‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 308 sur 893 · Acte II, se · texte numérisé non relu

Acte II, se

ELECTRE. 359

Qu'avril, en souriant, de sa corbeille épanche

Et septembre cueillant un fruit sur chaque branche!

Trop indulgent pour moi, trop ingrat pour les dieux,

Il n'a point raconté ces matins radieux

Où l'aube, au haut des monts, apparaissant féconde,

D'un doux frissonnement fait tressaillir le monde;

Ni ces soirs où, suivant du regard le soleil.

Navire d'or qui sombre à l'occident vermeil,

Nous écoutions chanter Philomèle plaintive.

Ou murmurer la mer qui vient lécher sa rive;

Ni ces nuits où, pensifs, la reine au char d'argent,

Sous son silence ami, nous a vus voyageant.

Et se penchant vers nous, douce comme une mère,

Caressait nos deux fronts de sa pâle lumière*....

Des personnages si rêveurs, si conlemplatifs, sont peu propres au terrible ministère que leur a confié le destin. Le vieillard, qui survient, a besoin de les arracher, non pas, comme dans les pièces grecques, aux épanchements, bien naturels après une longue séparation, de la tendresse fraternelle, mais à une sorte de songe poétique. L'auteur est ici son propre critique, lorsqu'il fait dire à ce vieillard :

Vous perdez votre temps en frivoles propos,

Enfants, et le tyran va revenir d'Argos *.

L'abus de la description, tant reproché à Delille, est

resté Tun des vices favoris de notre poésie. Mais, chez Delille, c'était l'esprit qui s'y égayait; chez nous, et même dans nos drames, c'est le sentiment, la passion qui s'en déguisent. Ainsi ne faisaient pas les Grrecs peignant d'un trait, et jamais hors de propos. Celte sobriété, cette vérité d'expression, sont peut-être ce qui manque le plus

à la fidélité des copies oiinous nous piquons aujourd'hui de

les reproduire dans toute leur vérité.

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