J. A. Hartung, tbid. ^f > i
le naturel ec la vraisemblance des expositions d'Eschyle
et de Sophocle, elle en a encore l'intérêt. C'est un mérite particulier aux Grecs, et qu'auraient dû plus souvent leur
emprunter les modernes, d'attacher et d'émouvoir dès les
premiers vers.
Ceux de mes lecteurs qui ont présente à la pensée la
première scène de Racine, connaissent celle d'Euripide. Mais SI la marche est la même, il y a quelque différence dans les détails et le ton du dialogue, et déjà se manifeste, entre les deux poëtes, cette diversité de manière gue i'ai annoncée d'avance.
Agamemnon sort tout en désordre de sa demeure, avec
un de ses esclaves, un vieillard; il lui révèle le terrible
secret qui le trouble, tandis que son armée repose. Les
dieux ont demandé aux Grecs, arrêtés dans le port parle
silence des vents, le sang d'Iphigénie. Il la accordé aux
sollicitations de Ménélas, et sa fille qu'il a mandée, sous prétexte de l'unir à Achille, va bientôt arriver. Mais la
pitie et 1 amour paternel l'emportent, il révoque son premier ordre, et, dans une lettre qu'il confie au vieillard et dont, par surcroît de précaution, il lui fait connaître le contenu^ enjoint à son épouse Clytemnestre de retenir auprès d elle Iphigénie.
Voilà le fond des deux scènes; seulement dans celle de
Bacine, les faits qui ont précédé et quelques-uns de ceu^
<îui doivent suivre, ces faits, occasion traditionnelle de la
pièce, dont l'exacte vraisemblance importe peu, et gue la critique a quelquefois inutilement discutés ^ sont expliques et préparés avec un art plus savant.
VoVez'pr lo^n^ifv're'îv' c{;^'v.''"^ ''''''''''' '"' ^«^*^*'^^' ''^ ^<^^' 2. Dans des Remarques sur les Iphigénie de M. Racine et de M Cn ra., DuLliées enl6?5, une discussK)n de ce ^enre ar/naU I'autu?à
conclure que . s'il y avait plus d esprit dans VlphiaénâdeM^^^^
Il y avait plus de conduite*^dans l'autre. . Sur ai?! se fond;,i^ rl^fi
opin.on :' Sur ce que la nouvelle Iphigénie L iv^i^mTeui que a trf
d^ition suivie dans les Iphigénie d'EuHpide et de RaSne la^ïolère d^ Diane, en supposant la fille de Clytemnestre consacrée par sa mère ^ès sa naissance au culte de la déesse. Quel que soit^le mérUe di cet.e mvenuon, Leclerc n'avait guère le droit de le rédamercômme
Euripide compense cette infériorité par d'autres avantages. Il a une vérité naïve, qui efface presque Texquise élégance, la pompe harmonieuse de Racine. Chez Racine
1 esclave parle comme le maître; c'est que ce n'est point
un esclave, mais simplement un confident. lien est autrement chez Euripide; ce vieillard, auquel a recours dans sa détresse Agamemnon, a son caractère, a son langage ;
1 infériorité de sa condition est marquée par celle de ses disc'ours.
Un personnage vague, comme est Arcas, peut dire magnifiquement:
Mais tout dort, et l'armée et les vents et Neptune.
L'Arcas de la pièce grecque laisse à Agamemnon ces grandes images, ce style élevé : c'est Agamemnon qui
s écrie : ^
c On n'entend ni le chant des oiseaux, ni le bruit de la mer ; les vents se taisent sur l'Euripe'. »
Il y a entre les deux personnages grecs une relation plus intime, plus familière, plus domestique. C'est d'un côté, le zèle, le dévouement, de l'autre, une bonté condescendante, qui les rapprochent. L'Agamemnon de Rail l'a fait dans sa préface, ni I auteur des Remarques, de l'attribuer à Coras, car elle appartenait à Rotrou. Ce poète fait dire, assez Dlatemenl, aClytemnestre,acteIV, scène4: * ^
Hélasl je me souviens, sacrilège et profane, De vous avoir vouée a«ix autels de Diane : La mort qu'on vous prépare et la peine où je suis De ce vœu négligé sont les funestes irix.
