‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 27 sur 893 · Arist. lihet. m · texte numérisé non relu

Arist. lihet. m

2*. Eunap , xxix, Scriptorum vderum nova colleclio, etc., A, Mai, 1827, t. H, p. 274. - 3. Jupit. tragœd.; Necy ornant. ;Piscat.

HISTOIRE GENERALE

rieux , et dans le nombre je choisis comme les plus intéressants les anecdotes suivantes rapportées par Plu-

tarque*.

Un vaisseau de la ville de Caunus en Carie , poursuivi par des corsaires, s'était réfugié dans un port de la Sicile.

^ v^' jjes habitants refusèrent d'abord de le recevoir; mais,

ayant demandé aux passagers s'ili savaient des vers

d'Euripide , sur leur réponse affirmative , ils laissèrent

entrer le vaisseau.

Quelque temps après la déroute des Athéniens en Sicile, cette déroute sur laquelle nous avons d'Euripide

quelques vers élégiaques^, des soldats de Tarraée vaincue , de retour dans leur patrie , vinrent remercier le

poète de leur avoir conservé la vie et la liberté. Errants claos la campagne, sans nourriture, ou réduits en esclavage, ils avaient obtenu, les uns des secours, les autres leur affranchissement, en récitant aux passants et à leurs

maîtres quelques vers des tragédies d'Euripide.

11 fut donné à ce grand poëte de sauver, quelque temps

après sa mort, sa patrie elle-même. Lorsque Athènes fui

prise par Lysandre, on proposa dans le conseil des alliés

de réduire en servitule ses habitants, de raser ses édilices, et de faire de tout le pays un lieu de pâturage pour

les troupeaux. Ce conseil fut suivi d'un festin où se trouvèrent tous les généraux : or il arriva qu'un musicien de Phocée, qui y fut appelé, y fit entendre, soit par hasard, soit à dessein , quelques vers où Euripide avait retracé

l'abaissement à! Electre^ réduite par Égisthe à la condition des esclaves et précipitée d'un palais dans une chaumière ^ Les convives, émus par ce'te peinture louchante

du malheur, par son rapport frappant avec l'humiliaiion

d Athènes, entin par la gloire de cette ville qui avait produit de si beaux ouvrages et de si grands hommes et

qu'ils allaient détruire, renoncèrent à user &i cruellement

du droit de la victoire *.

1. Vit. Nic.j XXIX j Vit. I.ysand., xv. — 2. Plularch., Vit. Nie,

3. Ekctr.j Y. 1G6. — 4. Philostrale, Vit. Sophùt. Crit,, accuse (îa-

DE LA TRAGEDIE OREGQUE

Ainsi, dans cette contrée toute poétique, dont les fabuleux législateurs avaient bâti les premières villes au son de la lyre, et les avaient policées par des chansons,

où l'historique Solon avait parlé en vers sur la place publique *, la poésie se mêlait aux intérêts les plus sérieux de la vie et s'asseyait dans les conseils mêmes de la politique et de la guerre. La poésie d'Euripide n'était point

belliqueuse comme celle d'Eschyle; elle ne remplissait pas

les âmes de la fureur de Mars, selon l'expression d*Aris-

tophane *; elle ne servit de rien aux conquêtes et à la défense d'Athènes : mais si, par une douceur mélancolique,

elle désarma ses farouches vainqueurs et la préserva de Tasservissement et de la ruine, jamais poésie fut-elle couronnée d'une gloire pareille ?

Peu de temps avant, deux tombeaux avaient été successivement élevés : le premier à Euripide, dans la Macédoine, où il était allé mourir, par le roi Archélaû?, protecteur de ses derniers jours, et qui, refusant ses restes

aux instances du peuple athénien, le condamnant, par ce

refus, à ne les honorer que d'un cénotaphe, que des regrets , des protestations d'une inscription funèbre, les

avait lui-même fait ensevelir dans un magnifique monument'; le second à Sophocle, sur la terre de sa patrie,

qu'il ne lui avait pas fallu, comme à Euripide, comme à

Eschyle, abandonner; dans le bourg de Décélie, où reposaient ses pères et où Lysandre, qui Toccupait et s'y était fortifié, averti dans un songe par Bacchus lui-même,

dit la légende du poëte, avait laissé paisiblement transporter sa dépouille*. Ces deux tombeaux, objets de si

voir poussé Lysandre à cet acte de barbarie Cntias, que nous rencontrerons bientôt lui-même parmi les poètes tragiques d'Athènes.

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