‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 297 sur 893 · V. 273 sqq. — 2. Dissertaliun, etc., déjà citée · texte numérisé non relu

V. 273 sqq. — 2. Dissertaliun, etc., déjà citée

ELECTRE

contribue à glacer un ouvrage qui abonde en beautés dramatiques, et, après un succès équivoque et de rares reprises, à le bannir de la scène, à le reléguer parmi les chefs-d'œuvre émérites.

La place restée vacante* fut prise, dès le temps de

Voltaire, par un ouvrage sans art, en ce qui concerne la

conduite, les mœurs, les caractères, mais d'un coloris

vigoureux, bien qu'un peu vulgaire, d'une expression

énergique, quelquefois avec barbarie, où se rencontrent

quelques scènes véritablement frappantes, aimées des acteurs qu elles font valoir, et du public qu'elles remuent. Je veux parler de cette tragédie, qui fut en 1769 le brillant coup d essai de Ducis, et dont le héros n'offre guère sous le costume nouveau d'Haralet, qu'un compose d Oreste et de Ninias, qu'un personnage procédant

comme quelques-uns de ceux qui l'entourent, plus de

Voltaire encore que de Shakespeare. Le poëte anglais ce--

1. En 1761 le comte de Lauraguais lisait à ses amis et voulait Dor. ter sur la scène française, récemment débarrassée par sa Scène' des banquettes qui l'encombraient, des spectateurs qui la SoublaTent une Clytemnestre dont il avait fort bonne opinion.^ VoUaire lu avaU assuré poliment qu'elle valait bien mieux que son Om?i et il ne con hî!nT" P^;./«l'«'^^'/o°^me en témoigne ce piquanTdikiogue • « Fh bien ! que dites-vous de ma Clytemnestre? - «Vu 'il y a de beauj vefs - Voltaire m'a écrit que son OreUe n'était qu'ine ffofde déclamalfon une plate machine en comparaison. - Il vous a écrit cela ? - Sx fois

mo Fh"hip7, • ' r l'^'^T'"' ^"^ ^' ^''^'^' n'^n croit paVu

î? ~:a ^K'^\}^ * ^°^*- "^ Diderot, qui raconte cette petite scène trouvait dans la Clytemnestre de beaux vers, qu'il était tinte d'attrî'

buer, Il est vrai, au secrétaire du noble auteu?. (Vovez les ettres de" Voltaire des 1" avril, 8 juillet et 3 octobre 1761 au cSe d'Ar^^^^^^^ es lettres de Diderot, des 17 et 22 septembre neir^Mlle vSd •

les lfe>mo7m de Bachaumont, 11 février 1762.) llcJeLesIr^^^^^ comte de Lauraguais ne fut point représentée, itlluteurkfœ^^^^^

dp'le.fjr'^''' ^^' ^^^^' P^^ ^^ ''^' ^« l'.m^ression. On lui sut gré de ses efforts pour ramener le sujet à la simplicité antique. En 1781 parut sa Jora^re qui reçut un moins indulgent accueil. La prétention de refaire frois ans après la mort de Voltaire, un de ses plus beaux ouvrages, la vivacité avec laquelle étaient relevées, dans une dissertation préliminaire, ses critiques, bien tranchantes elles-mêmes, il est m, du chef-d œuvre de Sophocle, furent jugées sévèrement. Une ép -

fIn?!?V^ -i-J^i*'? • ^® ^"'^^ y ^ ^6 P*"S clair, dirent les plaisants dans la tragédie de Jocaste, quelque peu embarras.ee et obsïure apparemment^ C'est l'énigme du Sphinx, ^^^^ure, ap

SOPHOCLE ET EURIPIDE

pendant, dont l'auteur s'était confusément inspire plus qu il ne l'avait compris et imité, lui avait fourni une situation par laquelle était changée la face de son vieux sujet, celle d'un fils qui soupçonne le crime de sa mère, et en poursuit avec anxiété et désespoir la découverte. Le souvenir de Voltaire paraît aussi, et parait trop,

dans une Electre commencée, on ne sait pas précisément

à quelle époque, par un autre poète de la même école

tragrique, M. J. Ghénier, et dont les deux premiers actes

se trouvent dans ses œuvres posthumes, à la suite de son Œdipe Roi, de son Œdipe à Golone, également imites de Sophocle. J'ai parlé des deux premiers ouvrages*; cela me dispense de m'étondre sur le troisième dont on a pu hre plus haut quelques beaux vers^ C'est toujours la même manière, trop libre pour une imitation, pas assez pour une pièce originale, tirant de deux modèles tronques, de a

trajîédie grecque, moins sa simplicité, sa naïveté, de la

tragédie française, moins son intrigue, son mouvement, une production équivoque et bâtarde que ne reconnaît aucun

théâtre

Je dois revenir un peu en arrière pour mentionner deux Électres, représontées avec peu de succès en 17S2 et 1783' L'une n'étail qu'un livret d'opéra, sans invention et sans style, où Guillard, dépeçant, selon l'expression de La Harpe, les tragédies de Sophocle et de Voltaire, avait préparé une assez triste et assez fro.de

matière à la musique criarde de Lemome. Dans 1 autre,

Rochefort avait voulu substituer sur la scène française a l'Electre de CrébiUon, à l'Oreste de Voltaire, une repro- • duction plus fidèle de la pièce grecque. Il compromit, ainsi qu'avait fait Longepierre. la gloire de son modèle, par quelques inventions peu heu.euses, comme orsqu au dénoùment il montra Glytemneslre , forçant elle-même

1. Voyez plus haut, p. 200, sq., 215, 218, 221, 224, 226, m, 235,

2 Voyez plus haut, p. 192, 308 sq. . ^ „,

3*. Voyez les Correspondances de la Harpe et de Gnmm.

^LECTrE.

Oreste au parricide, et dirigeant sa main. Il fit plus de tort à Sophocle en l'imitant, en le traduisant comme il avait traduit, dans ses versions en vers de l'Iliade et de rOdyssée, comme il avait imité, dans sa tragédie dTlysse, le divin Homère, d'un style sec et pâle, sans force, sans chaleur, sans poésie. Son ouvrage, représenté à la cour avec des chœurs de Gossec, ennuya tellement, qu'on crut

prudent de n'en point risquer à la ville une autre représentation. Pendant ces mêmes années 1782, 1783, qui

voyaient accueillir si froidement, sur deux de nos théâtres,

l'un des plus tragiques sujets que nous ait légués l'antiquité, Alfieri, achevant à la fois et commençant d'imprimer ses quatorze premières tragédies *, lui préparait une éclatante revanche.

Il n'y a rien d'usé, d'épuisé pour le talent : Alfieri nous Ta bien fait voir, quand il nous a rendu, marquées dune empreinte nouvelle, ces mêmes situations, déjà

plus d'une fois renouvelées depuis les Grecs par l'art de

nos poètes. Qu'est-ce, pour le fond des choses, que son

Oreste? C'est, avec un autre arrangement, à peu de chose

près, la tragédie de CrébiUon et de Voltaire ; mais la forme lui appartient, et elle a paru assez originale pour

provoquer à l'imitation , chose singulière ! notre théâtre même qu'il avait imité. Cette forme n'est pourtant pas irréprochable : il s'en faut bien. On y retrouve tout ce que nous avons déjà eu occasion de reprendre dans d'autres

compositions dramatiques d'Alfieri : cette action régulière, mais pauvre, au progrès continuel, mais lent ; cette

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