Et plus loin, après le prodige du dénoûment, acte V, scène 3 :
Suis mon dessein, ma fille, accomplis ma promesse Qui t'avait en naissant vouée à la déesse. '
i. V. 9 sqq. Rotrou s'est montré le contemporain de Scudért plus
que de Corneille dans la tirade où il a développé, fort ridiculement ce qui a fourni à Racine un si beau vers : *
Qui vit jamais les vents à l'-mpire de l'onde Accorder une paix si caime et si profonde? Du moindre mouvement i'eau ne se sent friser Zéphire seulement ne l'oseroit baiser, '
IPHIGÉME EN AULIDE. j3
cine garde pour lui cette réflexion douloureuse, qu'il exprime en SI beaux vers : ^
Heureux qui satisfait de son humble fortune
V f H^o ^^M^. "I^P"''^^ ^" J« «"is attaché, Vit dans 1 état obscur où les dieux l'ont ciché !
^ L'Agamemnon d'Euripide l'adresse à celui qui la lui inspire ; ^^^ la lui
« Je te porte envie 1 ô vieillar<i Om' Jo T^r^,.*« tel qui achève paisiblement ses jourtoàcur et tnav^ ZT heureux qui vit dans les honneurs " ! » ^"'"^^- '^*'-
Laffectioa d'Arcas pour Agamemnon ne lui fournit oue m paroles respectueuses ; ^^
• . . . Quels malheurs dans ce billet tracés Vous arrachent, seigneur, les pleurs que vous veLz?
Qu'est^e qu'on' vous écrit ? Daignez m'en 'avérlir. '
Le vieil esclave a le droit de s'étendre davantage et O être plus pressant : ^
j Cette nuit, à la lueur d'une lampe, vous traciez r.pf»« iettre, que vous tenez encore. Je vous'ai' vu écrire cl effacer!
Et les mille vaisseanx qui couvrent cette plaine
ont pourleur plus grand vent celui de noU-e haleine
Mais cette paix nous nuit, ce long repos des ea"x An ete no. (fessems avecq.i'e nos vaisseaux
A.ns mortels, ainsi, dans le cours de notre âge Le calme quelquefois est pire que l'orage; ^ ' Et tel, de qui le ciel entreprend le support Se sauve sur un banc, qui périrait au port.
seule scène aussi, a tiré tout un ariPrlJ. ,reP'^°^"^''e Racine en une prime.t, par intervalles a L^he^^^^^^ me.nnon;'des allées et ^^Sues, vulga^i^^^^^^^^^^^^^
•viteurs du ro , doiit l'un est cf ar^é Sr An ï ?'> ^^ ^^'^^ ^er-
du roi lui-m^e, qui vie'nt S' cel'r'nfe^r'd^^^^^^^ ^^'^f«
nvage, une lanterne sourde à la main Rntrnn n^olVf "^^'^^'"^ ''"
pris de Crneille à élaguer dnd^.T. h» " ^^?^^-P^^ ^"^ore ap-
droitàce qu. seul est Satlque^'f^a .Titl'd.f^'^'1?' P""'' ^"«'• passion. mauque, a la venté du sentiment, de la
EURIMDE.
imprimer le cachet et le rompre, jeter à terre vos tablettes et répandre des larmes *. Vous étiez dans l'égarement, dans le délire. Qu'avez-vous ? qu'avez-vous ? que vous arrive-t-il, ô mon roi ? Confiez-moi vos secrets : parlez à votre bon, à votre fidèle serviteur *. »
Enfin, lorsque Agamemnon, (îans la pièce française,
remet à Arcas cette lettre d'où dépend la vie de sa fille, il
lui dit, avec une brièveté que commanlaient les habitudes de notre théâtre.
Mais ne Vécarte point ; prends un fidèle guide.
Dans la pièce grecque, Agamemnon prodigue davantage les recommandations :
Va, cours, oublie ta vieillesse*.
LE VIEILLARD
Comptez-y, ô mon roi !
AGAMEMNON
Ne te repose point à l'ombre des bois, au bord des fontaines ; ne te laisse point séduire par la douceur du sommeil.
« fortunatum esse dicit, quod ingloriosus sit, atque ignobilis ad su- « preQium diem perventurus. »
1. La vérité de celle peinture semble avoir inspiré Ovide, Metam. IX, 521 sqq. :
Dextra tenet ferrum, vacoam tenet altéra ceram.
Incipit, et dubltat; scribit damnatque tabellas; Et notât, et delet; mutât, culpatque, probatque; Inque vicem suintas ponit, positasque resumit.
Depuis, Racine a dit : Phèdre ^ acte V, scène 5 :
Elle a trois fois écrit, et, chaDgeant de pensée, Trois fois elle a rompu sa lettre commencée.