‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 329 sur 893 · Acte m, se · texte numérisé non relu

Acte m, se

2. A quelques vers (945 sqq.), dans lesquels Achille s'exprime sur 1 art des devins avec une léjîèreté sce:>lique qui est moins du héros homérique «lue d Euripide lui-rnêrae, il faut peut-être rapporter, comme imitaiion d'Ennius, ces autres vers cités par Cicéron (de Republ 1 18; de Divin., n, i3) : ^ h y ,

Astrolof^orum signa in cœlo quaerit; observât Jovis

Quum C.ipra, aut Nepa, aut exoritur nomen aliquod belluarum.

Quod est anie pedes nemo spectat, cœli scrutatur plagas.

Comme Cicéron dit que ces vers étaient placés dans la bouche d'Acliille, et qu'illes fait citer précisément par un contemporain d'Ennius

qu Enuius a loué dans ses Annales^ MVius Sextus, il est naturel de penser qu'ils sont de ce poète et de son Iphigénie en Aulide.

Achille n'est pas le seul qui, dans V Iphigénie en Aulide, estime peu

les devins; Agamemnon, v. 510 sq., en parle, et il en a bien quelque droit plus mai encore. M. Th. Fii (Euripid. F. Didot, C/irono^oiia {abularum, p. vu; cf. p. xii) s'est autorisé particulièrement de ces passages pour établir que r/p/iî'i/Jn/e CM Aulide, comme aussi Ylphigenie en Tauride et d autres pièces où se rencontrent de semblables traits ont été composées après le désastre de Sicile, lorsque, au rapport de Thucydide (VIII, 1; cf. H, 21), les Athéniens s'irritaient contre les devins dont les flatteuses prédictions les avaient abusés

3. M. Stiévenart en a donné une traduction nouvelle dans les notes de son édition de Vïphigénie, p. 103.

noces de Thétis* l'image de cet hymen funeste qui va s'accomplir par un sacrifice sanglant, nous sommes transportés à l'une des scènes les plus frappantes de l'ouvrage, celle où Agamemnon est mis aux prises avec la colère do son épouse et les larmes de sa fille.

Dans cette situation, si vivement attendue, si habilement amenée, les deux poètes, toujours avec l'esprit différent de leur temps et de leur théâtre, ont fait assaut de génie. La Harpe a très-bien montré, dans un parallèle qu il ne faut point refaire, comment la disposition imaginée par Euripide, déjà très-vraisemblable et très-naturelle, était devenue, chez Racine, plus vive et plus théâtrale ; comment le poëte français avait su prêter à son Agamemnon un langage plus consolant et plus tendre, et à sa Glytemnestre un emportement plus pathétique et plus entraînant. Racine conserve-t-il la même supériorité

dans la plainte d'Iphigénie ? Je vais, pour qu'on en puisse juger, mettre en regard les deux morceaux. On y verra bien fortement marquée cette diversité du génie antique et du génie moderne que je me suis jusqu'à présent efforcé de montrer. Je ne m'excuserai pas de citer les vers tant cités de Racine: c'est le privilège des beaux vers de paraître toujours nouveaux. Je ne m'accuserai point non plus de nuire par une faible version à la gloire d'Euripide. J'ai l'heureuse fortune de pouvoir emprunter aux cours de

M. Villemain=^ un morceau de traduction qui offre le mé-

ani V... p.xo^a.p,c V* une iidgeuit; ueraue a tscnvie aue nous

hvnr-.^Z précédemment, t. 1, p. 261. Ces noces étaient un des thèmes favor s de la poésie grecque qui les avait célébrées sous des formes bien diverses (voyez Homère, Iliad. xxiv, 58 sqq. ; Hesiod fraTm XLVi; Pindar., Pyih. III, 155sqq.; iVm. V, 107 sqa etc i ava^; que Catulle en fît le sujet ou le'cld're de sa petite ép^^'ée. cJrk. lxiv «:„?Vh-T- ^^?"^ inédites, et dont on doit tant désirer la publication'

^TaH^fn^H^-^'i^^''^^^^^^^ française du dix-.eptième sLie Dans «on rab/eau du dix-huuiemc siècle, XLiir leçon, M. Villemain a touché do nouveau en passant, au parallèle des deux Iphigénie. Ce parallèle a depuis (en \m) occupé une place importante dans la

tours de Htérature dramatique de AL Saint-Marc Gi^rdin la question traitée dans le chapitre îi: Comment l'ancien théâtre* ex pr?ma1i

fi

rite bien rare, et permis seulement aux grands écrivains

d être à la fois littéral et élégant, de conserver, avec le libre mouvement de notre langue, les grâces étrangères delongmal. Que ne puis-je, aussi facilement, emprunter au traducteur la sagacité de son goût, l'ingénieuse délicatesse de ses commentaires!

