I. Acte I, se
d'Agaraemnon, mais toujours avec moins de retenue chez Euripide, plus de contrainte chez Racine. La majesté royale fait, dans la tragédie française (qu'on me pardonne de renouveler ce rapprochement*), l'office du voile de Timanthe.
Juste ciel ! c'est ainsi qu'assurant ta vengeance, Tu romps tous les ressorts de ma vaine prudence ! Encor si je pouvais, libre dans mon malheur,
Par des larmes au moins soulager ma douleur! Triste destin des rois! esclaves que nous sommes Et des rigueurs du sort, et des discours des hommes ! Nous nous voyons sans cesse assiégés de témoins, Et les plus malheureux osent pleurer le moins.
Ainsi parle, noble dans sa douleur, notre Agamemnon ^.
Voici comme parlait, plus hors de lui, l'Agamemnon
d'Euripide :
« C'est bien: entre; le reste, la fortune en prendra soin.
Hélas! malheureux! que dire? par où commencer*? En quels
liens étroits suis-je tombé! Comme le sort s'est joué de toutes mes ruses! Ah ! Tobscurité a ses avantages. Le vulgaire peut pleurer, peut se plaindre. Il en est autrement dans un rang élevé. Le peuple-» règle notre vie, nous lui obéissons, nous sommes ses esclaves. Je n'ose répandre des larmes, et je rougis, malheureux ! de n'en point répandre, tombé dans une telle infortune*.... »
Il y a quelque intérêt à mesurer l'intervalle qui sépare
Euripide et Racine , par ces versions sèches et froides
d'Ennius et de Rotrou.
Plèbes in hoc régi antistat loco : licet Lacrumare plebei, régi honeste non licet.
(D. llieron., Épitaph. Nepot.)