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sang d'Œdipe, dont il occupe le trône, les fait emmener dans le palais, en attendant qu'il dispose de leur sort. Le
chœur, sans essayer de les sauver, se contente de déplorer la destinée qui s'appesantit, de génération en génération, sur la maison des Labdacides, et va bientôt l'effacer de la terre.
Un nouveau personnage se présente; c'est Hémon, le fils de Créon à qui Antigone est promise, et qui vient la défendre. Ses discours, animés par la passion, mais où. se montrent en même temps, sous- des traits aimables, la timidité de l'âge et le respect filial', ne servent qu'à Irriter Gréon, qui menace de faire périr Antigone sous les
yeux de son amant. Hémon déclare qu'il saura bien se soustraire à ce spectacle, et qu'il ne reparaîtra plus aux yeux de son père. Le sens de ces paroles, qui annoncent une sinistre résolution, n'échappe pas à la pénétration du chœur; mais le tyran, emporté par sa fureur, ne s'y arrête point. Par une timide intercession, le chœur lui arrache la grâce d'Ismène, qu'il veut d'abord comprendre, malgré son innocence, dans la sentence d'Antigone. Pour cette malheureuse princesse, que ces lâches conseillers ne disputent pas à sa vengeance, il veut qu'on l'enferme
vivante dans une caverne, avec autant de nourriture seulement qu'il en faudra pour servir d'expiation et empêcher que Thèbes ne soit souillée de sa mort. « Qu'elle s'adresse alors aux dieux des enfers, dit-il, qu'elle leur demande de sauver ses jours, elle l'obtiendra peut être; ou plutôt elle apprendra combien les honneurs qu'on rend aux morts sont vains et superflus*. » Langage singu- Hèrement caractéristique, oii se mêle à une cruauté impie un reste de terreur superstitieuse, digne religion
d'un tyran.
Antigone reparaît au milieu des gardes de Créon, qui la conduisent vers sa dernière demeure. Le développe-
1. Aristote remarque, Rhét.y III, 17, que, par une réserve respectueuse, Hémon, défendant Antigone contre son père, se borne à répéter a ce que disent les autres. »
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If
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ment de son caractère s'achève dans une scène d'une incomparable beauté, dont Barthélémy* a rassemblé avec art les principaux traits, mais que son élégant résumé ne
fait toutefois connaître qu'imparfaitement. On ne saurait
trop admirer la conduite de ce rôle, qui contrarie singulièrement nos habitudes dramatiques. C'est une gradation toute contraire à celle que présentent ordinairement sur
notre scène les rôles de ce genre. Chez un poëte moderne, et ce n est pas ici une supposition, nous le verrons tout à 1 heure Antigone se fût progressivement élevée jusqu'au mépris de la mort, et ses dernières paroles eussent offert une expression fastueuse de courage. Il en est autrement chez Sophocle et, je crois, dans la nature. Son Antigone commence par l'enthousiasme, comme il arrive quand
1 ame est subitement saisie d'une généreuse pensée ; eUe
passe de là à la considération plus calme de la sainteté
de son acte, et des inévitables suites qu'il entraîne ; puis
quand elle n'est plus soutenue par l'idée d'un devoir à remplir, d'un danger à braver, quand le sacrifice est consomme, elle en vient à jeter un triste regard sur tout ce quil lui coûte; elle pleure sa jeunesse sitôt moissonnée, cette belle lumière qu'elle ne reverra plus, les douceurs de 1 hymen et de la maternité qu'elle ne doit point connaître, toutes les innocentes joies de la vie qui lui
échappent ; les mouvements d'une involontaire faiblesse amollissent un instant sa fierté, qui, jusque-là, ne s'était point démentie; arrivée au terme fatal, elle semble sortir
d un rêve douloureux et pénible ; elle tombe dans l'abattement, dans le désespoir, dans une sorte d'égarement et de délire.
Une douleur nouveUe l'attend, la plus grande qu'elle ait encore ressentie ; c'est de réclamer la pitié, sans l'ol-tenir. Une froide compassion, qui la repousse et la blesse, voilà ce qu elle obtient de ces indifférents, qui la regarden^ marcher à la mort.
Cependant eUe remonte par degrés à la hauteur d'où