Lorsque Agamemnon, dans notre tragédie, frappé du trouble de sa femme et de sa fille, s'écrie qu'on l'a trahi [phigénie s'avance et lui dit : '

^ ' ' , Mon pi re '

Cessez de vous trouller: vous n'êtes point trahi- Quand vous commanderez, vous serez obéi Ma vie (St votre bien; vous voulez le reprendre- Vos ordres sans détours pouvaient se faire entendre D un œil aussi content, d'un cœur aussi soumis Que j'acceptais l'époux que vous m'aviez promis Je saurai, s'il le faut, victime obéissante, '

Tendre au fer de Galchas une tête innocente Et, respectant le coup par vous-même ordonné Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné.

bi pourtant ce respect, si cette obéissance Paraît digne à vos yeux d'une autre récompense •

Si d une mère en pleurs vous plaignez les ennuis'

J'ose vous dire ici, qu'en l'état où je suis, '

Peut-être assez d'iionneurs environnaient ma vie Pour ne pas souhailer qu'elle me fût ravie '

Ni qu'en me l'arrachant, un sévère destin' Si près de ma naissance en eût marqué la fin Fille d'Agamemnon, c'est moi qui la première Seigneur, vous appelai de ce doux nom de père • C'est moi qui, si longtemps le plaisir de vos yeux Vous ai fait de ce nom remercier les dieux • Et pour qui, tant de fois, prodiguant vos caresses

Vous n'avez point du sang dédaigné les faiblesses.'

Its'émotions qui tiennent à la douleur physique et à la crainte de la mort; comment les exprime le tliéàtie moderne, a conduit l'ingénieux critique a traduire à son tour la plainte d'ipl.igénie et à la comparer lu morceau correspondant de Hacine. On me saura gré de renvoyer •Cl et aux réflexions sur le morceau d'E.irif ide par lesquelles M Stiélenart termine son commentaire de Vlp'higénie en Aulide et à ce qu'a écrit récemment en 1856. M. A. Ditandy, sur ce même s.net, p. 107 et.uiv. de S0-. Faralkle d\in épisode de Vancienne poésie indienne avec des poèmes de l antiquité doiij^ue.

Hélas! avec plaisir je me faisais conter

^r/^'r ^"?,'?^^ ^^"^ P^y^ ^"^ vous allez dompter ; tl déjà, d Ilion présageant la conquête,

1) un triomphe si beau je préparais la fête.

Je ne m'attendais pas que, pour le commencer,

Mon sang fut le premier que vous dussiez verser.

IVon que la peur du coup dont je suis menacée

Me tasse rappeler votre bonté passée.

M craignez rien : mon cœur, de votre honneur jaloux

Ne fera point rougir un père tel que vous ; '

tl si je n avais eu que ma vie à défendre,

J aurais su renfermer un souvenir si tendre

Mais a mon triste sort, vous le savez, seigneur

Une mère, un amant attachaient leur bonheur.'

Un roi digne de vous a cru voir la journée Uui devait éclairer notre illustre hvménée ; i^eja sur de mon cœur, à sa flamme promis,

11 s estimait heureux : vous me l'aviez permis.

11 sait votre dessein : jugez de ses alarmes.

Ma mère est devant vous, et vous voyez ses larmes

pardonnez aux efforts que je viens de tenter

1 our prévenir les pleurs que je leur vais coûter».

Quand on lit, quand on entend ces vers d'un tour si

touciiant et si noble, d une grâce et d'une harmonie si

ravissantes, on ne peut comprendre en vérité comment il

est possible de leur comparer quelque chose. Qu'on écoute cependant l'Iphigénie d'Euripide.

• 0 mon père, si j'avais la voix persuasive d'Orphée, pour me faire suivre des rochers en chantant, et adoucir qui ie voudrais par mes paroles», ce serait là nion refuge : mais e n ai d autre science que mes larmes ; voilà tout ce que e

peux ; comme une suppliante, je presse contre tes genoux ce

corps que celle-ci a mis au monde pour toi. Ne m^fais pas

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