pleines de charme comme de vérité, étaient, j'ai souvent à le redire, les coups de
théâtre de la scène grecque. Antigone repousse les instances pressantes de sa sœur. « Vous avez choisi de
vivre, et moi de mourir', » lui dit-elle avec quelque dureté ; soit que par là elle veuille la soustraire aux soupçons et à la cruauté de Gréon, soit que le poëte ait évité de prêter à son héroïne une irréprochable et froide perfection, et qu'il lui ait à dessein conservé quelques-uns de ces
défauts de caractère auxquels, dit Boileau, on reconnaît la nature'^, »
Ismène s'efforce en vain de fléchir Gréon pour celle qui
devait être Tépouse de son fils. Ses efforts échouent contre Finsonsibilité du tyran et la constance d'Antigone, qui veut mourir et dit avec une singulière éloquence :
« Vivez, ma sœur! Quant à moi, mon âme est déjà morte, et n'est plus rien que pour les morts ^ »
Gréon, qui ne peut comprendre ce qu'il appelle la folie des deux sœurs, et qu'anime contre elles sa haine pour le