Poil., IV, c. 16, §111. — 2. Id., tbid
3. Trop souvent pour en rappeler ici les exemples qui s'offriront à nous dans l'analyse de presque toutes ses tragc lies. Le plus frappant est peut-être une lirade, d'ailleurs fort belle, de son Ère chthée^ insérée par rotateur Lycurj^^ue dans le discours contre LéocraLe (Cf. Plutarch., de Exsii)\ la suite de ce chapitre nous offrira roccasion de la citer.
HISTOIRE GENERALE
pide ne mérile que des éloges : en cela, comme en tout le
reste, il a cherché à innover. L'épuisement des sujets, bornés dans leur nombre, et tant de fois traités, ly eût forcé, quand il n'y aurait pas été poussé par son génie. On voit qu'il veut sortir de la simplicité primitive : il multinlie les personnages , les incidents , les tableaux ; il cherche à éveiller la curiosité, à frapper l'imagiDalion, à
ébranler les sens; il a même inventé une sorte de fable
toute nouvelle, en réunissant, comme dans son Hccuhe
et ses TroycnneSj ses Phéniciennes et son Herca'e fur/eux, dans un même cadre et sous un même aspect, par
lunité d*un personnage principal et d'une idée dominante, plusieurs actions diverses. Mais on doit dire aussi
que la répétition monotone des mêmes moyens et des
mêmes effets, la disposition arbitraire, fortuite, invraisemblable, imprévoyante de l'intrigue, les prologues
postiches , les dénoûments à machine qui viennent à point nommé sauver Fauteur avec ses personnages, tant
de défauts trop visibles et trop fréquents chez Euripide,
justifient, plus qu'il ne faudrait, cet arrêt d'Aristole,
« qu'il n'est pas toujours heureux dans la conduite de
ses pièces*. »
• Aristote aussi Ta proclamé le plus tragique des poètes \
et par cette expression, qu'il faut entendre dans un sens restreint, mais assez vaste encore, il a loué dignement ce pathétique admirable qui efface toutes les imperfections d'Euripide, et suffirait à sa gloire.
Son style eut naturellement les vices et les mérites de
la pensée qu'il traduisait. Aristophane y a relevé, sans
doute avec justice, quoique avec malignité, une mollesse
trop efféminée, trop de parure et en même temps trop de
négiigence. Quelques modernes, très-bons juges, se sont plaints des mêmes défauts, plus peut-être que des modernes n'en ont le droit*. Quoi qu'il en soit de ces cri-
1. Poe<. XIII. - 2. 76 d. -3. W. Schlegel, Cours de lUtêrat. dram. , leç. V, tracl. franc t. I, p. 239; God. Hermann, Prœfat. ad Euripid, Hecuh Lips.œ, 1800, p. lvi, i^ii, Animadurs.ad llocuham, p. 143 •
Bœckh., toc. traçj, princ, xxiv, p. m, eic. ' ^ '
DE LA TRAGÉDIE GRECQUE
tiques, on ne peut méconnaître dans sa poésie le caractère même que nous avons attribué à ses ouvrages et que nous résumons ici en deux mots, une expression touchante et noblement familière *.
Cette poésie ravissait les Grecs; elle balançait dans leur admiration l'incontestable supériorité des tragédies de Sophocle. Le récit plaisant que fait Lucien, au début
de son traité sur la manière d'écrire l'hisloire, de la maladie d'Abdère, en serait tout seul une preuve. Il raconte
que, SOUS le règne de Lysimaque, un comédien fameux
de ce temps, nommé Archélaiis , joua devant les Abdé-
ritains V Andromède d'Euripide. La tragédie était touchante, Facteur véhément et pathétique; de plus, on
était au cœur de l'été, et il faisait grand chaud. Tout le
public fut saisi, au sortir du théâtre, d'un mal violent
dont le principal symptôme était des plus bizarres : ils se
promecaient à grands pas, gesticulant, et déclamant; toute la ville était pleine d'acteurs maigres et pâles qui s'écriaient
comme Archélaiis dans la tragédie :
a Amour, tyran des hommes et des dieux ! »
leur imagination était obsédée du souvenir enchanteur d'Andromède et du fantôme ailé de Persée. Gstte folie tragi-comique ne finit, dit Lucien, qu'au retour de l'hiver. On n'est pas, en conscience , obligé d'ajouter foi à cette histoire, quoiqu'elle ait pour garant, outre l'autorité de
Lucien, un récit d'Eunape , assez récemment découvert
et publié en Italie ^ ; mais il nous est permis de la recueillir
comme un témoignage favorable à Euripide. Cette tra-
gèdomanie, cette euripidomanie , Lucien les prêle, dans
d'autres ouvrages», au roi des dieux Jupiter, au philosophe
Ménippe, à lui-même, attestant ainsi, par cet usage bouffon des vers du grand poète , le long empire qu'il garda sur
les imaginations.
Il ne manque pas, du reste, de témoignages plus se-