‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 296 sur 893 · Acte IV, se. 8; acte 5, ec · texte numérisé non relu

Acte IV, se. 8; acte 5, ec

SOPHOCLE. — 24

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rôle d'Electre qui appartient le plus à Vollaire, sont ce qu-il y rincomparablement, de mieux écnt dans cet ou- •vraee'd'un style quelquefois néglige.

Il ne se pouvail pas qu'Oreste neûl xui-même sa part

du changement inévitablement apporte au caractère d L-

lectre Les touchantes hésitations de ce personnage chez

Euripide ont encore servi de point de départ, chez \olu"re à cette scène où Clytemnestre parlant devant lu des projets qu'un fils a, dit-elle , formés contre sa vie, il ; te' te ave? chaleur contre^ cette i-Pt^'^'-JJ^

de se découvrir à Egisthe, dont il est «7"t\«t q^t^ '^^ „acent obscurément ses équivoques P7^«f; 7°^*^ ^^^"^ le met par deux fois, en présence dt Clytcmnestre, a rendu ^vec art le tumulte des sentiments opposes qu elle t;ire; il a su remplir tous «es discours comme dt.n

mvstérieux pressentiment du parricide auquel il est dévoué II est fâcheux que cet Oreste agisse peu. Pylade, a

;°Ues anciens, par^e bonnes --- .P-*-' ^^'^.^^n Vintérèt bien entendu du personnage principal, avaient )r dréla parole, parle trop souvent à sa place, pour lettre d-em^ras.' L vieux'pammène toujours occupe ou de tromper Égisthe, ou de prévenir les indiscrétions dE- Ïc re?de sf sœur', toujours en courses pour rassemble , ^r. T,P ..ait troD comment, ses amis invisibles , prépare lua r ouFon V le fait vaincre. Pour lui, pendant

cetmps il se promène, du temple habité par Pammène :3;au d'/gamemnon, «'a^^an^-nan^ a des revenes ^iir sa deslinée, éloqueDtes sans doute, mais qui le loni Ta^re I peu passif, qui répandent de a langueu^^ dans la nièce. Aioutez que cette neghgence d exécution, don nourpa lions tout à l'heure, son rôle y participe rop, e d nsdL parties qui demandaient beaucoup de force et d'éclat, le morceau final par exemple, ''•«''ie^^^ .f";^^;^' °^, le poë e eût dû lutter moins mollement con re un des

plusvigoureux passages deVElectre de Crebûlon

Voltaire, qui avait une conception si vive une execu tionsT facile, ne possédait pas, au même degré, la patience qui perfectionne. Certaines tirades, certaines scène»

ELECTRE

de son Oreste, dont son esprit s'est plus préoccupé^ sont vraiment achevées : mais les intervalles ne lui ont offert qu'une tâche ennuyeuse, où sa fatigue se trahit par des touches trop expéditives, trop abandonnées. Gela est

malheureusement sensible dans ses deux derniers actes, et

nuit à l'effet de ce dénoûment*, où il a si ingénieusement

corrigé Sophocle, supposant que, quand Electre crie à

son frère d'achever, c'est d'Égisthe qu'elle parle et non

pas de sa mère ; qu'elle demande, sans s'en douter, le parricide. Et ce n'est pas seulement dans l'expression, mais dans le détail de Pordonnance, qu'il est arrivé à Voltaire de se négliger ainsi. Ses caractères étaient bien conçus, ses situations j^rincipales bien posées; mais l'œuvre entière, dont les pièces ont été rapportées quelquefois

au hasard, manque de liaison. Il règne dans la succession

des incidents, dans les démarches des personnages, je ne

sais quoi d'arbitraire, de fortuit, de décousu qui diffère tout à fait de l'allure, bien simple, il est vrai, mais parfaitement naturelle et vraisemblable, sauf exceptions, delà tragédie grecque.

Autre différence, peut-être inévitable dans Touvrage d'un moderne traitant un sujet antique: les mœurs y manquent de cette vérité, précisément, que Voltaire avait prétendu leur conserver, et qu'y a vue partout La Harpe,

comme il le dit et le répète dans sa judicieuse mais trop

partiale analyse. Le lieu de la scène d'abord où le poëte a rassemblé, près d'un rivage désert, un palais autrefois bâti par Agamemnon, le tombeau de ce prince, et de plus un temple, il ne dit pas de quel dieu ; le séjour d'Iphise, loin des siens, dans cette solitude; l'occasion qui y amène à point nommé, pour s'y rencontrer avec Oreste et ses amis, ses partisans, Égisthe, Glytemnestre, et à leur suite Electre (cette occasion vraiment étrange, c'est l'anniversaire d'un crime abominable célébré, à la face de tous, par ses auteurs, dans le lieu où il a été commis

avec un excès d'impudence impie, dont l'histoire d'au- 1. Acte V, se. 8.

SOPHOCLE ET EURIPIDE

cun scélérat ne pouvait offrir d'exemple, La Harpe en est convenu, et qui n'est point du tout la même chose, n'en déplaise à Voltaire, que ces réjouissances privées, renfermées dans le secret du palais de Mycènes, dont a parlé Sophocle*) ; continuons : les fers, non pas metapho-

riques, mais réels qui chargent les bras d'Electre; le

don que fait d'elle Êgisthe à celui qu'il croit l'assassin

d'Oreste: toutes ces inventions sentent le caprice, la lantaisie et ne se recommandent certainement pas par la

fidélité de couleur locale dont on a loué la pièce. Le même caractère se remarque, et plus encore, dans les idées rehgieuses, idées mi-partie-, de providence et de fatalité, qui la dominent et nous y montrent des dieux justes, sages et bons conduisant, malgré lui, un mortel au parricide. Par une méprise renouvelée de son Œdipe, de sa Sémiramls, Voltaire a remplacé Cette puissance

mystérieuse, inexplicable, à laquelle les Grecs ne demandaient pas compte de ses décrets, souvent atroces, par

des dieux plus accessibles à la raison humaine, plus responsables auprès d'elle de ce qu'ils commandent, ^et qu'elle ne peut consentir à croire capables de comraanuements contraires à la nature. Voltaire se faisait à cet égard une singulière illusion. La divwilé lui paraissait plus ménagée ^ dans sa tragédie que dans celles des anciens. L'oracle, disait-il, avait défendu à Oreste, avec menace du châtiment le plus terrible s'il désobéissait, de

se découvrir à sa sœur; Oreste, par tendresse, il est

vrai, a livré son secret; il est coupable, il doit être puni.

Mais comment l'est- il? par un parricide. Franchement.

en admettant la défense, assez arbitrairement imagmée par le poëte, peut-on admettre de même l'effroyable sanction qnii lui a plu d'y attacher? C'est pourtant de cette combinaison, j'ose dire déraisonnable, dans laquelle il n'est pas possible au spectateur d'entrer, que résulte, Voltaire s'en applaudit, le nœud qui produit le dénoûment de sa tragédie. Rien à mon sens n a plus

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